XI
les précédentes, est tantôt à la ville et tantôt aux champs, et dont le cadre peut être soit dramatique, soit narratif, soit mixte. Pour les idylles rustiques de cette catégorie, le centre lyrique de la pièce est formé par un •< bucoliasme »>, c'est-à-dire par une lutte musicale et poétique entre deux pasteurs. Celte sorte de chants lyriques alternés était en usage parmi les pâtres de la Sicile et de la Grande-firèce. On en trouverait des traces aujourd'hui encore. Ils charmaient leurs loisirs en jouant de la syrinx, en disant des chansons populaires, en improvisant, et ils aimaient à se défier par manière de jeu. Théocrite av.iit vu ces tournois poétiques dans les pays où. se passa une partie de sa vie ; il fit comme les grands poètes de l'ûge classique, qui puisaient dans le trésor populaire les éléments de leur inspiration; il éleva le genre pastoral à la dignité d'un genre littéraire. Autour de ce « bucoliasme », le mime se développe et se déroule en causeries. — Telle est aussi la structure des Syracusaines (XV), dont la scène est à Alexandrie, et où les épisodes d'une promenade des deux commères à travers la ville encadrent un chant lyrique en Thonneur d'Adonis. — Dans ce cadre souple et ferme, Théocrite fait entrer une admirable poésie et toute une conception particulière de la vie. Les idylles rustiques, en particulier, sont la partie la plus neuve et la plus célèbre de son œuvre, et celle par laquelle il a exercé le plus d'influence sur la postérité.
L'idée dominante est un beau rêve de vie rustique. Ce rêve est fréquent aux époques très civilisées. Théocrite l'a fait en grand poète, avec un mélange de réalisme pittoresque et de grdce lumineuse qui donne un accent tout à fait original à sa conception de la nature et à sa peinture des hommes qui vivent au milieu d'elle.
La nature, chez Théocrite, n'est point la dure marûtre décrite par Hésiode; elle ne présente pas non plus les grands aspects mélancoliques ou tragiques où se complaît
LA POÉSIE ALEXANDRINE
parfois le génie de Virgile. Théocrite ne la voit guère que par un éternel beau jour de la saison clémente, dans la montagne où paissent les troupeaux, dans le champ moissonné, dans l'enclos embaumé par tous les fruits de la récolte, sous le grand soleil de la Sicile, avec la ligne bleue de la mer à l'horizon. On n'a jamais donné une sensation plus juste et plus forte des riche.sses de l'automne que dans cette peinture qui termine les Thalyaies* :
Lycidas, avec soq gracieux sourire, me donna son bâton, comme un gage d'amitié au nom des Muses. Puis ;il prit sur la gauche et suivit la route de Pyxa. Eucritos et moi, avec le bel Amyntas, nous gagnâmes la demeure de Phrasidamos, où nous nous couchâmes en des lits épais de lentisque odorant et de pampres récemment coupés. Un grand nombre de ^peupliers et d'ormes se berçaient au-dessus de nos têtes, nonjoin^de jronde sacrée qui s'écoulait en murmurant de l'antrejdes Nymphes. Et dans les rameaux touffus, les cigales, brûlées par le soleil, chantaient à se fatiguer; et la verte grenouille criait au loin, sous les épais buissons épineux. Les alouettes etlles chardonnerets chantaient; la tourterelle gémissait; et les abeilles fauves bourdonnaient autour des fontaines. J)e toutes parts flottait l'odeur d'un riche été, mêlée à celle de l'automne. A nos pieds et à nos côtés roulaient en foule les poires et les pommes]; et les branches, chargées de prunes, se courbaient jusqu'àjterre. Un enduit de quatre ans fut détaché du col et de la tête des amphores. 0 Nymphes Castalides, qui habitez le faite du Parnasse, le vieux Chiron offrit-il une telle coupe à Héraclès, dans Tantre pierreux de Pholos? Le nectar qui enivra Jle berger de l'Anapos, le fort Polyphème, celui qui jetait des montagnes aux vaisseaux, et qui le fit trépigner à travers les étables, valait-il, ô Nymphes, celui que vous nous versâtes auprès de l'autel de Déméter, qui protège les moissons ? Puissé-je enfoncer encore le van dans le grain, tandis qu'elle-même rira, les deux mains pleines de gerbes et de pavots.
Dans cette belle etclémente nature, Théocrite nousmontre plutôt des pâtres que des moissonneurs, que des paysans proprement dits. Le berger est ainsi devenu le personnage traditionnel de l'églogue, non le laboureur. C'est enccie