‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 190 sur 264 · VII · texte numérisé non relu

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par la même raison : la vie du pâtre est moins durement laborieuse en apparence, plus livrée au rêve, plus mêlée aux grands aspects de la nature, plus voisine aussi des animaux, ces êtres d'instinct qui sont à l'opposé d«* la civilisation, et que Théocrite a toujours regardés d'un œil ami. Ce qu'il aime avant tout, dans le caractère de ses pâtres, c*est la naïveté, la simplicité des idées et des sentiments, tout ce qui les sépan* des lettrés de Cos ou d'Alexandrie. Ce ne sont point des bergers musqués et enrubannés. Ils sont vêtus de peaux mal piéparées et de vieilles étoffes retenues à la taille par une tresse de jonc *. Ils ont le nez camard et les cheveux en broussailles 2. Ils sentent la présure et le bouc 3. Ils parlent par proverbes et sont superstitieux. S'ils chantent leurs amours, c'est avec une naïveté savoureuse où l'art du grand poète consiste surtout à se faire simple :

Muses de Piérie, chantez avec moi la délicate enfant. Car tout ce que vous touchez, ô déesses, vous le rendez beau.

Gracieuse Bombyea, tous t'appellent Syrienne, maigre et brûlée du soleil : moi seul, je te dis blonde comme le miel.

La violette aussi est noire, et l'hyacinthe gravée; cependant, pour les couronnes, on les cueille d'abord.

La chèvre court après le cytise, le loup après la brebis, la grue après la charrue ; et moi je suis fou de toi.

Je voudrais être aussi riche que Tétait Crésus, dit-on; nos statues, toutes en or, se dresseraient pour .\phrodite.

Toi, avec tes flûtes et une rose ou une pomme ; moi, en costume neuf, avec des chaussures d'Amyclées.

Gracieuse Bombyea, tes pieds sont des osselets; ta voix, une morelle ; ton air, je ne peux le dire *.

Il y a bien de l'esprit, sans doute, dans cette naïveté, mais il n'y en a pas trop : le bel esprit est tenu en respect par un goût très fin et par un sentiment vrai des choses natulelles. D'autres fois, d'ailleurs, la transfiguration poétique de la réalité se fait hardiment, par de beaux mythes poé-

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