Polvl.e. III
nels; il faut souvent louer ses ennemis et les exalter, ou au contraire convaincre d'erreur et poursuivre des re[»roches les plus vifs ceux qu'on aime le mieux». » C'est ce qu'il a fait constamment avec un courage admirable. Comme homme, il se dévoue à ses concitoyens en toutes «irconstances; comme historien, il. juge leurs fautes et leurs erreurs avec une clairvoyance attristée, mais implacable.
A côté de ces qualités primordiales de tout historien digne de ce nom, en voici d'autres, qui sont d'un ordre plus rare encore, etqui donnent à l'histoire de Polybe sa physionomie propre. Polybe a l'esprit profondément philoscqdiique. Non qu'il soit spécialement stoïcien, ou péripatéticien, ou platonicien ; il n'est, semble-t-il, d'aucune secte; mais les enseignements essentiels de la plnloso[)hie grecque, ou, si l'on veut, de la s<ien(-e grecque, ont agi sur sa pensée, qui en est toute pénétrée. Il croit (jue rhist«»ire, comme toute science, a pour objet i>rincipal d'explii^uer les faits, c'està-dire d'en découvrir les causes; non la cause première, «jue les uns cherclienl dans la volonté des dieux el les autres dans le hasard; mais les causes secondes, seules vraiment accessibles à la pensée de l'historien et seules utiles à l'instruction de riiomme dElat. Mais il faut d'abord bien entendre ce qu'est une «' cause » (airta) , et ne pas confondre la cause d'un fait historique avec l'événement acci<Ientel (](ii en fut l'iM-casion (-poça-ji;^ ou avec celui (|ui en fut le |»oint de départ ip/ji), comme font tant d'historiens. Une vraie cause est liée à son effet par un lien nécessaire. La volonté des individus est souvent une cause : la politique dAmilcar, par exemple, a été pour beaucoup dans les origines de la seconde guerre punique. Mais les causes les plus importantes, celles qui exercent l'action la plus permanente et la plus étendue, ne sont pas les causes individuelles: Polybe a insisté plus que personne avant lui sur les causes générales : mœurs et traditions des cités,