‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 200 sur 264 · CS · texte numérisé non relu

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vives et pittoresques. Les dissertations sont bien conduites, et le manque d'imagination y est moins sensible. Il les anime même parfois de (|uelque éloquence ou les égaie de quelque bonhomie assez iine. Mais il disserte trop. Disserter est pour lui une joie. Il interrompt sans cesse le cours du récit pour juger, pour donner so!i avis sur toutes choses. Polybe est un professeur de politique et d'art militaire qui ne cesse de nous faire la leçon. La leçon est instructive et profonde presque toujours, mais il fatigue. 6. Conclusion sur Polybe. — Polybe a été jugé très diveriiement. Un rhéteur puriste, comme Denys d'Haï icarnasse, devait être surtout cho(|ué de son style et mal comprendre son vrai mérite. Un délicat, comme Fénelon, tout en renflant meilleure justice à ses qualités d'historien, devait souffrir de le trouver si prolixe, si attaché à ses formules. Au contraire, des historiens philosoi)hes, un Hossuet, un Montescjuieu, l'ont honoré de la meilleure manière, en s'inspivant de ses leçons et de ses exenn)les. T.e sont eux, en somme, <|ui ont raison. Si l'on veut bien reconnaître que le premier devoir d'un historien n'est peut-être pas de charmer le lecteur, mais de l'instruire, on ne peut que se ranger à leur avis. Polybe n'est pas un artiste, et par là il s'éloigne de la grande tradition grecque. Mais il est un des trois ou (juatre grands esprits qui ont fait faire à l'histoire, dans l'antiquité, un progrès décisif et durable. Sa conception générale du rôle des institutions et des mœurs dans la vie des peuples est une vue de génie. Les applications 4|u'il en a faites sont admirables. Sur la puissance romaine, sur la décadence de la Grèce, il a des jugements d'une clairvoyance effrayante, et d'une portée (jui dépasse de beaucoup les objets mêmes auxquels ils s'appli(juent. Dans l'étude des faits particuliers, on sent h chacjue instant chez lui qu'on est en face de la réalité. Son récit de la marche d'Annibal, d'Espagne en Italie, est, dans l'ensemble, d'une netteté supérieure, qu'on appréciera surtout si 1 on com-

POLYBE ET LES DERNIERS ALEXANDRINS

pare sa narration à celle de Tito-Live, plus pittores<|ue^ plus drainaticjue, plus amusante, et d'ailleurs imitée de la sienne, mais bien moins satisfaisante dans le détail, moinsintelligent»' et moins intelligible.

7. L'histoire après Polybe. — Le izénie de Polybe dépassait de si liant l'fspril de son temps qu'il n'eut pas, à proprement parler, d'élèves ni d'imitateurs. Avec ses successeurs, nous rentrons dans la pure tradition alexandrine, érudite et curieuse sans beaucoup do critique. Nous les connaissons d'ailleurs fort mal. Il suftil donc de mentionner, sans y insister : Apollodore d'Athènes, (|ui vécut à Pergamesous Attale II, et <|ui fut surtout un mythograjdie : son principal ouviage était une Histoire des diciu- (riepî Oeûv) en vingt-quatre livres, vaste répertoire de toutes les traditions mises en œuvre par les poètes et les historiens ; — Métrodore de Skepsis (milieu du in« siècle), érudil et rhétori(iueur, auteur d'une Histoire de Tit/rane; — Artémidore d'Éphèse (son contemporain!, auteur d'une géographie qui fut une des sources de Sirabon; — Alexandre de Milet, surnommé Polyhistor. c'e^t-à-dire le curieux ou l'érudit, qui vint à Rome comme prisonnier de guerre sous Sylla et futalTranchi de Lentulus; auteur infatigable de comi)ilations érudites sur tous sujets : histoires merveilleuses, succession desphiloso[)hes, mci'urs et coutumes de l'Orient, en particulier des Juifs; — enlin Castor de Rhodes (même temps), auteur d'un résumé chronologique (Xpovi^â) qui prétendait donner la date de tous les règnes et de tous les magistrats éponymes. depuis Ninus jusqu'à Pompée.

8. Sciences diverses. — Les mathématiciens, médecins, naturalistes, grammairiens, philologues ne sauraient nous arrêter davantage. Nous sommes ici sur les confins extrêmes de la littérature, et les œuvres mêmes ont disparu. Deux ou trois noms seulement doivent trouver place dans cette revue.

C'est d'abord celui du mathématicien Hipparque, de

Nicée en Bithynie, qui vécut au milieu du n* siècle, surtout à Rhodes probablement. Hipparque est le plus grand astronome de l'antiquité, bien qu'il eût le tort, après Aristarque de Samothrace,de continuera mettre laTerre au centre du monde ; mais ses recherches sur les mouvements des astres et leurs distances à la Terre sont l'œuvre d'un puissant esprit ; il avait perfectionné aussi les mathématiques proprement dites (invention de la trigonométrie) et les méthodes de la cartographie. — Nommons encore Héron d'Alexandrie (début du i'^'" siècle), auteur de traités Sur les Machines de trait et Sur les Automates, qui subsistent et qui sont curieux.

En grammaire, le grand nom de celte période est celui de Denys de Thraco. né à Alexandrie, d'une famille thrace, vers le milieu du ii« siècle. Klève d'Aristarque, il est le premier savant qui ait essayé de présenter dans son ensemble toute la science grammaticale, jusque-là éparse. Sa Grammaire eut un succès prodigieux : pendant douze siècles, elle fut reproduite, commentée, abrégée, amplifiée, traduite. Il nous en reste des rédactions et traductions partielles. — Tyrannion l'Ancien, son disciple, est surtout connu par ses travaux sur les ouvrages inédits d'Aristote, que Sylla venait d'apporter à Rome.

La philologie a pour principal représentant Didyme, né à Alexandrie, surnommé Xa/aivrepo;, «aux entrailles d'airain », à cause de sa prodigieuse activité littéraire. Il mourut, semble-t-il, sous Auguste, après avoir accumulé dans des milliers d'écrits les résultats de ses recherches sur tous les sujets qui touchent à la philologie. Quand on a loué, comme il convient, sa curiosité infatigable et son labeur acharné, il semble bien qu'on soit quitte envers sa mémoire

0. La philosophie. — La philosophie est plus intéressante. Elle compte au moins deux noms remarquables, ceux de Panaitios et de Posidonios.

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Panailios, né à Rhodes vers le second quart du ii* siècle, disciple de Craies de Mallos, vécut longtemps à Rome dans le cercle des Scipions, où il connut Polybe. Stoïcien sans raideur, Panailios était praliciuoment un éclectique. Dans son style aussi, à la différence des stoïciens rigoureux, il visait à plaire aux honnêtes gens. Nous ne pouvons plus lire ses traités Sur /e Deio/r (nspl tou xaOï^xovtoç i. Sur la Providence Sur la Politique: mais nous savons le cas qu'en faisait Cicéron et combien il s en inspira. 11 n'est guère douteux que la modération élégante de Panaitios ne dût quelque chose à l'innuence de ce groupe si original des Scipions, amis de toute sagesse et de toute bonne grûce.

Posidonios, d'Apamée (en Syrie), fut l'élève de Panaitios. lui aussi vint à Rome, mais il vécut surtout à Rhodes, où Cicéron, Pompée et d'autres Romains illustres allèrent l'entendre. Philosophe, philologue, historien, géographe, il eut en tous les genres une immense réputation. Son traite Du Devoir n'a pas été sans iulluence sur Cicéron. Ses Histoires étaient une continuation de celles de Polybe. Son ouvrage Sur lOcéan était le fruit d'explorations personnelles et ajouta quelque chose aux eonnaissnnees géographiques de son temps. Ce fut, en somme, un homme fort

distingué.

L'épicurien Philodème, de Cadara, qui vécut aussi au temps de Cicéron, ne mérite un souvenir (lue parce que les fouilles d'Herculanum nous ont ren.lu un assez grand nombre de ses écrits, d'ailleurs médiocres. - Quant a Énésidème, dont les œuvres ont péri, son nom est fort connu à cause de la tentative qu'il fit pour relever, vers le même temps, l'école de Pyrrhon; ses Discours Pyrrhomens (IIuppoSvs.o. XÔTo..), en huit livres, sont souvent cités par les

anciens.

10 La rhétorique. - La rhétorique, comme la philosophie, trahit un certain effort vers la nouveauté. Mais ici les noms saillants et les œuvres durables manquent; ce n est qu un

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peu plus tard t|uc le mouvement de réaction contre le mauvais goût d'Hégésias devait aboutir à des résultats notables, avec Cécilios de Calaclé et Denys d'Halicarnasse. Pour le moment, nous n'en sommes qu'au début. Sous l'influence de l'école de Pergame, très attachée à l'étude des Attiques^ sous celle de Rome, (|ui oblige au sérieux les esprits capables de réflexion, une réaction contre les pointes et le bel esprit de la vieille rhétorique asiatique commence à se faire sentir. Les uns remontent jusqu'à l'atticisme de Lysias. D'autres, les nouveaux asiatiques, essayant sans doute d'imiter Isocrate, i)rati(iuent une éloquence abondante et verbeuse. D'autres, enfin, essaient de s'en tenir à un juste milieu et se réclament des exemples d'Hypéride. Ce dernier groupe, qui se rattache à un certain Ménéclès d'Alabanda, fut surtout mis en lumière par l'enseignement d'Apollonios et de Mulon, (|ui enseignèrent à Rhodes ^ On sait «|ue Cicéron fut l'élève de Molon. Nous ne possédons plus rien des écrits de ce dernier, mais sa physionomie littéraire, grâce surtout à son illustre élève, nous apparaît encore avec (|uelque netteté.

Voici déjà les noms des Scipions, de Pompée, de Cicéron qui se pressent et qui reviennent à chaque instant dans nos études. C'est le signe que nous sommes à la fin de cet âge de transition, et que nous allons maintenant entrer dans une phase nouvelle, celle qui correspond à la primauté, littéraire autant que politique, de Rome, devenue la capitale du monde civilisé.

\. Apollonios était lui-même filg d'un certain Molon. et le se ond Molon s'appelle aussi Apollonius. De la des confusions à éviter.

D AUGUSTE A DOMITIEN

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