CHAPITRE XXVII
D'AUGUSTE A DOMITIEN
SOMMAIRE
I. Vue d'ensemble de la période de lEmpire. - II. Caractère général de la littérature grecque, d'Auguste à Donntien. — 111. L'historiographie grecque à Home. Diodore de Sicile. — IV Suite de l'historiographie. Denys d'ilalicarnasse. Strabon. Historiens secondaires. — V. L'histoire juive sous les Flaviens. Flavius Joseph. — VI. La philosophie. Pythagoriciens et Stoïciens. Première ébauche du Néoplatonisme : Philon le Juif. — Vil. Grammaire, rhétorique et critique littéraire. Deny^ dHalicarnasse et Cécilius. — \ lll. La poésie au i" siècle.
1. Vde d*enseinble de la période de TEmpire'. — Avec rétablissement de l'Empire, ou i>eu avant, vers le milieu du i" siècle avant notre ère, s'ouvre la dernière période de la littérature grecque. Elle se prolonge justiu au règne de JuPtinien, et même au delà ; car il est aussi malaisé d'eu marquer d'une manière précise le terme que d'en fixer rigoureusement le commencement. C'est un espace de plus de sept siècles, par conséquent, que nous avons à embrasser du regard. Marquons brièvement les quelques grand* faits qui permettent d'y établir des divisions nécessaires.
1. Consulter, pour toute cette période, V Histoire des Romains de Duruy, t. 111-VII, et l'ouvrage d'Ilertzberg, la Grèce sous la domination romaine, 3 vol., trad. Bouché-Leclercq.
Le 1" siècle de l'Empire, d'Auguste à Domilien, est, au point de vue de l'hellénisme, un des plus stériles en œuvres vraiment originales. Par suite de la destruction des royaumes grecs et de leur absorption dans l'unité romaine, la vie hellénique n'a, pour ainsi dire, plus de foyers; elle ■est, en partie, transplantée à Rome, où elle végète. Ce siècle peut donc être considéré comme une période de •transition.
Vers le temps de l'avènement des Flaviens, le goût de l'art littéraire manifeste son réveil dans le monde grec par le rapide développement d'une éloquence connue sous le nom de Sophistique ; en même temps, apparaît une philosophie morale et religieuse dune sérieuse valeur. Ainsi commence une renaissance qui remplit le ii'^ siècle. Elle s'achève, au ni% par l'établissement du Néoplatonisme de Plotin et de Porphyre, grâce auquel l'hellénisme se trouve constitué en un corps de doctrine en face du christianisme grandissant.
Le début du iv« siècle et le règne de Constantin marquent le commencement d'une troisième et dernière période, qui s'étend, à travers trois siècles environ , jusqu'au terme indiqué plus haut. Elle est caractérisée par l'extension rapide et la victoire du christianisme, qui, d'abord, met à profit très largement la tradition hellénique et la fait refleurir au iv« siècle, mais, ensuite, la laisse peu à peu dégénérer ou dépérir.
2. Caractère général de la littérature grecque, d'Auguste à Domitien. — De ces trois périodes, la première est naturellement celle sur laquelle nous insisterons le moins. On n'y rencontre en etîet aucun écrivain vraiment supérieur. Home est alors devenue le centre du monde. Les Grecs les plus intelligents ou les plus actifs viennent s'y établir, ou y font, au moins, de longs séjours. Beaucoup d'entre eux y vivent dans la clientèle des empereurs ou des sénateurs. Se conformant au goût de leurs patrons, ils s'appliquent
HISTOIRE DE LA LITTÉRATl RE GRECQIE
surtout aux genres littéraires (lui sont le plus do nature à les intéresser. La littérature d'imagination, la poésie se réduisent à peu de chose. L'éloquence n'a plus d'emploi; elle se confine dans l'école. En revanche, tout ce qui est d'utilité pratique trouve alors encouragement et faveur. On voit naître des ouvrages historiques et géographi(iues, d'un caractère généralement encyclopédique, (lui ont surtout pour objet de condenser des renseignements épars. La critique des textes anciens, avec toutes les disciplines grammaticales (|ui s'y rattachent, se dévelopi»e aussi. Enfin, la philosophie, sous sa forme la plus pratique, est assurée d'avoir des auditeurs et des lecteurs. Dans tout cela, il y a plus de travail que de génie, plus d'application aux chose» déjà dites que d'invention. Nous allons rencontrer de» noms qu'il n'est pas [)ermis d'ignorer, des leuvres que l'on cite souvent, mais, en somme, rien qui mérite plus qu'une
mention.
3. L'historiographie grecque à Rome. — Diodore de Sicile'. — Commençons par l'historiographie, puisque aussi bien l'histoire est certainement alors la forme littéraire la plus en faveur.
Le premier en date des historiens de ce temps est Diodore de Sicile: aucun autre, d'ailleurs, ne tient ]»lus étroitement à la période antérieure. Abréviateur des historiens qui l'avaient précédé, ce n'est pas assez de dire qu'il dépend d'eux : en réalité, son œuvre n'existe que par la leur, dont elle n'est, à proprement parler, qu'une