‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 202 sur 264 · Éditions · texte numérisé non relu

Éditions

L Dindorf. 'i vol., Leipzij;, 1866-1868, Bibl. Teubner; Fr. Votrei. 5 vol., Leipzig, 1890 et années suivantes, Bibl. Teubner.

A consulter :

IL Estienne, lirevis Imclalus t/e IHodoro et ejus scripiis. dan» ledit, de Dindorf. t. V ; (iatterer, Ue operis historici a DiodorO' composifi qeKiere ac viiiulibus, ibid. ; Clinton, Fasli liellenici, t. Il, p. xxj ; G. Riessling, dissertations sur les sources de Diodore, dans Hltein. Muséum, 181ti et années suivantes.

D AUGUSTE A DOMITIEN

adaptation. Né vers l'an 90 avant Jésus-Christ, à Agyrium^ en Sicile, Diodore consacra presque toute sa vie, soit à préparer son oMivre historique par des voyages et par des recherches dans les bibliothèques, soit à la rédiger. Il fit de nombreux et longs séjours à Home, où il trouva, nous dit-il, les ressources scientifiques nécessaires à sa grande entreprise. Celle-ci lui demanda trente années d'élaboration, de 460 à i.iO environ. Elle semble avoir été achevée et publiée vers le début du règne d'Auguste. Le titre sous lequel elle fut donnée au public était vraisemblablement : Hih/iothcquc historique ('latooiôiv [5i|3XioOr>.ri).

Diodore s'y est proposé de réunir en un exposé synthétique, sous une forme claire, la masse de choses que ses contemporains étaient obligés de chercher dans des ouvrages divei-s : tous les siècles, depuis les origines fabuleuses jusqu'à son temps; tous les peuples, aussi bien les barbares^ que les Crées et les Homains; enfin, tous les éléments du savoir historique, géographie, histoire des institutions et des mo'urs, des arts et des lettres. En somme, c'était une véritable encyclopédie qu'il avait en vue ; et on ne peut nier qu'il n'y eût dans ce projet même une certaine grandeur avec un sentiment juste des besoins du temps.

Pour en constituer le plan, l'auteur voulut avec raison associer l'ordonnance chronologique à une combinaison raisonnée. Attentif à suivre d'une manière générale Tordre des temps, soigneux de fixer dans le détail les dates précises au moyen d'une concordance entre les divers systèmes de chronologie usités jus«iue-là, il se refusait pourtant à morceler son récit, année par année; il entendait le diviser en périodes assez larges pour y exposer, sans s'interrompre, des séries complètes d'événements. Telle était son intention; il l'avait conçue et mûrie en lisant Éphore; mais, pour la réaliser d'une manière tout à fait satisfaisante, il eut fallu un coup d'œil d'historien qui lui manquait. Lui-même nous donne, dans sa préface, commet

HISTOIRE DE LA LITTÉRATl RE GRECQLE

D AUGUSTE A DOMITIEN

la table sommaire de sa Bibliothèque (1. I, c. iv, 6 et 7). Divisée en quarante livres, elle embrassait une période de onze cent trente-huit ans, sans compter les temps antérieurs à la chronologie, laquelle commençait à la guerre de Troie. Ces livres étaient répartis en trois groupes : — Premier groupe, période mythique, antérieure à la guerre de Troie : six livres, dont trois pour l'histoire primitive des barbares et trois pour celle des Grecs. De ces six livres, nous ne possédons plus que les cinq premiers, plus quelques fragments; — Seconil groupe, de la guerre de Troie à la mort d'Alexandre : onze livres, dont sept seulement nous ont été conservés. Ils embrassent la plus importante période de rhistoire ancienne, de 480 à 323; — Troisième tjroupe, do la mort d'Alexandre à la conquête des (iaulcs par César : vingt-trois livres. De cette série, nous ne possédons (|ue la partie relative aux événements arcomplis entre 323 et 302, soit en tout trois livres. Donc, sur un total de quarante livres, quinze seulement subsistent, un peu plus du tiers do

l'ouvrage.

Le mérite de cotte œuvre de vulgarisation, c'était, dans l'anli(iuité, d'offrir un résumé commode, qui dispensait de recourir aux auteurs ori^jinaux De là vint sa renommée, qui grandit à mesure qu«' la véritable science histonipio déclina. A Tépoque byzantine, Diodore put être considéré comme le plus savant des historiens classiques ; car il b'S représentait tous à lui tout seul. Dans les temps modernes, depuis que le goût et rintelligenre de l'histoire se sont relevés, sa Bibliothèque n'a pas cessé d'être précieuse pour la grande quantité d'informations (|u'olle nous a conservées. Mais, considérée en elle-même, soit au point de vue de la science, soit au point de vue de l'art, elle a dû être jugée sévèrement.

Ce qui lui manque d'abord essentiellement, c'est la critique. Diodore n'est qu'un compilateur. Le plus souvent, sinon toujours, il se borne à suivre pas à pas ses

auteurs, en les abrégeant ; jamais, ou presque jamais, il ne fait œuvre personnelle, en les contrôlant les uns par les autres. Et les auteurs qu'il choisit ne sont pas nécessairement les mieux informés. Il préfère ceux (\m se prêtent le mieux à son travail, c'est-à-dire ceux <|ui lui offrent un récit continu, dont l'étendue ne soit pas trop disproportionnée avec celle de son plan. Par suite, il vaut, comme autorité historique, ce qu'ils valaient eux-mêmes; avec cette réserve toutefois, à son désavantage, qu'en les abrégeant il a pu quelquefois altérer plus ou moins leur témoignage. Sa chronologie, dont il se fait volontiers honneur, est un remanjuable exemple de la médiocrité de sa science; car elle repose sur un système de juxtaposition ou de superposition de plusieurs méthodes, qui ne s'accordaient pas ensemble : ce dont il ne s'est pas aperçu.

Même insuffisance dans l'interprétation des événements, et, par suite, dans la composition, malgré l'ordre apparent et suporliciel signalé plus haut. Point de vues générales, pour constituer dans l'histoire universelle des groupes de faits vraiment homogènes. Nulle idée du progrès ou de la décadence des peuples, des causes qui les ont mis en contact les uns avec les autres, des emprunts qu'ils ont pu se faire mutuelloment, ni de la marche de la civilisation. La constitution des grands empires, le développement de la puissance romaine, en un mot les faits dominants, qui englobaient tous les autres, ne semblent pas l'avoir frappé. Il n'a point de philosophie. Il est vrai qu'il voit partout l'action de la Providence; mais, cette action, telle qu'il la conçoit, se réduit à une puérile distribution de récompenses et de punitions. Du reste, il n'est ni homme d'État, ni homme de guerre.

Comme écrivain, sa meilleure qualité est d'être clair. Il écrit avec une facilité banale, en une langue sans couleur. Sans cesse, il se sert des mots abstraits et vagues, qui remplaçaient alors, dans l'usage, les manières de dire précises

-ÎOO

HISTOIKE DE LA LITTÉRATUKE GRECQUE

et vivantes d autrefois. Dans l'exposé des faits, il est plutôt sec ; dans ses préfaces, lorsqu'il énonce des considérations générales, il n'est pas exempt d'emphase. On doit le louer, du moins, de n'avoir pas abusé des harangues (XX, 1;.

4. Suite de l'historiographie. — Denys d'Halicarnasse. — Strahon. — Historiens secondaires*. — Après Diodore, nous devrions placer iri, dans la série des historiens, Denys d'Halicarnasse, pour son Histoire des premiers siècles de Home. Nous nous conlenterons, pour le moment, de le mentionner. Denys est un théoricien de l'art littéraire bien, plus qu'un historien. Il seia plus opportun de pailer de son histoire à propos de ses ouvrages de rhétorique, dont elle dépend étroitement.

Le plus remarquable iei»résenlant du genre historique en ce temps, c'est Strabon. C.hez lui, se fait sentir foriement l'inlluence heureuse (jue la constitution d«' l'unité romaine pouvait exercer sur ce genre. Hien, àcoupsùr, n'était plus propre que la croissance di? l'empirt' romain à développer chez un homme rélléchi une cei laine philosophie de l'histoire ; car rien encore n'avait mis aussi vivement en lumière quelques-unes des lois les plus apparentes de l'évolution de l'humanité. Cette philosophie n'est pas très forte chez Strabon; pourtant, elle est plus visible chez lui que chez aucun de ses contemporains.

Tout ce que nous savons de sa vie se réduit à ceci. Né à Amaséedans le Pont, vers l'an 60 avant Jésus-Christ, d'une

Page 1