‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 204 sur 264 · Éditions · texte numérisé non relu

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Diiidorf, Josephi opéra, Paris, 1845, Bibl. Didot; B. Xiese, Josephi opéra, 7 vol. in-8». Berlin, 1887-1895; du même, editio minor, parue en même temps; Nab«r, Josephi opéra, 6 vol., Leioziff 1889-1896, Bibl. Teubner. ' f 5,

heure aux affaires de son pays. II fut de ceux qui essayèrent d'abord d'étouffer la révolte de 66, mais qui, ensuite, furent entraînés malgré eux à y prendre part. Il combattit les Romains, fut pris par eux, et, depuis lors, vécut dans l'entourage de Vespasien d'abord, puis de Titus et de Domitien, qui, successivement, lui accordèrent leur faveur. La dernière partie de sa vie se passa à Rome. Il dut y mourir sous Trajan.

Son principal ouvrage, la Guerre des Jwi/s, en sept livres, parut sous le règne de Vespasien, ((ui, lui-même, avait pressé Joseph de récrire. C'est le récit de la guerre commencée sous Néron et achevée par la victoire de Titus. Acteur d'abord dans cette guerre, puis témoin oculaire du siège, Joseph, parfaitement informé de tout, nous apprend qu'il composa son récit d'après les notes qu'il avait prises au jour le jour. Il offrirait donc les meilleures garanties d'exactitude, si manifestement il ne cherchait à être agréable à ses protecteurs, et si, d'autre part, ses préjugés de parti ne faisaient tort à sa critique. On sent trop dans son récit l'homme du sanhédrin, le pharisien, doublé d'un historiographe officiel. Malgré cela, on le lit avec intérêt. La fermeté générale du dessin, la précision et l'abondance des détails, l'heureux choix des traits de mœurs mêlés aux descriptions techniques, lui donnent une réelle valeur historique et dramatique. L'auteur a cru, il est vrai, en augmenter l'effet, dans maint passage, par un fdcheux mélange de mauvaise rhétorique. Mais, après tout, ce ne sont là que des pièces de rapport, qu'il est facile d'éliminer. L'ensemble, dégagé de ces morceaux à effet, se recommande par des qualités sérieuses et fortes. Joseph avait écrit d'abord son histoire en hébreu ; il la traduisit ensuite en grec, avec l'aide de collaborateurs choisis. On y reconnaît, sous la médiocrité correcte et soignée de la langue hellénistique, la netteté ferme de son esprit.

Cet écrit ne traitait qu'un épisode de l'histoire juive.

d'aUGLSTE a DOMITIEN

Joseph, encouragé par le succès, voulut la faire connaître tout entière aux gens cultivés. En 94, il publia son Antiquité juive ('louoaïxri àpy aioXoyîa), en vingt livres, qui embrassait toute l'histoire des Juifs, depuis la création du monde jusqu'à l'an 66 de notre ère; elle se reliait là à la guerre racontée précédemment. La première partie, simple transcription abrégée de l'Ancien Testament, n'offre aujourd'hui que peu d'intérêt. Mais les sept derniers livres, relatifs à Hérode le Grand et à ses successeurs, sont un document histori<iue au(iuel rien ne pourrait suppléer.

Les autres ouvrages de Joseph sont ou perdus ou de valeur secondaire. Il suffira de mentionner l'apologie des Juifs, en deux livres, que nous appelons assez improprement Contre Apion. Joseph y démontre l'antiquité de sa race, sa noblesse, et la défend contre diverses imputations calomnieuses, notamment contre celles dont Apion s'était fait le répondant dans un écrit mentionné plus haut.

6. La philosophie. — Pythagoriciens et Stoïciens. — Première ébauche du Néoplatonisme; Philon le Juif <. — Après l'histoire, c'est incontestablement la philosophie qui a le plus occupé les hommes cultivés de ce temps. Mais la philosophie n'ayant guère produit alors d'oeuvres qui aient marqué dans la littérature, nous devons nous contenter, en ce qui la concerne, d'un très rapide aperçu.

Tout au début de la période dont nous nous occupons, ou même un peu auparavant, vers le commencement du

Hfnn.^l' ^p.*^v*^''*î ^^' philosophes en général se trouvent dans MQIlach, Philosophorum qrœcorum fragmenta, Bibl. Didot -

Leipzig, 1881, Bibl Teubner. - Musonius : Peerlkamp, Musonii leUquiœ el apopkthegmata, Harlem, 1822. - Cébèsile Tableau se trouve dans le Théophraste de la Bibl. Didot; en outre Prœchter, Cebelis tabula, Bibl. Teubner. - Philon • Holze'

L. Cohn et Wendland, Philonis opéra, en cours de publication a Berlm depuis 1896. Consulter Ed. Herriot, Philon le Juif, Paris lo»8. / > >

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ler siècle avant notre ère, il s'éUiit produit une curieuse renaissance du pythagorisme. Il est probable qu'elle eut lieu d'abord à Alexandrie ; d'Egypte, la doctrine restaurée se répandit à Rome, où nous la trouvons cultivée dans l'entourage de Cicrron. Elle devait durer ainsi pendant trois ou quatre siècles, avec un éclat médiocre d'ailleurs.

Sa place dans la littérature est marquée par diverses œuvres. D'abord, toute une série d'écrits apocryphes, do date et de provenance incertaines, tels que : les Vers (Cov (XpucjainTi), préceptes moraux et religieux destinés à régler la journée du pythagoricien; les traités sur divers sujets attribués à Timée de Locres, à Okellos de Lucanie, à Brontinos, etc., et à des femmes pythagoriciennes; puis, des collections anonymes de Sentences et de Comparaisons; enfin, quelques fragments émanant de divers représentants de la secte, tels que les deux Sextius, contemporains d'Auguste et de Tibère, Sotion, l'un des maîtres de Sénèque, Moderatus de (iadès, Aréios Didymos, contemporains de Néron. Le plus connu de ces écrits pythagoriciens est hi courte composition allégorique intitulée Tableau de Ccbès (KÉSr.To; r.îvaÇ). On y voit décrit un tableau imaginaire et allégoriiiue, qui représente la vie humaine; et l'explication qui en est donnée constitue toute une doctrine morale, demi stoïcienne, demi pythagorique. Bien que la date en soit incertaine, il y a de bonnes raisons de croire que rœuvre se rattache au mouvement d'idées du !••• siècle

de notre ère.

Le stoïcisme était plus ancien à Rome et plus répandu que le pythagorisme. Au i" siècle, nous le voyons représenté par un assez grand nombre de maîtres renommés. Ce sont en général des conférenciers, des prédicateurs, plutôt que des écrivains ; et leurs œuvres ne sont pas venues jusqu'ànous. Pourtant, Cornutus, le maître de Perse, nous a laissé un Abréyédes traditions grecqiuj relatives à la théologie, où sont résumées les interprétations étymolo-

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giques et symboliques données par Técole stoïcienne à la mythologie poétique et populaire. Plus intéressant pour nous est le moraliste C. Musonius Rufus, qui fut le maître d'Épictète. Ses conférences, données en grec, furent recueillies par un de ses disciples, et quelquesunes d'entre elles nous ont été en partie conservées dans le Florilège de Stobée. C'est un exemplaire curieux, mais très incomplet et malheureusement atîaibli par le transcripteur, de l'enseignement stoïcien du temps.

Le seul nom de philosophe qui ait, en ce temps, quelque importance dans la littérature est celui du Juif Philon, dont nous possédons encore une ample collection d'écrits.

Né vers l'an 20 avant notre ère, à Alexandrie, Philon semble avoir passé presque toute sa vie dans sa ville natale, au milieu de l'importante communauté juive qui y était établie. 11 y tenait un rang éminent, dû en partie à la situation de sa famille, en partie à ses vertus et à son savoir. Sous Caligula, il fut envoyé en ambassade à Rome, pour y défendre les intérêts de ses coreligionnaires. Sauf cela, sa vie fut toute de retraite, de méditation, d'enseignement. Il dut mourir sous le règne de Claude. Ses écrits, extrêmement nombreux, se rapportaient presque tous h la philosophie religieuse. C'étaient, en majeure partie, des commentaires sur la Bible. Il ne nous en manque qu'un petit nombre.

Ce qui en fait l'intérêt philosophicjue, c'est à la fois la méthode et la doctrine. La méthode de Philon, empruntée par lui à ses devanciers, et par ceux-ci aux stoïciens, est celle de l'interprétation allégorique la plus libre. Philon est persuadé que la Bible ne dit presque jamais ce qu'elle semble dire, qu'il y a sous tous les mots, ou peu s'en faut, un sens caché; la grande affaire est de le découvrir. Il en résulte que, tout en croyant rester scrupuleusement attaché à la foi judaïque, il tire des livres saints tout ce qu'il veut, et finit par y retrouver les idées de Platon, plus ou

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moins modifiées. Par la doctrine, Philon est en effet un platonicien, mais un platonicien mystique, en qui apparaît, àlVtat crûbaucho, le fulur Néoplatonisme du ni« siècle. Sa philosophie est essentiellement une théologie. Elle reconnaît un dieu unique, aussi éloigné que possible de la matière ; puis, au-dessous de ce dieu, un Verbe (Aoyoç), lequel est son émanation, et joue le rôle d'intermédiaire entre lui et h's créatures. A cette théologie s'associe ou se mêle une morale, qui est stoïcienne en son fond, mais très voisine du christianisme par l'idée de la gnlce divine; morale mystique et parfois enthousiaste, rêve d'une âme éprise du bien, qui voudrait se détacher du corps et de la terre, s'élever jusqu'à Dieu, vivre en lui dans une contemplation pleine de joie et de tendresse.

Ce qui rend Philon original comme écrivain, c'est la personnalité (|u'on devine derrière ces idées, personnalité tandre et pieuse, tout animée d'une religion d'amour. I.es sentiments qui remplissent ses écrits et la manière dont il les traduit font de lui, au point de vue littéraire, une sorte d'intermédiaire entre Platon et les écrivains chrétiens. On disait de lui, d'après un témoignage rapporté par Suidas, qu'il " platonisait ». Cela est vrai de son style comme de sa doctrine. Il ressemble à Platon par l'abondance facile, par le courant large et libre du style, par une ampleur qui est ordonnée sans être périodique; il a, comme lui aussi, quoique à un moindre degré, le don d'associer sans disparate la poésie à la prose, l'invention des images, la faculté de mélanger la subtilité de la dialectique à une certaine grâce originale de rêve et de sentiment. Mais il manque absolument de l'instinct dramatique qui est si vif chez Platon. Son abondance est presque toujours prolixe et devient vite monotone. Au reste, son mérite n'est pas d'avoir reproduit quelque chose du langage de Platon. C'est bien plutôt d'avoir souvent réussi à traduire des sentiments nouveaux dans une forme appropriée. Philon est

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le premier prosateur qui ait su s'adresser à Dieu, ou parler de lui aux hommes, avec cet accent de piété ardente et cette sorte de solennité sincère qui allaient devenir ordinaires aux écrivains chrétiens.

7. Grammaire, rhétorique et critique littéraire. — Denys d'Halicamasse et Cécilius. — Nous avons réservé pour la fin de ce chapitre un groupe d'hommes qui ont fait leur étude particulière de la langue et de l'art d'écrire. Non qu'ils soient supérieurs en talent, ni même toujours égaux, il ceux dont nous venons de parler ; mais parce qu'ils représentent un des éléments principaux de la renaissance qui se préparait alors.

Les études proprement grammaticales, continuées en ce temps selon la tradition d'Alexandrie, ne peuvent nous arrêter, même en passant, car elles n'ont produit au premier siècle ni un homme éminent ni une œuvre marquante. 11 suffira de nommer les grammairiens Théon et Pamphilos d'Alexandrie, Aristonicos, commentateur d'Homère, Héliodore le métricien, le lexicographe Apollonios. Leurs œuvres, perdues ou conservées en partie, attestent combien les Grecs de ce temps demeuraient attachés à l'étude de leurs auteurs classiques.

La rhétorique, sous sa forme technique, ne peut retenir non plus notre attention. Mentionnons seulement la rivalité des Apollodoréens et des Théodoréens. Les premiers se rattachaient au rhéteur Apollodore de Pergame, qui enseignait vers le milieu du i**" siècle avant notre ère ; les seconds, à Théodore de Gadara, maître renommé sous Auguste et sous Tibère. Leur différend portait sur la valeur des règles et des classifications, les Apollodoréens s'attachant davantage à la rigueur de la théorie, les Théodoréens faisant plus large part à l'expérience et aux conseils de la pratique. A travers leurs discussions, qui passionnèrent les écoles grecques pendant tout le i*"^ siècle de notre ère et au delà, on devine ce que la jeunesse

d alors accordait d'intérêt à Tart de la parole, en un temps où Toloquence pourtant semblait rteinte à jamais ; on s'explique ainsi d'avance l'immense succès que les maîtres de cet art allaient retrouver au siècle suivant.

Mais ce qui mérite le plus de nous intéresser dans cette partie de la littérature, c'est la critique. Elle est alors représentée par deux hommes surtout, dont les noms sont inséparables, Denysd'Halicarnasse etCécilius. Toutefois, le premier est le seul qui compte pour nous, puisciue les œuvres du second ont entièrement disparu.

Denys *, né à Ilalicarnasse, en Asie Mineure, vint jeune à Rome, en l'an 30 avant Jésus-Christ, et y vécut jusque vers la fin du règne d'Auguste. Il y enseigna dans des conditions qui nous sont mal connues, plutôt probablement en qualité de grammairien et de critique que de rhéteur. Ses écrits nous le font voir au milieu d'un cercle de lettrés, Grecs ou Romains, parmi lesquels il comptait quelques patrons puissants, tels que Rufus Melitius et (i. .VAhis Tubero. La critique littéraire paraît avoir été sa passion et presque l'unique occupation de sa vie, si Ton excepte toutefois l'histoire, qui d'ailleurs était encore pour lui une branche de la rhétorique.

Comme critique, Denys est avant tout l'héritier des commentateurs d'Alexandrie et de Pergame; et, en lui, nous

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