‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 205 sur 264 · Éditions · texte numérisé non relu

Éditions

Reiske, Dionysii Halicarnassensis opéra omnia, 6 vol., Leipzig', 1774-1176; G. Kiessling, Dionysii historia romana, 5 vol., Leipzig, 1860-1870, Bibl. Teubner; Jacobi, nouvelle édition de l'histoire romaine, dans la même collection, commencée en 1889; Usener et Rademacher, Dionysii opéra rhelorica, commencé en 1899, même collection. En outre, H. van Herwerden, Dion. Halic epislolœ criticœ très, droningue, 1861 ; Usener, IHon. Ualic. libroriim de imitatione reliquiae epistulaeque critica» (lux. Bonn, 4889; du même, Dion. Hal. quse ferlur ars rhetorica, Leipzig, 1895; A. -M. Desrousseaux et M. Egger, Jugement sur Lysias, texte et traduction française, Paris, 1890. — Cécillus : fragments 4an8 Mullach, Hi^tor. grsec. fragmenta, t. III, Bibl. Didot,

D AUGUSTE A DOMITIEN

voyons se perpétuer, pour une bonne part, la tradition des Aristarque et des Cratès. Pourtant, il est moins adonné qu'eux à l'interprétation verbale, plus préoccupé de dégager les caractères saillants des œuvres et des hommes; et, par là, probablement, il se rattache aussi aux péripatéticiens, plus spécialement à Théophraste. Son objet principal est l'imitation. Il s'agit pour lui, avant tout, de noter, dans chaque auteur, ce qui peut être imité, et d'indiquer à quelle destination particulière peut servir cette imitation. Si le point de vue est étroit, le goût de Denys l'est encore plus. Doué de finesse, d'un sens juste et même délicat du style, il est effrayé ou scandalisé par tout ce qui dénote, chez les auteurs classiques eux-mêmes, une originalité trop hardie; et il le dit avec sincérité, « car la première chose, écrit-il, c'est de ne pas tromper volontairement et de ne pas souiller .sa conscience » (SurleCaract. de Thucyd., c. 8.). De là, l'étrange inégalité de ses jugements; il admire Démosthène comme il convient de l'admirer, mais il a des préjugés singuliers à l'égard de Thucydide et de Platon.

Ses Etudes sur tes aiiciens orateurs sont probablement le plus ancien des ouvrages de lui qui soient venus jusqu'à nous. Nous en possédons la première partie, comprenant trois études sur Lysias^ Isocratc^ hée. L'étude sur Lysias, particulièrement intéressante, est tout à fait propre à faire apprécier la précision de sa critique. Le Dinarque^ la Première lettre à Amms'os traitent de points spéciaux et sont de moindre importance. A sa pleine maturité appartient le Traité de C arrangement des mots (Flepl auvOsasojç ovo{jià-:o)v), où il étudie la structure de la phrase chez les principaux poètes et prosateurs. L'ouvrage abonde en renseignements curieux, et, de plus, nous a conservé, sous forme de citations, quelques morceaux remarquables, notamment une ode célèbre de Sappho.

La principale étude de Denys sur le style oratoire est son traité Sur la Force du style de Démosthène, où il élève Démos-

D AUGUSTE A DOMITIEN

Ihène au-dessus de tous les autres prosateurs, même de Thucydide et de Platon. A cet ouvrage se rattachent, comme compléments ou justifications, la Lettre d Cnéius Pompée, récrit Sur le Caractère de Thucydide, la Seconde lettre à Ammxos surles particularitésdu style de Thucydide. Denys, dans ces divers écrits, se montre fort injuste pour le grand historien, dont il prétend cependant reconnaître le mérite.

Outre ces ouvrages, il en avait composé plusieurs autres qui sont [»erdus. Le plus important était un traité en trois livres Sur Vlmitatlon, où devaient se manifester les principes fondamentaux de sa critique. 11 nous reste, du second livre, un certain nombre de jugements, quelquesuns dans leur forme originale, les autres dans une rédaction abrégée. On les a réunis autrefois sous le titre de Jugements sur les anciens, Quintilien les a rais à profit dans le chapitre premier de son X* livre.

Cet ensemble d'ouvrages fait certainement honneur à celui qui les a composés, sans toutefois lui assigner un rang parmi les grands esprits. Denys a surtout pour nous le mérite de nous avoir conservé la tradition de la critique scolaire depuis Aristote. Son influence, d'ailleurs, n'a pas été sans importance. Il a combattu avec un zèle passionn»'* l'éloquence dite asiatique, c'est-à-dire en somme le mauvais goût et le parti pris de l'ignorance; par contre, il a défendu avec le même zèle et la même passion, non seulement l'éloquence attique, mais la grande tradition classique, qu'il admirait aussi bien chez les poètes que chez les prosateurs. Nous voyons qu'il exerçait une réelle autorité autour de lui, et maints témoignages ne permettent pas de douter que cette autorité n'ait été durable. Pour cette raison, il n'est que juste de le considérer comme un de ceux qui ont bien servi l'hellénisme.

Son œuvre historique est loin de valoir son œuvre critique. Ce fut à la fois le désir de passer de la théorie à la pratique et son admiration sincère pour le génie romain

qui lui suggérènmt l'idée de se faire l'historien de Rome, l/histoire des oritjines de la puissance romaine lui parut être le sujet le plus propre à donner carrière à son talent. Il l'entreprit pour se faire honneur à lui-même en gtorifiant la ville hospitalière qui était devenue sa seconde patrie.

V Histoire primitive de Rome ('Pf.)jjLaïx7] àp-/aioXoY''a) formait vingt livres : elle s'étendait de la fondation de la ville à la première guerre punique.* Elle embrassait donc cinq siècles; et, dans cette longue période, l'auteur s'était proposé de mener de front l'histoire des institutions et des mœurs avec celle des guerres et des traités. De ces vingt livres, nous ne possédons plus que les onze premiers, avec un certain nombre do fragments des neuf autres.

Denys nous apprend lui-même qu'il travailla plus de vingt ans <à cette grande œuvre (de l'an 30 à l'an 8 avant notre ère). Il dépouilla, pour l'écrire, les annalistes romains les plus renommés, Caton, Fab. Pictor, Valerius d'Antium, Licinius Macer, beaucoup d'autres. Toute la substance historique de son ouvrage est empruntée à leurs écrits. Il a, par là même, il faut le reconnaître tout d'abord, une valeur documentaire incontestable : car il nous a conservé, plus complètement que Tite-Live, une foule de témoignages précieux, qui représentent les traditions romaines, telles qu'elles s'étaient conservées ou créées peu à peu. Il est vrai qu'au point de vue scientifique, ce mérite est le seul de son ouvrage. La critique personnelle y fait entièrement défaut. Les combinaisons mythiques, lorsqu'elles flattent ses sentiments, rencontrent chez lui une indulgence puérile : il ne veut pas douter que les Romains ne soient les descendants d'anciens colons grecs établis dans le Latium. Ses exposés de mœurs et d'institutions, clairs et bien composés, sont sans profondeur et sans cohésion. Incapable de profiter des exemples de Polybe, il se montre aussi dénué qu'on Peut l'être de philosophie politique et de vues originales

716 HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE GRKCOl E

dans une entreprise qui ne pouvait s'en passer. Sa chronologie même, fondée sur le synchronisme des consuls d»' Rogie et des archontes d'Athènes, prouve (ju'il n'a pas aperçu les difficullés de sa tiVhe ou qu'il se les est dissimulées volontairement.

Ces graves défauts sont loin d'ailleurs d'être compensés par le mérite littéraire. Le récit, correct t't médiocre, ressemble à une série d'amplitications, tantôt narratives, tantôt oratoires, composées selon les règles de l'école. Ce qui y manque le plus, c'est un accent personnel quelconiju»'. Jamais rien qui ressorte, ({ui saisisse, qui émeuve, ou qm fasse penser. Tout, dans cette longue composition mon..tone, est dit du même ton, tous les personnages y tiennent le même genre de discours, toutes les scènes y ont mêni. couleur. Le lecteur suit avec indilTérence le cours du temps, assistant à un défilé d'événements que n'enchaîn.^ aucun lien intime ; il n'a pour guide, dans ce long voyai:. monotone à travers les siècles, qu'un honnête professeur de rhétorique, homme simple et pieux, dont toute la philosophie consiste en une croyance banale à une Providenr. sans desseins, qui châtie ou qui récompense de temps en temps, mais qui ne conduit rien.

En somme, le nom de Denys d'Halicarnasse reste surtoul attaché à son u'uvre crili»iue. Celui de son ami Céciliu-. que nous avons mentionné plus haut, a presque disparu avec son o'uvre. Mais il nous reste, du même temps prob.iblement, une iruvre anonyme qui ne doit pas être passé, sous silence : c'est le Traité du sublime, faussement altrihu. à Longin^ Cette cruvre semble, pour diverses rais<»ns, appartenir au i'"'' siècle i\v notre ère. Sans être très originale par la doctrine ni parla méthode, elle est remarquable par un sentiment littéraire très vif, très sincère, très ardent même par moments, qui donne aux appréciations

1. Ed. AVeiske, Oxford, 18'>0. Le même traité se trouve dans Spengel, fihet.^rxci, t. I, Leipzig, 1853; 2» éd., 1894, Bibl. Teub^er,

D AUGLStE A hOMÏTIËN

de l'auteur, et aussi à son style, quelque chose de vivant et de personnel ; elle l'est aussi par un libéralisme et une générosité d'esprit qui révèlent l'honnête homme dans le professeur. Le même sujet avait été traité déjà par Cécilius. L'auteur anonyme a voulu être plus pratique que son devancier; dans ce dessein, il a multiplié les exemples, et nous devons à cette préoccupation la conservation de quelques beaux moneaux qu'il a cités.

De tout ce qui précède, on est en droit de conclure que la critique littéraire, au T' siècle de l'Empire, fut sur le point de se constituer à l'état de genre distinct. Ce mouvement aboutit chez les Latins «î Vinstitution oratoire de Quintilien. Il se perdit chez les Grecs dans la sophistique du siècle suivant.

8. La poésie au r»- siècle'. — La poésie ne pouvait avoir qu'une bien petite place dans la vie de la société de ce temps. Toutes les grandes sources d'inspiration, religion, patriotisme, exaltation du sentiment de la beauté, étaient refroidies ou desséchées. Restaient les traditions scolaires et l'élégance mondaine. Et c'est de cela en effet que se contentent ceux qui prétendent encore au nom de

poètes.

La plupart d'entre eux, d'ailleurs, ne le sont que par occasion. Ce sont ordinairement des maîtres de rhétorique, des érudits, quelquefois des hommes du monde. Ils composent des épigrammes à propos de bagatelles; tout leur art s'épuise à tourner joliment une dizaine «le vers. Seuls, quelques Grecs, de la clientèle des patriciens, Grœculiy forgent encore laborieusement de vrais poèmes à la louange de leurs patrons ; et ces patrons sont, à vrai dire, les seuls qui s'y intéressent; aussi les poèmes disparaissent-ils avec eux.

1 Les fragments des poètes cités se trouvent dans V Anthologie, édit. Jacobs, 13 vol., Leipzig, 1794-1814; éd. Duebner, 2 vol., avec trad. latine, Paris, 1864-1872, Bibl. Didot; éd. H. Stadtmueller, Leipzig, en cours de publication depuis 1894.

i^'&itiÊtL^s:^

Les épigrammes avaient, au moins, un certain mérite de grâce, d'élégance, d'esprit : de plus, comme elles étaient courtes, elles se laissaient lire et même relire. De temps en temps, il se trouvait un amateur qui collectionnait les meilleures d'entre elles et en publiait un recueil. Telle avait été la Couronne de Méléagre, dont il a été question plus haut. Telle fut la collection d'épigrammes qu'un certain Philippe de Thessalonique publia sous Caligula. H serait sans intérêt d'énumérer les poètes (|ui y figurent. Les plus connus sont Antipater de Thessalonique, Crinagoras de Mitylène, Antiphile de Byzance. Aucun d'eux ne mérite plus qu'une simple mention. Tous, bien (ju'à des degrés divers, se rattachent à Léonidas de Tarente et procèdent par conséquent de la tradition alexandrine. Seulement, chez eux, l'art a moins de finesse et les procédés de la rhétori(|ue sont plus apparents.

Dans les autres genres de poésie, le seul homme qui semble avoir fait preuve alors d'une certaine faculté d'invention est le mimographe Philistion, (|ui vécut probabhment sous Auguste et sous Tibère. Ses comédies n'étaient sans doute que de simples scènes boutîonnes, au milieu desquelles se détachaient quelques pensées vigoureuses et mordantes. Son succès paraît avoir été vif; mais il ne nous reste sous son nom que des sentences isolées, dont l'authenticité même est douteuse.

Page 1