‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 206 sur 264 · LA RENAISSANCE HELLENIQUE DE NERVA A LA MORT DE DIOCLÉTIEN · texte numérisé non relu

LA RENAISSANCE HELLENIQUE DE NERVA A LA MORT DE DIOCLÉTIEN

SOMMAIBE

I. Vue d'ensemble. Causes et caractères de la renaissance hellénique. — II. Épanouissement de la philosophie morale après Domitien. Épictète. — 111. Dion Chrysostonie. — IV. Plutarque. Sa vie et ses écrits. — V. Caractères généraux de l'œuvre de Plutarque. — VI. Plutarque philosophe et moraliste. — VIL Plutarque historien Les Vies parallèles. Conclusion sur son œuvre. — - VIII. Marc-Aurèle. — IX. L'histoire. Arrien et Appien. — X. Suite de rhistorio«^raphie. Dion Cassius. Hérodien. — XL Érudits et collectionneurs. Pausanias. liihliolhèque d'Apollodore. Diogène Laërce. — XII. La sophistique. Ses origines. Aperçu de son histoire au ii" et au iir siècle. — XIIL i£lius Aristide et Maxime de Tyr. — XIV. Lucien. Sa vie et ses écrits. Son rôle et son talent. — XV. Ses créations littéraires. — XVI. Alciphron. Les Philostrate. Elien. — XVII. La poésie. Oppien. Babrius. — XVIII Le roman. — XIX. La rhétorique et la grammaire. — XX. La philosophie et la science avant le Néoplatonisme. Ptolémée. Galien. Sextus Empiricus. — XXI. Le Néoplatonisme. Plotin et Porphyre. — XXIL Débuts et progrès de la littérature chrétienne au n" et au ni« siècle. Les apologistes. Les docteurs : Clément d'Alexandrie ; Origène ; Ilippolyte.

1. Vue d'ensemble. — Causes et caractères de la renaissance hellénique. — Le génie grec venait de traverser une période d'affaiblissement. Elle fui de courte durée. Dès la lin du i*"" siècle de notre ère, sous Vespasien et ses fils, nous voyons se manifester les symptômes de son relèvement prochain. Sous Nerva, sous Tiajan, ce relèvement se

7âO

HlStOlRE DE La LllTÉRAtURE GRECQUE

LA RENAISSANCE HELLÉNIQUE

produit avec éclat. 11 se continue sous Adrien, sous Antonin, sous Marc-Aurèle, sous Commode, c'est-à-dire à travers tout le 11»^ sièclt*. C'est une véritable renaissance. De nouveau, nous voyons surgir des hommes qui ont une valeur originale, comme penseurs, comme moralistes, comme écrivains. 11 est vrai qu'à la fin du n*' siècle, celte fécondité de lalradilion hellénique semble diminuer. Pourtant, c'est au m*' siècle que s'organise le néoplatonisme, c'est-à-dire la plus remarquable philosophie (jue le monde grec eût vu naîlre depuis le temps d'Aristote. On peut donc dire que, depuis l'avènement de Nerva jusqu'à la mort de Dioctétien, les grandes œuvres se succèdent sans interruption. Quelles sont les causes de cette renaissance? Quel en est le caractère ?

Ce fut l'état politique du monde romain qui permit à la renaissance grecque de se produire. La tin de la république romaine avait été un temps de bouleversement. Les royaumes grecs avaient disparu; les provinces qui leur avaient succédé n'avaient pas encore pris les habitudes qu'imposait le nouvel état de choses; d'ailleurs, jusqu'à l'avènement de Vespasien, elles furent, à plusieurs reprises, troublées violemment par les guerres civiles. Sous les Flaviens, une ère meilleure commencja. Avec Nerva et ses successeurs, la tranquillité et la prospérité s'établirent el régnèrent d'une faeon continue jusqu'à la mort de Commode. Alors, le mouvement des esprits put reprendre sou cours. Les écoles se peuplèrent, la vie municipale s'organisa, les provinces s'habituèrent à leur condition, les relations de société redevinrent actives et variées. On eul la faculté de vivre tranquillement chez soi, de travailler et de méditer à l'aise, et aussi celle de voyager sans danger. Les échanges d'idées furent remarquablement favorisés par cette nouvelle organisation du monde.

De là résulta naturellement un effort fécond de la pensée grecque. Elle tendit, par la force même des choses, à s'ap-

proprier aux conditions nouvelles qui lui étaient faites, et cet effort fut justement la cause profonde de ses succès. Dépouillée malgré elle du patriotisme ancien qui l'avait si longtemps animée, elle dut laisser de côté l'idéal purement national qui avait été celui des temps classiques, elle dut renoncer aussi à l'art raffiné de la période alexandrine, pour s'adapter de plus en plus à l'humanité tout entière. Désormais, soit qu'elle en eût conscience, soit qu'elle l'ignorât, ce fut là sa tendance nécessaire. Si la tradition ancienne subsiste, il y a du moins un effort universel pour l'élargir. En philosophie, en littérature, on se rattache aux maîtres renommés d'autrefois; en réalité, on ne prend de leur idéal que ce qui est applicable à un temps nouveau, et on y mêle en foule des éléments de provenance diverse. Grâce à cela, il y a une originalité possible dans l'imitation, et c'est par là que les hommes distingués de ce temps diffèrent sensiblement de leurs prédécesseurs immédiats. Ceux-ci n'avaient guère fait que compiler ou choisir, commenter ou adapter ; eux vont en réalité créer à nouveau ce qu'ils auront l'air d'emprunter.

Pour mettre le plus d'ordre possible dans l'exposé de faits assez complexes, nous commencerons par étudier le développement de la philosophie chez Épictète, Dion, Plutarque, Marc-Aurèle ; car c'est en eux et par eux que la renaissance du n* siècle se manifeste d'abord avec le plus d'éclat. Nous passerons ensuite aux historiens et aux savants, qui, par certains côtés, touchent à la philosophie. Nous mettrons au centre de ce chapitre la sophistique, qui a rempli ce siècle du bruit de ses succès ; aux sophistes proprement dits, à Hérode Atticus, à ^lius Aristide, à Maxime de Tyr, nous joindrons Lucien, leur adversaire et leur élève tout à la fois; puis, ceux qui continuent leur tradition, depuis le règne de Commode jusqu'à la fin du iii« siècle, Alciphron, Élien, les Philostrate; et, après ce» écrivains, tout ce qui se rattache à la sophistique, à savoir,

It

722 HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE GRECQrK

d'une part le roman et la poésie, de Tautre la rhétorique et la grammaire. Nous reviendrons enfin à l'histoire et à la philosophie, pour achever d'en retracer IVvolution ; à l'histoire, pour parler de Dion Cassius et d'Hérodien ; à la philosophie, pour montrer, dans le Néoplatonisme, l'organisation d'une théologie qui vise à rajeunir et à élargir la tradition hellénique. Nous terminerons ce chapitre en retraçant sommairement les débuts et les progrès de la littérature chrétienne, qui va, dans le siècle suivant, absoiber en elle presque toute la sève de l'hellénisme.

2. Épanoaissement de la philosophie morale après Domitien. — Épictète '. — On a vu comment, depuis plusieurs siècles déjà, la philosophie s'était en quelque sorte concentrée autour de la morale L'œuvre des philosophes de l.i période alexandrine avait été de la constituer en doctrine. Ceux du 1" siècle tie l'Empire, héritiers des dogmes de leurs prédécesseurs, n'avaient guère fait qu'en montrer les applications. Ils étaient devenus de moins en moiii< théoriciens, de plus en plus prédicateurs et directeurs d.conscience. D'une manière générale, c'est là encore le rôlr des philosophes dont nous avons à parler maintenant. Mais, dans ce rôle, ils font preuve, chacun à sa manière, d'une originalité vraiment nouvelle, parce qu'ils ne s'adressent plus à un petit cercle, mais qu'ils parlent poui l'humanité.

Page 1