‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 207 sur 264 · Éditions · texte numérisé non relu

Éditions

Schweighapuser, Epicleteœ philosophie monumenla, 5 vol., Leipzig, 1799-1800: Duebner, Epicteli liisserlaliones, fragmenta et enchiridion cum commentario Simplicii, avec trad. lat., Paris. 1848, Bibl. Didot, dans le vol. qui contient Theophrasti caractères; SchenkI, Epicteti disse rtationes, accédant fragmenta, enchiridion, gnomologiorum epicleteorum reliquiip, Leipzig, 1894, Bibl. Teubner.

A consulter :

Martha, les Moralistes sous VEmpire romain, 5- éd., Paris, 1886; SchenkI, prolégomènes de l'édition citée.

LA RENAISSANCE HELLÉNIQUE

Le premier en date de ces grands moralistes est un homme qui n'a rien écrit, Épictète. Sa parole a été si forte, si sincère, si spontanée, quelle est restée vivante dans les simples notes d'un disciple. Et, dans ces notes, elle laisse apparaître, avec un éclat un peu dur, une des formes les plus étonnantes qu'ait jamais prises l'énergie Immaine. . Né en l'an oO après Jésus-Christ, ou peut-être même un peu plus tôt, à Hiérapolis en Plirygie, Épictète, amené à Rome comme esclave, y vécut en cette qualité sous le règne de Néron. Épaphrodile, son maître, le fit instruire. Le jeune Épictète suivit les leçons du noble stoïcien Musonius Rufus, que nous avons nommé précédemment. Sa doctrine l'en- Ihousiasma; elle devint pour lui l'objet d'une foi passionnée et la formule même de la vie. Affranchi à une date inconnue, Épictète semble avoir vécu à Rome sous Vespasien et Titus, et au début du règne de Domitien. Lorsque celui-ci expulsa les philosophes de Rome et de l'Italie (94 ap. J.-C), Epictète se retira à Nicopolis, en Epire. C'est là qu'il vécut désormais, sous Nerva, sous ïrajan, et dans les premières années du règne d'Adrien, jusque vers 125 environ. Bien qu'il y menât l'existence d'un pauvre et qu'il n'eût point de famille, il fut loin d'y demeurer isolé. De nombreux disciples l'entouraient, des voyageurs s'arrêtaient pour le voir; sa réputation s'étendait au loin et attirait des admirateurs ou des curieux. Parmi ces disciples, se trouva, dans les dernières années du règne de Trajan probablement, le jeune Bithynien Arrien, de Nicomédie, le futur historien ; épris des enseignements du maître, il les mit par écrit pour les conserver; c'est à lui que nous devons de pouvoir les lire encore. H en forma deux recueils, les Entretiens (Aiatpi^aî) et le Manuel

Les Entretiens, dont nous possédons la moitié environ, en quatre livres, se composent de notes prises au jour le jour. Arrien y a reproduit, non les leçons du maître à pro-

LA RENAISSANCE HELLENIQUE

prement parler, mais les entretiens familiers qu'il avait eus en sa présence sur des sujets de morale, soit avec ses disciples, soit avec des visiteurs. Le livre, écrit sans aucun apprêt, est la reproduction fidèle de ce qu'Arrien a entendu. C'est la parole vivante, surprise et notée dans sa négligence, mais aussi dans son originalité première. Plus tard, Arrien, voyant combien ces leçons morales étaient profitables à beaucoup, voulut les condenser en un tout petit volume, qui en contiendrait toute la substance. Il composa le Manuel, qui est venu jusqu'à nous, livre pratique par excellence, où chacun devait pouvoir trouver immédiatement le secours nécessaire dans le besoin, la réOexioii salutaire dans la tentation, la consolation dans la peine.

L'originalité d'Épictète n'est pas dans sa doctrine, car il n'enseignait en somme que le sloïcisme traditionnel. Elle est dans le sentiment personnel qui anime ses leçons. Esclave, Épictète a cherché dans la morale stoïcienne rafTranchissement de son àme. Dès sa jeunesse, il a conçu lin idéal de liberté morale; devenu homme, il l'a poursuivi avec une ardeur passionnée. Selon la morale et lu psychologie stoïciennes, qu'il s'est appropriées, la volonté humaine ne dépend que d'elle-même ; rien ne peut la contraindre. Si l'homme subit des servitudes, c'est donc qu'il le veut bien. 11 se rend esclave par ses désirs et par ses craintes, en attachant du prix à des choses qui n'en ont réellement pas, et qui, d'ailleurs, ne dépendent pas de lui. Celui qui ne désire rien que le bien moral, et qui ne craint rien que de mal faire, celui-là est absolument libre. Toute la morale se ramène ainsi à une éducation de l'esprit tendant à lui faire accepter cette vérité libératrice. Voilà ce qu'Épictète proclame sans cesse, avec une foi absolue. Esprit tenace et simple, toujours poussé dans une même direction par une énergie morale incomparable, il est l'homme d'une seule idée, que rien n'entame ni ne fait fléchir. •

La grande affaire du philosophe n'est pas d'établir ces principes, qui lui paraissent évidents ; c'est de les rendre présents à tous nos actes, à tous nos sentiments. Il s'agit d'en faire l'aijplication à chaque circonstance, surtout aux circonstances imprévues, et de la faire assez prompte pour résister même aux impressions brusques, aux désirs soudains, aux craintes instinctives, en un mot à tous ces mouvements rapides qui emportent l'àme, avant qu'elle ait pu se mettre en garde. C'est à cela qu'il emploie toutes ses ressources d'esprit, qui sont grandes : sa dialectique vive et pressante, sa clairvoyance, sa malice aiguisée, son ironie hardie et familière, son imagination enfin qui lui suggère des rapprochements décisifs.

Le défaut d'Epictète est peut-être dans l'excès même de cette personnalité si intéressante. Si nobles que soient ses intentions, si élevé que soit son idéal, il y a en lui trop d'assurance. On voudrait parfois dans ses leçons plus de réserve, plus de doute, plus de sentiment de la faiblesse humaine. Puis, sa rudesse a quelque chose d'offensant. Epris de la raison impersonnelle, il malmène violemment l'homme qu'il veut guérir. Il lui refuse les affections de famille, le charme de l'amitié, le plaisir de l'étude, la jouissance délicate du beau, tout ce qui fait le prix de la vie pour l'immense majorité d'entre nous. Une philosophie si résolument ennemie des sentiments les plus naturels peut s'imposer à l'admiration : il est diflicile qu'elle se fasse aimer.

Quoi qu'il en soit, l'effort indiiiué plus haut, et qui tendait à universaliser la sagesse grecque, est évident chez Epictète. Il s'adresse à l'homme en tant qu'homme, il ne lui demande aucune initiation spéciale, il ne se rattache à aucune tradition de cité, à aucune religion locale, il ne fait appel qu'à sa raison. Voilà pourquoi le Manuel est un des rares livres qui sont de tous les temps et de tous les pays. Même en y faisant la part de l'esprit de système, il

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demeure encore, comme il a toujours été, une source de force morale et de haute inspiration, grdce à ce qu'il enferme de vérité dans ses formules brèves et dans ses images saisissantes.

3. Dion Chrysostome'. — Celte morale est, à bien peu de chose près, celle que nous retrouvons aussi chez un contemporain d'Épictète, l'orateur philosophe Dion, surnomma' [uir ses auditeurs Chtysostome (Bouche d'or). Mais, tandis (ju'elle st» montrait à Nicopolis sous une forme austère Jnsfîu'à la dureté, elle se reviUail, dans les prédications de Di.Mi, d'une gnke enjouée, qui la rendait bien plus séduisante.

Xr vers l'an 40 après Jésus-Christ, à Pruse, en Bithynie, Dion appartenait à une des premières familles de sa ville natale. Dès sa jeunesse, il s'adonna à rélo«iu»'nce, «[ui le charmait. C'était, comme nous le verrons bientôt, le tem[ où la rhétorique rajeunie obtenait partout des succès san cesse croissants. Dion semble avoir été, entre trente et quarante ans, sous les règnes de Vespasien et de Titus, un des conférenciers en renom. II se lit applaudir alors en Orient et en Occident, en Grèce, en Egypte, à Kome. La faveur impériale même ne paraît pas lui avoir manqué. Ln coup imprévu y mit fin brus(|uement. En 82, impliqué par Domitien dans la disgrike de Flavius Sabinus, il rerut l'interdiction de séjourner soit en Italie, soit en Bilhynie. Suspect, exilé de son pays, à demi ruiné, il voyait s'écrouler ses espérances. Sa mauvaise fortune dura quatorze ans; mais, loin de faiblir, Dion trempa son Ame dans le malheur. Il se

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