‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 208 sur 264 · Éditions · texte numérisé non relu

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L. Dindorf, Dionis Clirysoslomi orafiones, 2 vol., Leipzig, 1857, Bibl. Teubner; Hans von Arniin, Diunis Prusœensis quœ cjrsfant omnitty 2 vol. in-8», Berlin, 1893-1896.

A consulter :

Martha, les Moralistes, ouvr. cité plus haut; IL von Arnim, Leben uiul W'erke des Dio von i'rusa, Berlin, 1898.

LA RENAISSANCE HELLÉNIQUE

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fit pauvre et vagabond; on le vit errer ainsi par la Grèce, vivant avec les gens du peuple, et relisant, pour se consoler, les deux seuls livres qu'il eût emportés avec lui, selon Philoslrate, le Phédon de Platon et le discours de Démosthène Sur V Ambassade. Obligé de réfléchir, de chercher des consolations en lui-même, il devint alors philosophe. Cette période de misère prit fin en 96, par la mort de Domitien. Ami de Nerva, il rentra à Pruse dès son avènement. En changeant de fortune, il ne changea pas de dispositions morales. Ses dernières années furent employées surtout à des voyages qu'on serait tenté d'appeler des « missions ». Il allait de ville en ville, à la façon des sophistes; mais, au lieu de traiter, comme eux, des sujets frivoles, il se livrait à de véritables prédications morales. Il parla ainsi à Apamée, à Tarse, à Alexandrie, en beaucoup d'autres lieux. Il vint à Rome même, où, à plusieurs reprises, il prononça des discours devant ïrajan. qui avait pour lui une haute estime. Il dut mourir vers la lin du règne de ce prince, après avoir perdu sa femme et son fds.

Dion avait beaucoup écrit. Un certain nombre de ses ouvrages ont disparu, notamment ses Lettres, et une Histoire des Gèles (FeTixa), qu'il avait composée pendant son exil. Mais sa réputation était attachée à ses discours, qui furent recueillis, et dont une partie considérable est venue jusqu'à nous. Notre collection, fort confuse, comprend des discours entiers et des fragments. On peut y distinguer trois groupes assez caractérisés : les discours sophistiques, les discours politiques et les discours moraux. Les discours sophistiques appartiennent à la première partie de la vie de l'orateur; ils relèvent de l'éloiiuence frivole et fardée, qui était alors à la mode : ce sont les moins intéressants. Les discours politi(jues datent, en général, de la maturité de Dion; les plus importants sont postérieurs à son exil; ils se rapportent aux affaires de la Bithynie, aux discordes des habitants de Pruse, à leur rivalité d'intérêts avec Nicée et

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Nicomédie : ce sont des documents très instructifs pour l'histoire de l'Asie grecque sous la domination romaine. Les discours moraux sont ceux qui se rattachent à la pn'dication de Dion; ils datent tous de la dernière prriod»; de sa vie : ce sont les plus importants et les plus beaux de la collection; là, et non ailleurs, apparaît ce qui fait Toriginalité de l'orateur.

Son rôle propre a consisté à populariser, ou à essayer de populariser, les enseignements moraux de la philosophie. Il emprunte ses idées au syncrétisme du temps. Sa morale est principalement stoïcienne, mais elle a subi rinfluence de l'Académie, du Lycée et des Pythagoriciens. Sa théologie est plutôt platonicienne, mais elle l'est sans parti pris; elle fait des emprunts aux doctrines pythagoriciennes et à la mythologie populaire. C'est qu'au fond, Dion n'est pas un philosophe à proprement parler; il est beaucoup plutôt un interprète éloquent de la philosophie, ce qui est différent. Il prend dans l'école (juclques grandes vérités morales et religieuses qui lui paraissent ignorées ou méconnues de la foule, et il s'applique à les lui faire comprendre, ou mieux encore à en faire l'application à certains cas ])articulieis qui touchent ses auditeurs. Il s'agit pour lui de tirer, des théories réservées aux spécialistes, ce qui est nécessaire à tous; son œuvre est une œuvre de vulgarisation généreuse, qui vise à répandre largement dans le monde le meilleur de la sagesse hellénique. Voilà ce qu'on trouve au fond dans les Discours aux Alexandrins, aux citoyens de Tarse, à ceux de Célènes, aux Ciliciens, dans son Olympique, dans son Borysthénitique, dans ses Discours à Trajan sur la royauté, et en somme dans toutes ses compositions oratoires les plus célèbres. Son Euboique même, qui semble n'être dans sa première partie qu'une sorte de récit agreste et presque d'idylle pastorale en prose, est en fait une exhortation au travail, à la simplicité des mœurs, à la fraternité. Jamais encore tentative aussi décidée n'avait été faite pour appeler

le plus d'hommes possible à l'intelligence et à la possession d'un idéal salutaire.

Cette sorte d'apostolat demandait du courage, de la foi, de l'entrain et une forme particulière de talent, qui était précisément celui de Dion. Sa manière ressemblait à celle des sophistes contemporains; il parlait, comme eux, dans les salles de conférences, quelquefois dans les théâtres; mais il le faisait avec une hardiesse et une franchise qui n'étaient pas communes. Sa grande réputation lui assurait un auditoire curieux ; d'ailleurs, ses malheurs si noblement supportés lui avaient valu la sympathie publique; enfin, sous Trajan, on le savait bien en cour. Toutefois, tout cela eût été sans doute insuffisant à établir son autorité, s'il n'y eût ajouté le charme piquant de son esprit. L'éloquence de Dion est un curieux mélange de fantaisie gracieuse, d'invention brillante ou ingénieuse, de malice aiguisée, de moquerie spirituelle et de haute inspiration morale. Il imite Socrate, dissimule comme lui son savoir sous une ironie légère, amuse son public par ses saillies, le charme par ses comparaisons familières, et tout à coup, changeant de ton, le surprend et le captive par de graves pensées. Sans doute, il y a, dans cette éloquence, quelque chose qui sent la manière sophisti(jue des contemporains. Le style de Dion est trop joli, sa pensée se complaît trop à mille gentillesses de peu de valeur. Mais, sous ces défauts, il y a un don de séduction que nous sentons encore aujourd'hui. Entre les écrivains de ce temps, c'est à coup sûr un des plus aimables.

4. Plutarque. — Sa vie et ses écrits ^ — Ni l'un ni l'autre des deux hommes dont nous venons de parler ne saurait

Doehner et Duebner, Plutarchi vilœ et Plutarchi moralia, 5 vol., Paris, 1846-1855, avec les fragments et une trad. lat., 13ibl. Didot ; Sintenis et Bernardakis, Vilae parallelœ et Moralia, 11 vol., Leipzig, 1852-1895, Bibl. Teubner.

A consulter :

Excursus de Wyttenbach dans son édit. des Moralia (15 vol.,

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être égalé à Plularque pour la part prise à l'œuvre d'élargissement de riiellénisme que nous étudions en ce moment. Epiclète était trop assujetti à une idée lixe, Dion était trop occupé des choses du jour pour ((ue leur popularité pù( être soit universelle, soit durable. IMutarque, au contraire, après avoir été un des hommes les plus renommés de son ti^mps, est resté auprès de la postérité au nombre des écrivains de l'antiquité les plus goûtés et les plus influents Cette faveur, ([ui fait de lui un des témoins toujours cités de Thellénisme, il la doit, non à une heureuse chance, mais à un ensemble de qualités qui le mettent immédiatement au-dessous des hommes de génie.

Né à Chéronée, en Béotie, un peu avant l'an 50 de notre ère, Plutarque appartenait à une ancienne famille de pure race hellénique, qui possédait là d'importantes propriétés. Vieille famille et vieux domaine, foyer tout peuplé de traditions, maison de forte et intelligente bourgeoisie, de mœurs simples et antiques, pleine de religion et de patrio tisme, et, malgré cela, nullement fermée aux idées du jour. L'enfance de Plutarque s'y écoula auprès de son grandpère, Lamprias, vieillard spirituel et conteur; de son père, Nicarque, homme droit et sensé; à coté de ses frères, Lamprias et Timon. Plus tard, il passa quelques années à Athènes, étudiant la rhétorique, les sciences, la philosophie. Son maître préféré semble avoir été le platonicien Ammonios. Devenu homme, il voyagea, quelquefois pour affaires, quelquefois pour le simple plaisir de voir le monde. Il visita la (irèce, TÉgypte, Tltalie, séjourna même à Home, sous Vespasien, et y donna, selon îa mode, des conférences de philosophie. Puis, de bonne heure, il rentra à Chéronée, pour en faire désormais son séjour habituel. Quand il eut

Oxford, 179:;-I830); R Volkmann, Leben. Schrlflen und Philosophie des Plutarch von Chaeronea, Berlin, 1873 ; Gréard, De la Morale de Plutarque, Paris, 186H ; Ch. Lévèque, un Médecin de Vâme chez les Grecs {Revue des Deux-Mondes, 1867) ; .Michaelis, De ordine vitaruni parnllelarum Plutarchi, Berlin, 187ii.

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