‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 214 sur 264 · A consulter · texte numérisé non relu

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Westermann, Oesch, d. Beredsamkeit, Leipzig, 1833 ; Bernhardy, Gesch. d. griech. Liller., t. l; E. Rohde, Der griechische Bom^n, Leipzig', 1876, chap. ni; Ilans von Arnim, ouvr. sur Dioa cUé plus haut (p. 726), introduction.

LA ni:.NAlSSANCE HELLÉNIQUE

des fortunes f3rodigieuses. Ils portent leur art devant le public par des discours d'apparat, devant les tribunaux par des plaidoyers qui ressemblent à ces discours, devant les conseils des villes et les gouverneurs des provinces, quelquefois mrme devant le Sénat ou devant les empereurs, par des harangues où la discussion des affaires les plus sérieuses devient une occasion d'étaler les grâces de loinesprit. Dès le début du m" siècle, tout l'Orient grec pullul»' d'orateurs en renom, applaudis avec passion, prônés, adulés, comparésaux plusgrandsd'autrefois,et qui traînentvraimeut la foule après eux. Ces succès sont éphémères, parce que l'artifice et la mode y ont trop de part; mais il y apourtanl, dans l'art dont ils sont la consécration, quelque chose de sérieux qu'il faut noter.

La sophistique de l'Empire repose sur la rhétorique traditionnelle. Elle implique donc une étude, légitime et utile en elle-même, de l'invention, de la composition et de l'élocution, c'est-à-dire, en somme, de la pensée et de son expression. Cette étude, dans la période précédente, avait été peu à peu négligée. Ceux qu'on nommait les Asiatiquc^i étaient souvent des hommes qui, mettant la pratique audessus de la théorie, cherchaient plus à développer en euxmêmes la facilité naturelle que la réflexion et le goût. Il était bon de réagir contre ce travers, en revenant à la rli'> torique et à l'étude des modèles classiques. Il semble bien qu'à l'origine surtout, les sophistes de l'Empire aient piucédé ainsi. Il y avait chez eux une connaissance de la littérature oratoire et des règles traditionnelles, un souci de la perfection, un sentiment de l'art qui avaient manqué à leurs prédécesseurs et qui étaient fort louables. Cette éloquence réformée aurait donc pu faire honneur au génie grec, si elle avait su se défendre contre certaines tentations. Les occasions sérieuses ne lui manquaient pas, bien qur la liberté de la parole fût singulièrement réduite. Elle avait les procès, les affaires municipales et provinciales, les réu-

nions religieuses, les conférences. Ce qui la perdit, ce fut d'abord l'ambition des grands sujets politiques, puis le goût de l'improvisation.

Ces Crées d'Asie, légers et vains, ne se résignaient pas aisément à n'être que des avocats d'affaires. Il leur fallait jouer un rôle, combattre des tyrans, soulever des multitudes, déplorer de grandes catastrophes. Et, comme les maîtres d'alors ne se laissaient pas combattre et qu'il n'y avait plus de soulèvements possibles, plutôt que de renoncer à ces grands sujets, ils les créèrent d'imagination. L'éloquence devint ainsi une sorte de fiction théâtrale. De grands artistes en paroles jouèrent les Thémistocle, les Périclès, les Démosthène et les Hypéride; ils bravèrent Xerxès et foudroyèrent Philippe dans des salles bien ornées, devant un public oisif qui venait là comme au théâtre. Leur art, qui était bon en lui-même, dégénéra ainsi en puérilité.

Puis, enivrés de leur succès, ils rivalisèrent entre eux et visèrent à l'accroître en accroissant artiliciellement les difficultés qu'ils devaient vaincre. Ils en vinrent ainsi à improviser leurs discours, au moins en apparence, afin d'ébahir leur public. Ce fut là surtout ce qui fit tourner leur éloquence en déclamation frivole. Devenue un tour de force, elle se proposa de plus en plus d'éblouir, et elle substitua les prestiges d'une adresse frivole aux pratiques réfléchies de l'art. Les parleurs à la mode demandaient à leur public de leur proposer un sujet quelconque, et, sur ce sujet, ils se mettaient aussitôt à parler. Naturellement, ils appliquaient au sujet donné des développements préparés, lieux communs qui trouvaient place partout. Toute réflexion sérieuse devenait impossible. Et, dans ce genre, tout ce qui donnait l'illusion de la perfection, tout ce qui frappait des auditeurs déjà émerveillés, était bien venu : traits d'esprit, antithèses, figures de mots. Le sophiste n'était plus qu'un virtuose, qui exécutait, sur un thème donné, des variations

HISTOIRK DE LA LITTÉRATIRE GRECOUE

à rinfini, et dont rinvention consistait en iioritures .1toute sorte. C'en était fait de la simplicité, du bon poùt ei du bon sens.

Ces quebjues indications peuvent suffire ici à caractériser la sop!iisti(jue dans son enscmlde. Ses représentants principaux, sauf (juelquf^s-uns dont nous parlerons bientôt, n. nous sont guère connus que par les Vies de^ Sophistoi <!. Philostrate. C'est là qu'on les voit en action et cpion \wn\. étudier leurs liabiludes et leurs mœurs, leurs exercices scolaires et les diverses formes de leur art. Parmi les plus célèbres, nommons au moins NiUétès de Smyrne (lin du i" siècle), qui fut considéré comme \v restaurateur d(; l'éluquence ; Scopélien de Clazomène, renommé sous Domiticii, Nerva et Trajan ; Isée, improvisateur célèbre, vanté par Pline le Jeune {Leltres.U,^); Loliianos d'K|dièse, quioccuj. i le [)remier à Athènes la chaire d'éloquence fondée par l.i ville; Anton ius Polémon, de Laodicée, contemporain d'Adrien et d'Antonin, l'un des plus remanjuahles enliv ces artistes de discours, et dont nous possédons encoiv deux déclamations; Hérode Atticus, le plus illustre de tous, aussi célèbre par son élo(|u«'nce «|ue par ses richesses pn«digieuses et s(m faste, consul sous Antonio en 1 V.\ et mort vers 179, peu avant Marc-Aurèle ; Adrim de Tyr, son .liciple, qui étonnait Athènes par son luxe; puis, Klius Aiitide et les Philostrate, dont nous allons parler un peu plus longuement.

CV§t au n'- siècle que la sophistique brille du plus vif éclat. Les grandes villes attirent alors à elles les sophistes célèbre^ et fondent pour eux des chaires. Les empereurs, suiva cet exemple, créent à leur tour des emplois de professeur^ d'éloquence et de philosophie, rémunérés sur le trésor public. A i»artir de 170, grà<e aux fondations de Mar« - Aurèle, Athènes devient une véritable université, t'ct état de choses se [>r<donge à travers tout le ur' siècle et va duc i . en somme, autant que le paganisme. Seulement, lesgueri's

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LA RENAISSANCE HELLÉNIQUE

du m' siècle, les invasions, l'anarchie où tombe l'Empire jusqu'à Dioclétien, sont moins favorables à cet art tout pacifique que la tranquillité du siècle des Antonins. Il faut aller jusqu'au W siècle pour retrouver quelques noms dignes d'attirer l'attention.

13. JElivLS Aristide et Maxime de Tyr K — En général, les œuvres de ces sophistes, essentiellement éphémères, ont disparu. Seuls, au n" siècle, un orateur d'école, .4)lius Aristide, et un philosophe mondain, Maxime de Tyr, nous ont laissé un legs littéraire de quelque importance.

.Klius Aristide, né à Adriani de Mysie, en 129, d'un père riche et considéré, vécut surtout à Smyrne, bien qu'il ait d'ailleurs voyagé par tout l'Empire, comme voyageaient en général les sophistes. Il s'illustra comme déclamateur sous Antonin, sous Marc-Aurèle et Commode. Gravement malade pendant une douzaine d'années, il nous a laissé comme le journal de son traitement dans ses Discours sacrés ('Ispoî Xo'yoi), curieux monument des superstitions du temps et de sa propre foi aux révélations du dieu médecin Asclépios. Sa réputation est attachée à ses discours, dont nous possédons encore une ample collection. Les uns se rapportent à des événements du jour, les autres traitent de sujets fictifs; tous, ou peu s'en faut, ont été faits pour être débités dans ces séances oratoires à la mode, qu'on appelait alors des parades (ÈTziBetÇâiç). Les plus célèbres sont le Discours à Platon^ pour la défense des quatre hommes d'État critiqués dans le (lorgias (IIpô; riXâ-rtova u::£p tcSv TEaaâpojv), le Panathénaïquey et la double Apologie pour la rhétorique, qui vise également certaines objections de Platon.

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