CHAPITRE XXIX
SOMMAIRE
l Dernier éclatde lasophistiqueau iv« siècle. nimérios,Thémistios, Libanios. — 11. L'empereur Julien. - 111. Derniers sophistes. Rhétorique, grammaire, lexicologie. - IV. L'histoire profane dans les derniers siècles. - V. La philosophie. Fin du Néoplatonisme. Jamblique. Synésios. Proclos. - VI. La poésie des derniers siècles. Quintus de Smyrne. Nonnos et son école. L'Anthologie. — Vil. La littérature chrétienne. Son essor au IV siècle — VUl. L'éloquence chrétienne. Athanase d'Alexandrie. - IX. Les Cappadociens. Basile, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse. — X. Jean Chrysostome. — XL Fm de l'éloquence religieuse. - Xll. Autres écrivains chrétiens. Apologistes, docteurs, historiens. — Xlll. Conclusion.
l.Dernier éclat delà sophistique.— Himérios.Thémistios et Libanios. — A partir du iv« siècle, c'est la littérature inspirée du christianisme qui prend le premier rang, sans contestation possible, dans l'Orient grec. Toutefois, la littérature profane ne disparaît pas brusquement. Elle subsiste encore pendant trois ou quatre siècles, et même, au début de cette période, elle jette un certain éclat.
L'état violent de l'Empire au ni« siècle avait été peu favorable aux écoles. Après leur grande prospérité du ir siècle, elles avaient subi une sorte d'éclipsé pendant l'anarchie militaire. Quand la paix eut été rétablie par Dioclélien, et surtout lorsque Constantin et ses fils eurent
LA FIN DE L HELLÉNISME
assuré pour quelque temps une transmission régulière du pouvoir, les circonstances leur redevinrent plus favorabl. s. Elles se donnèrent pour tikhe principale de former «Its fonctionnaires pour l'administration impériale; et l'on vit alors de nouveau une jeunesse nombreuse et brillaiile suivre l'enseignement des maîtres en renom. Pres.|ue toutes les grandes villes grecques eurent leurs groupes d'écoles et leurs professeurs célèbres. A vrai dire, cette célébrité était passablement artificielle, comme l'éloijuenee même de ces fameux orateurs. Eunape, dans ses Vies des Sophistes, nous a conservé les noms d'un certain nomhif d'entre eux, avec quelques détails sur leur personne l'i leur talent. Les seuls qu'il y ait lieu de distinguer ici sont ceux dont les œuvres principales nous sont parvenues : Himérios, Thémislios et Libanios.
Himérios, de Pruse, enseigna surtout à Athènes, sous Constance, Julien, Jovien, Valens et Théodose, de 350 «miviron à 386*. Il y eut des disciples très nombreux, parmi lesquels Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze, 1<'S futurs évoques. Il nous reste de lui une trentaine de discours, en partie incomplets. Ce qui y manque le plus, .-.^ sont les idées. Personne n'a moins pensé qu'Himéri<'v. L'éloquence, telle qu'il la comprend et la pratique, tient ;i la fois de la poésie et de la musique; poésie toute sup»'iiicielle, sanî> force de sentiment; musique caressante <l monotone, qui se contente de charmer l'oreille. Plein <lu souvenir des poètes, il transposait volontiers leurs vers dans sa prose sonore. Nous lui devons ainsi quelques pai.iphrases de pièces perdues d'Alcée, de Sappho, d'Anacréon.
Thémislios est plus sérieux. Il tint école de philosophi» i Constantinople, depuis 350 environ jusque vers 395, et y
1. Himérios, éd. Dindorf, Paris, i849, Bibl. Didot, dans le vol. des Philosiratoimm opéra.
obtint les succès les plus brillants'. Devant ses élèves, il commentait les œuvres de divers philosophes. Mais, en dehors de cet enseignement technique, il aimait à produire en public sa parole douce et brillante, en traitant des sujets de morale. Sénateur de Constantinople, il était en outre l'orateur désigné, toutes les fois qu'il y avait lieu de haranguer les empereurs. Ce rôle, il le dut à son talent ; et son caractère lui permit de le remplir avec honneur. En un temps d'adulation universelle, il sut parler aux empereurs avec dignité et leur donner parfois, sous forme d'éloges, d'utiles conseils. Chose plus difficile encore, dans une société déchirée par les discordes religieuses, il se fit estimer de tous, païens et chrétiens, en demeurant fidèle à l'hellénisme, sans attaquer les croyances nouvelles. Il nous reste de lui un recueil de Paraphrases sur Aristote^ dont le principal mérite consiste dans la clarté de l'interprétation, et un peu moins de quarante Discours, relatifs à divers événements du temps ou à sa propre vie. Son éloquence nous paraît généralement molle et ornée, officielle et académique; mais elle a de la grûce, de la noblesse, de l'éclat, et elle s'inspire de sentiments élevés, qui lui communiquent, par moments au moins, une certaine force.
Le plus illustre de ces maîtres païens du iv« siècle fut Libanios d'Antioche2. Né en 314, il professa la rhétorique à Athènes, à Constantinople, à Nicée, à Nicomédie, mais surtout à Antioche, où il paraît avoir séjourné de 354 jusqu'à sa mort, c'est-à-dire au-delà de 391. Grâce à son talent et à la faveur des empereurs, surtout de Julien, il y devint un des grands personnages de l'Orient grec. Loin de s'enfermer dans son école, il se mêlait à tout. Il adressait des discours aux généraux, aux préfets, aux empereurs ; il traitait les affaires de sa ville, se faisant, selon les
1. Thémistios, Discours, éd. Dindorf, Leipzig, 1832 ; Paraphrases (TArislole, éd. Spengel, 2 vol., Leipzig, 1866, Bibl. Teubner.