‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 227 sur 264 · II · texte numérisé non relu

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circonstances, son patron, son panégyriste, son conseillri, son défenseur. 11 écrivait sans cesse et à tout le mondr^ pour demander, recommander, remercier, complimoiil. i' Tout ce que les institutions du temps comportaient d'à* livite politique, il le déployait. Mais il refusa toujours l.s charges publiques, sauf la dignité honorifique do (px .. teur, qui lui fut conférée par Julien.

Les écrits conservés de Libanios sont très nombreux. In tiers environ consiste en modèles d'exercices scolaires, spécimens curieux de la sophistique du temps. On lui doit aussi une Vie de Démosthène et une série d'Arguments fort utiles, qui indiquent l'occasion et le sujet des discours «lu grand orateur. Enfin, nous possédons soixante-cin.j d.ses harangues, conférences, discours de diverses sorto, qui se rapportent en général ou à des sujets de nior.il. ou, plus souvent, à des événements contemporains. Ces derniers sont pour nous les plus intéressants. Les uns nous font connaître les mœurs des écoles, les rivalités dts maîtres, les passions des disciples; d'autres nous donn.ul le spectacle même de la vie d'alors ; ils nous représenteiil quelques-unes des grandes villes grecques d'Orient, hiu aspect, leur population, leurs agitations ; presque tous nous permettent de voir à Tœuvre l'administration impériale et plusieurs éclairent assez vivement la physionomie de quelques-uns des empereurs de ce temps. Mentionnons spécialement le premier discours Sur sa propre fortune et ! • deuxième, qui est VÉlogc (VAntioche. A ces œuvres oratoires, il faut joindre une ample correspondance, non moins curieuse.

Le malheur de Libanios fut d'être en opposition ave. i mouvement de son siècle. Celui-ci se détachait de plus <'a plus du paganisme, et, par une conséquence naturelle, goût des études profanes y perdait de sa ferveur. Lui, au contraire, profondément imbu d'hellénisme dès son enfance, et tout adonné à l'admiration des grands écrivaii -

grecs, ne pouvait comprendre qu'on ne trouvât pas en eux le meilleur idéal. S'il n'avait pas d'animosité contre les chrétiens eux-mêmes, dont beaucoup étaient ses amis, le christianisme, comme doctrine, lui semblait une impiété, et, comme forme de société, une demi-barbarie. Les moines surtout, dont le nombre grossissait sous ses yeux, lui étaient en horreur; il voyait en eux les ennemis de la beauté, de la raison, de la civilisation. Le déclin des études le peinait tout particulièrement; mais il se sentait impuissant; et son talent, qui, en d'autre temps, se fût employé utilement à agir, se dépensait assez vainement en plaintes. Ce talent de Libanios a été loué outre mesure par les Byzantins. En réalité, les vraies qualités de l'orateur sont médiocres en lui. 11 na ni dialectique vigoureuse ni passion soutenue. Il s'attache aux détails, se plaît aux menues inventions et fait valoir ses grâces avec une coquetterie fastidieuse. En outre, sa phrase est embarrassée, quel- (juefois obscure. Mais, avec cela, on ne peut nier qu'il n'ait de l'esprit, de l'imagination, des idées fines, des inventions ingénieuses, et même, en beaucoup de passages, une incontestable sincérité d'accent.

2. L'empereur Julien'. — A la sophistique païenne du iv« siècle se rattache un homme remarquable, qui d'ailleurs la dépasse à beaucoup d'égards, l'empereur Julien. Né en 331, suspect et presque proscrit sous Constance, puis élevé par lui à la dignité de César, Julien devint empereur en 361 et mourut, après deux ans de règne, en 363, dans une campagne malheureuse contre les Perses. Dans son enfance, on lui avait imposé malgré lui la discipline et l'éducation chrétiennes. Il se révolta secrètement et

1. Ed. Hertlein, 2 vol., Leipzi^:, 1875-1816, Bibl. Teubner; C. J. Neumann, Juliani imperatoris libvorum contra Christianos quîB supersunt, Leipzig. 1880; Bidez et Cumont, Recherches sur la tradition manuscrite des lettres de Vempereur Julien, Bruxelles,

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s'attacha d'autant plus à l'hellénisme. Devenu le maître, tous ses efforts, comme on sait, tendirent à le restaurer.

11 était à la fois l'élève des rhéteurs et des philosophes (\o son temps. On retrouve cette double influence dans >i.s écrits. Par la croyance, c'est un néoplatonicien ; par l;i manière d'écrire, c'est un sophiste, mais doué d'une pnsonnalité originale et vigoureuse. Trois discours ofticiris qui nous restent de lui (deux Panégyriques de l'empereur Constance et un Éloge de l'impératrice Eusébie) n'att(\st»*nl guère que l'imitation fidèle des modèles à la mode. Le vrai Julien se trouve dans les œuvres plus sincères de sa m.iturité. Ses Commentaires^ relatifs à ses campagnes de (iaulf, sont perdus. Mais nous possédons divers discours, où il expose ses sentiments, tels que la Consolation^ la Lettre a ThémistioSy les hymnes oratoires en prose Au Soleil roi, \ la Mère des dieux^ curieux témoignages de ses rêveries religieuses, de sa sentimentalité mystique et de ses chimères dévotes. La tendance âpre et satirique de sou esprit se manifestait surtout dans l'ouvrage en trois livns Contre les Chrétiens^ dont il ne nous reste que des fragments. Nous la saisissons encore, toute vive, dans le Misopogon^ pamphlet composé en 363 contre les habitants d'Antioche, qui l'avaient chansonné, et aussi dans le BrtM'ywef ou les Césars, composition médiocre pourtant, où il jut:»* ses prédécesseurs. Cet ensemble d'écrits est complété par une correspondance étendue, dans laquelle figurent pur malheur des lettres d'une authenticité douteuse.

Mort à trente-trois ans, Julien n'a pas pu donner ioulo sa mesure. Il y avait en lui un penseur, un historien, un moraliste et un satirique ; il y avait surtout un homme, dont la vraie nature perçait à chaque instant sous les formes convenues de la littérature du tejnps ; ses préjugés même et ses passions auraient pu contribuera lui faire une originalité d'écrivain. Le temps lui a manqué pour se dégager de l'influence de ses maîtres et devenir tout à fait lui-mènif.

3. Derniers sophistes. — Rhétorique, grammaire, lexicographie. — Au-delà du v« siècle, l'éloquence profane ne cesse de dépérir. Toute la vie intellectuelle passe de plus en plus dans le christianisme. Pourtant les écoles subsistent. Les maîtres y sont souvent des chrétiens, mais leur enseignement reste tout profane et traditionnel. Seulement, il devient plus banal, plus vide d'idées, plus stérile.

Au début du v« siècle, un élève de Libanios, le rhéteur Aphthonios publie ses Exercices préparatoires ^ dernière manifestation de la rhétorique grecque. Ensuite, pullulent les commentateurs, qui se fatiguent à d'éternelles redites. Au v« siècle, apparaît une école de quelque renom, celle de Gaza, dont la réputation dure jusqu'au siècle suivanL Son représentant le plus connu est Chorikios, qui fut le premier des orateurs profanes au temps de Justin et de Justinien. 11 nous reste de lui des Déclamations et des Discours, où nous ne trouvons guère qu'une éloquence vide et prétentieuse.

Après lui, nous n'avons plus de noms à citer. Tout décline dans l'Empire d'Orient, envahi par les barbares et déchiré par de vaines querelles religieuses. La sophistique agonise. C'est le temps des romans dont nous avons dit quelques mots plus haut. C'est aussi celui de quelques recueils de lettres fictives, entre lesquels il suffira de mentionner ici celui d'Aristénète, médiocre imitateur d'Alciphron.

L'érudition propre aux grammairiens est surtout représentéealors par des lexicographes, dont nous n'avons pas à parler en détail. Mentionnons simplement Orion et Hésychios d'Alexandrie. Le Lexique étymologique du premier s'est perdu, mais il paraît être la source des principaux Étymologiques du moyen âge, qui sont venus jusqu'à nous. Du second, nous

1. Voir les collections des rhéteur» grecs indiquées plus haut, p. 771, n. 5.

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possédons un Glossairey important surtout parce (|u'il nous a conservé beaucoup de mots rares employés par les poflrs et quelquefois effacés ou remplacés dans nos manuscrit par des copistes infidèles. — A cnlé dos lexiques, il faut placer les recueils «le pensées et de morceaux choisis. Le seul ouvrage de ce genre qui nous ait été conservé presipii' en entier est celui de Jean de Stobes, en Macédoine, communément appelé Siobée, qui semble avoir vécu au VI® siècle. Son Florilège a sauvé de l'anéantissement quantité de pages des anciens auteurs K

4. L'histoire profane dans les derniers siècles -. — Nous avons laissé plus haut l'historiographie au moment où cllo venait de retrouver une certaine vertu, grûce à la série df'> historiens du ii* et du m» siècle. Dans la période suivante, elle ne cesse pas d'être cultivée et estimée. Mais il semble que les hautes et fermes qualités du jugement manquent de plus en plus à ceux qui s'y adonnent. Sortis des écoles de rhétorique, presque tous rédigent, en une langue prétentieuse, de simples chroniques, ou, par une tendanco non moins fûcheuse, font dégénérer l'histoire en panégyri«iu'.

Au IV" siècle, la gloire de Constantin et de ses lils est exaltée par un certain nombre d'historiens rhéteurs, tels que Praxagoras d'Athènes et Bémarchios de Césarée. Eunape .le Sardes, plus connu (de 346 à 414 environ), compose le récit des événements de son siècle (de 270 à 404), en y réservant la place d'honneur à Julien. Les fragments qui restent de son œuvre n'en donnent qu'une idée fort incomplète. On ne peut douter qu'elle ne manifestât une tendance de parti tn prononcée. Païen militant, Eunape jugeait les hommes et les choses au point de vue d'une croyance passionnée. >a rhétorique ampoulée faisait ressortir la médiocrité nalri-

i. Éd. Wachsmuth et Ilense, 3 vol., Leipzig, 1884-1895, 15111. Teubner.

2. A défaut d'autres indications, nous renvoyons à C. Miïllcr. Histotncorum grœcorum fragmenta y Bibl. Didot, et à Dindirf. Historici yrœci minores, Bibl. Teubner.

relie de son esprit. Outre son histoire, il écrivit, sous le litre de Vies de philosophes et de sophistes, vingt-trois biographies que nous possédons encore. Ce sont celles des principaux représenUints de l'école néoplatonicienne, ses maîtres ou ses amis, et d'un certain nombre de rhéteurs du temps. Bien que nous devions à ce livre quelques informalions qui ont leur valeur, il faut dire nettement qu'il n'y a là ni critique, ni composition, ni style.

L'histoire d'Eunape fut continuée par Olympiodore au début du v« siècle, puis reprise, un peu plus tard, vers le milieu du même siècle, par Zosime, avocat du fisc et comte du palais sous Théodose H et ses successeurs. Son récit intitulé Histoire nouvelle ('IcjTopîa via), nous est parvenu. H s'étend surtout sur les derniers règnes, l'auteur s'étant contenté pour les précédents d'abréger Eunape; il s'arrête en 410, à la prise de Bome par Alaric. Zosime a voulu faire œuvre d'historien philosophe, en expliquant la décadence, alors manifeste, de la puissance romaine. En fait, il n'a guère réalisé son dessein. Les grands faits lui échappent, mouvements d'idées et transformations profondes de la société. Superstitieusement attaché au polythéisme, comme Eunape, il juge les choses importantes du point de vue étroit d'un homme de parti. Mais son œuvre a d'autres mérites. Nette et judicieuse dans le détail, bien informée, sincère, elle est de plus clairement écrite, exempte de longueur et de mauvais goût.

Sans nous arrêter sur quelques historiens secondaires de la fin du v« siècle, tels que Priscos etMalchos, nous pouvons passer de Zosime aux historiens du vi« siècle, parmi lesquels le principal est Procope *.

Né à Césarée de Palestine, Procope vécut surtout à Constantinople, oii il exerça de hautes charges sous Justinien. Il mourut peu après 562. Son grand ouvrage historique est le récit en huit livres des Guerres du règne de Justinien,

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