Éd. Westermann, Leipzig
géographie historique en une soixantaine de livres. Il ne nous en reste qu'un abrégé.
6. La philosophie. — Fin du Néoplatonisme. — Jamblique, Synésios, Proclos. — Après Porphyre et les autres disciples immédiats de Plotin, l'école néoplatonicienne s'adonne de plus en plus aux fantaisies d'une théologie toute mystique.
Dans la première moitié du iv« siècle, elle a pour chef Jamblique*, de Chalcis en Syrie, rêveur enthousiaste et métaphysicien subtil, adoré de ses disciples comme un être surnaturel, opérant des prodiges, commandant aux démons et conversant avec les dieux. Il vécut de 280 environ jusque vers 350, en divers endroits, principalement en Syrie. Il écrivit beaucoup, mais sans soin ni souci de la forme. Ce n'était d'ailleurs rien moins qu'un penseur original, sa principale préoccupation étant d'adapter les doctrines de ses devanciers aux besoins de sa dévotion. Parmi ses ouvrages perdus, le plus considérable était le traité de la Théologie chalda'ique, dont il prétendait faire une des sources de sa doctrine. Nous possédons quelques écrits de Jamblique, relatifs à Pythagore et à ses doctrines. La plupart sont faits de considérations mystiques sur la science des nombres. Si Jamblique intéresse l'histoire littéraire, c'est uniquement parce qu'il représente, mieux que personne, l'état d'àme d'une partie de ses contemporains. Nous voyons en lui l'hellénisme devenu une religion exaltée, dont les fidèles, de plus en plus détachés des intérêts terrestres, vivent en plein surnaturel.
Cette école syrienne disparaît après le règne de Julien. Mais, au v« siècle, nous retrouvons le Néoplatonisme assez florissant, particulièrement à Alexandrie et à Athènes.
A Alexandrie, quelques maîtres se font un nom. Ils sont mathématiciens autant que philosophes à proprement par-
1. Les principales œuvres de Jamblique o t été publiées dans la Bibl. Teubner.
1er. Parmi eux, on cite une femme, Hypatie, dont TenstMgnement eut grand succès, mais qui ne nous a rien laiss»'. Elle fut massacrée, en 415, par une foule fanatique, (jui voyait en elle une ennemie du christianisme. A cette écoh', on peut rattacher Synésios*, de Cyrène, d'abord philosophe, puis chrétien. Né vers Tan 370, il fut élève d'Hypalie, voyagea, puis, de bonne heure, se relira dans son pays, où il possédait de vastes domaines. Peu <'i peu il inclina vers le christianisme. Avant niT-me qu'il n'eût rom le baptême, une élection populaire le désigna pour l'évtVIn de Ptolémaïs. Devenu ainsi métropolitain de la pentapulf cyrénaïque, il l'administra sagement et courageusement au milieu de mille difficultés, et y mourut en 413. Ijs lettres qu'il nous a laissées sont un intéressant document sur sa personne et sur son temps; sans être exemptas de rhétorique, elles ont un certain agrément. N»>ns avons, en outre, de lui, quelques écrits variés : une composition sophistique, V Éloge de la calvitie, des harangues et traités divers, une causerie philosophique intitulée l>ion, qui est un de ses meilleurs ouvrages, enfin des Uornèlii'^ d Discours, qui datent de son épiscopat. Dans ses compositions d'un genre relevé, il a de la dignité, de l'autorité, un ton grave, bien qu'il recherche trop la couleur poétique ; «laus le genre familier, son élégance, un peu apprêtée, n'est pas sans grâce. A cette production littéraire en prose, il faut ajouter dix hymnes, en dialecte dorien et en mètres anacréontiques ou logaédiques. Dans les uns, l'auteur, enr..i'' païen, s'épanche en rêveries de métaphysique néoplatonicienne ; dans les autres, devenu rhrétien, il chang» «l»' dogme, sans changer de ton. Chrétienne ou païenne, toute
1. Œuvres complètes, éd. Petau, texte grec et trad. 1 •!., Paris, 1612 et 1633; Patrol. grecque de .Migne, t. LXVI; Krni'iiiger, Si/nesii Cyrenœi oraliones et homiliaruyn fragmenta, L ii<lshut, 1850 ; Lettres, dans Epistotographi grxci de Hercher, l<ibl. Didot; Hymnes, dans Christ et Paranikas, Anthol. grœca car-ainum christianorum, Leipzig, 1871.
LA FIN DE L HELLÉNISME
cette poésie est médiocre. — Au v« siècle, l'école néoplatonicienne d'Alexandrie se continue par Hiéroclès, de qui nous avons un intéressant commentaire sur les Vers d'or pythagoriciens, ensuite par divers commentateurs de Platon et d'Aristote, tels qu'Hermias, Ammonios. Au vi« siècle, nous y rencontrons encore d'autres commentateurs des mêmes philosophes, Olympiodore, David rArm«''nien. Puis, l'école s'éteint, sans que nous puissions dire précisément à quelle date.
Mais c'est à Athènes qu'il faut suivre les destinées du Néoplatonisme, à partir du commencement du v" siècle. Là, en efTet, l'enseignement de la doctrine se relève, dès la lin du iv*' siècle, avec Nestorios et Plutarque, qui meurt en 431. Celui-ci a pour successeur Syrianos, puis Proclos, le dernier des grands représentants de l'école.
Proclos, né à Conslantinople en 410, enseigna à Athènes pendant près de cinquante ans, de 438 environ jusqu'à sa mort, en 485*. Comme tous ces derniers néoplatoniciens, c'était un inspiré; mais à l'inspiration se joignaient en lui une vaste érudition et un véritable don d'organisation. Beaucoup de ses écrits sont perdus. Ceux qui nous restent sont des Commentaires sur divers dialogues de Platon, plusieurs traités philosophiques, et six Hymnes, débris d'une œuvre poétique très étendue, oii le pieux philosophe avait exprimé ses sentiments de dévotion. On lui attribue aussi, mais avec quelque doute, un commentaire sur les Travaux d'Hésiode et une Chrestomathie. Le rôle de Proclos fut très important dans l'histoire du Néoplatonisme. Sans y rien ajouter, à proprement parler, il le compléta et acheva de l'organiser. Mais son mérite littéraire est médiocre. Visionnaire et dialecticien à la fois, il énonce, avec sécheresse, des idées qui ressemblent à des formules algébriques. C'est une mathématique obscure, et, ce qui est pire, c'est souvent une mathématique bâtie sur le vide.