Migne, Patrol. grecque, t. XXXV-XXXVIIl
Son œuvre se compose de discours, de lettres et de poésies. Ses discours subsistants sont au nombre de quarantecinq. Les plus importants sonlV Apologie pour sa fuite dans le Pont (probablement écrite en 362), les deux Discours de flétrissure contre Julien, composés peu après la mort du prince qui avait voulu restaurer le polythéisme, VÉloge funèbre d'Athanase (373), VÉloge funèbre de saint B(7Sï7e(379), les cinq Discours de théologie (379-381), enfin le Discours d'adieu, qu'il prononça en quittant Constantinople. Les Uttres, au nombre de 243, appartiennent presque toutes à la période de retraite par laquelle se termine la vie de Grégoire. Elles touchent peu aux événements du temps, mais elles sont intéressantes pour la connaissance intime de l'homme lui-même. Les Poésies, également, ont été surtout composées par lui dans la fin de sa vie. Les éditeurs modernes les ont réparties en deux groupes principaux, les Poèmes théologiques et les Poèmes historiques, les premiers se rapportant, comme leur titre l'indique, aux problèmes religieux agités autour de l'auteur, les seconds à diverses circonstances de sa vie.
Grégoire de Nazianze était avant tout un méditatif, une nature impressionnable et délicate, qui se repliait volontiers sur elle-même. De là le charme de quelques-unes de ses poésies, auxquelles manque trop d'ailleurs le mérite propre de l'expression poétique. Comme poète, malgré sa sincérité aimable, sa sensibilité vive, son imagination agréable, il reste, en somme, médiocre, parce que sa poésie est abstraite et ressemble trop à un discours. En lui, l'orateur seul a une originalité incontestable.
Son éloquence est moins simple que celle de Basile ; mais, plus vibrante, plus sonore, elle a plus d'essor et plus d'éclat. Élève d'Himérios, il a gardé, jusque dans le christianisme, le goût de son maître pour les belles périodes, pour les antithèses, pour les comparaisons ingénieuses et
brillantes. Qu'il en ait conscience ou non, il y a lou.jouis quelque coquetterie dans son art. 11 se sert vobnliers l.s figures qui font de reffet ; il conduit et organise sa phras. en artiste, pour l'oreille en même temps que pour l'intelligence. Le développement ample et facile ne lui déplaît pas, alors même qu'il a plus d'agrément que de solidité. Mais, sous cette forme un peu apprêtée, il y a d'ailleurs une puissance naturelle de génie qu'il est impossible de méconnaître.
Nul n'a été plus sincèrement touché que lui des do( trin.-s et des sentiments dont il s'est fait l'interprète. Chn'tien jusqu'au fond de l'dme, avec une sorte d'exaltation, il niH, sans le chercher, du lyrisme dans sa dialec(i.)ue. ij dogme, avec ses abstractions, ne l'elTraie pas ; car il .st vraiment grec par la finesse subtile de l'esprit, et il a le goût des formules simples, précises, qui renouvellent lid.V en l'éclairant. Mais, parmi ces abstractions, il verse t n abondance tout ce cju'il a d'amour dans le cœur et de grâce dans l'imagination. En outre, un éhm naturel l'emporte haut et loin. Il excelle dans le développement liv< large des thèmes les plus simples, où, sur un fond de pensées toujours les mêmes, surgissent en foule des sentiments et des images dont il varie les nuances sans se lasser.
Au-dessous de ces deux grands noms se place celui d'un des frères de Basile, Grégoire, évêque de Nysse». Théologien plus qu'orateur et écrivain, s'il a une importance notable dans l'histoire ecclésiastique, il n'en a qu'une beaucoup moindre dans l'histoire littéraire. Il naquit vers 340, et fut en partie élevé par Basile, son frère, plus âgé que lui d'une dizaine d'années. Celui-ci, en 371, le nomma évêiiu'^ de Nysse en Cappadoce. Il eut à y lutter énergiquemenl contre les Ariens, fut même chassé par eux de son sièjîe. puis rétabli en 378. Son rôle grandit dans les années suivantes. Au concile de Constantinople, en 381, il parail