Migne, Patrologie grecque, t. XLIV-XLVl
LA FIN DE L HELLÉNISME
comme un des théologiens les plus écoutés de l'Orient, et il demeure, sous le règne de Théodose, une autorité en matière d'orthodoxie. Il disparaît ensuite, sans qu'on sache rien de ses dernières années.
Ses écrits, très nombreux, se rapportent surtout à l'exégèse. En outre, nous possédons de lui une cinquantaine de discours, dont quelques-uns traitent du dogme, et la plupart de morale; d'autres sont des panégyriques, entre lesiiuels il faut mentionner YÉloDe de Basile et VÉloge de Macrinay sa sœur. La réputation de Grégoire de Nysse repose surtout sur son œuvre dogmatique. Il est probablement, entre les théologiens de ce temps, le plus philosophe, au sens propre du mot, c'est-à-dire celui qui a eu le plus le goût de la recherche, celui qui pense avec le plus de suite et d'ampleur, et qui est le plus fécond en aperçus variés. Comme orateur, il a, bien plus que Basile et même que Grégoire de Nazianze, les défauts de son temps, sans doute parce que l'éloquence, chez lui, est bien moins spontanée.
10. Jean Chrysostome'. — Après Basile et Grégoire de Nazianze, l'éloquence chrétienne n'avait plus de progrès essentiel à réaliser. Et pourtant elle allait grandir encore, grâce à la riche nature d'un homme exceptionnel, à qui ne manquait aucun des dons qui font les orateurs de premier
ordre.
Jean, surnommé plus tard Chrysostome (Bouche d'or), naiiuit à Antioche, vers 345, d'une famille riche et consi-
1. Migne, Patrologie grecque, t. XLVIl-LXIV ; Duebner, Opéra selecla, t. I, Paris, 1861, Bibl. Didot.
A consulter :
A. Neander, Der /icï7t^e Johannes Chrysostomus unddieKirche, BerUn, 1821, 3- éd., 1858; Aug. Thierry, Saint Jean Chrysostome et VImpératrice Eudoxie, Paris, 2- éd. 1874; A. Puech, Saint Jean Chrysostome et les Mœurs de son temps, Paris, 1891 ; du même, Saint Jean Chrysostome, Paris, Lecoflre, 1899.
dérée. Élevé par sa mère, il fut envoyé aux écoles de sa ville natale. Il y apprit la philosophie et la rhétorique, celle-ci auprès de Libanios, qui était alors le maître le plus renommé de l'Orient. Jeune encore, après quelques succès au barreau et dans le monde, il fut gagné à rascétism.». n étudia la théologie auprès des maîtres d'Antioche, notamment auprès de Diodore, puis vécut quelques aiiii.es dans la retraite. Rappelé à Antioche, en 381, il fut ordonné prêtre en 386 ; et depuis lors, pendant dix ans, collalxjiateur zélé de Tévêque Flavien,il remplit dans sa ville iialale, avec un succès constant, le ministère de la parole. Crsi dans cette période, en 387, lors de la sédition (lui rxposi Antioche à la colère de Théodose, qu'il eut à prononcer s.s plus célèbres discours. En 397, sa renommée s'étant répandue au loin, Eutrope, qui gouvernait alors le faible Arcadius, le fit élire au siège métropolitain de Constantin. »pl.\ C'était le jeter au milieu de difficultés où il devait se perdre. Sa nature ardente jusqu'à l'imprudence, son intransigeance naïve et généreuse, sa sincérité et son éloquence même l'y mirent en conflit avec une partie du haut cleii,'.-, et bientôt avec la cour. Une opposition violente s'ortianisa à l'instigation du métropolitain d'Alexandrie, Théophil<\ soutenu par l'impératrice Eudoxie. Jean, dénoncé, accusé, trahi, fut déposé en 403 par un synode d'évêques, ses ennemis, dans le conciliabule du Chêne, tenu dans un domaine de ce nom, près de Chalcédoine. Arcadius l'exila. Mais, presque aussitôt, effrayé des dispositions du peuple, troublé d'ailleurs par un tremblement de terre, il le rappela. L'exilé rentra en triomphe; mais sa victoire fui de courte durée. Quelques mois après, dans cette même année 403, un conflit violent éclatait de nouveau entre lui et la cour. Vers le milieu de 404, il était enlevé par la force et conduit en exil, cette fois définitivement. Pendant troi-> ans, on le traîna à travers l'Asie-Mineure. Enfin, en 407, épuisé de fatigues et de souffrances, mais non vaincu
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ni découragé, il mourait, toujours prisonnier, a Comana
en Cappadoce.
La collection de sesécritsest considérable. Elle comprend des traités, des discours et des lettres; nous ne pouvons en donner ici qu'un aperçu.
Ses traités les plus célèbres sont les trois livres Contre les Adversaires de la vie monastique^ composés vers 375, les discours de consolation A Stagyrc, les six livres Sur le Sacerdoce, publiés en 381 et considérés à bon droit comme une de ses plus belles œuvres, enfin les curieux opuscules qu'il écrivit à Constantinople sur divers points de discipline ecclésiastique. — Les discours proprement dits sont des Homélies, en nombre considérable, où il commente des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament, et quelques sermons relatifs à divers événements du temps, tels que ceux Sur les Statues prononcés à Antioche, après la sédition, et ceux qu'il donna au peuple de Constantinople Sur Eutrope en 398, Avant son départ pour l'exil en 403 et Après son re,tour, quelques semaines plus tard. Ses Lettres, au nombre de deux cent trente-huit, appartiennent presque toutes à la période de l'exil. Elles montrent sous le plus noble aspect le caractère de l'exilé, aussi incapable de faiblesse que de haine,
Dans cette œuvre immense, Chrysostome a fait assez peu de théologie proprement dite, mais beaucoup de morale. C'est comme moraliste et comme orateur qu'il appartient à l'histoire littéraire.
Ce qui frappe d'abord dans son éloquence, c'est la vive représentation des mœurs et des choses du temps. Aucun orateur chrétien n'a été autant que lui en contact incessant avec la réalité vivante. A Antioche comme à Constantinople, il n'a pas cessé un seul jour de chercher, d'un regard obstiné, tout ce qui pouvait faire 'obstacle à la sanctification qu'il avait en vue, soit dans l'individu, soit dans la famille, soit dans la société. Et comme sa franchise éga-
LA FIN DE l'hellénisme
lait sa clairvoyance, il a dit, avec la liberté d'un apôlie, ce qu'il avait découvert avec le zèle d'un censeur. Il en résuli.' que presque toute la société du temps revit dans ses peintures. Nous y voyons ses vices généraux sous la foi in.> qu'ils prenaient en Orient, le goût des plaisirs, la passion des jeux et des spectacles, l'amour du luxe, l'égoïsme d»- la richesse ; nous y relevons aussi, avec nonmoinsd'intérèt, de> traits plus particuliers, la frivolité des auditoires religioux, le laisser-aller de certains membres du clergé, les sollicitations et les intrigues des femmes, les propos malveillant qui circulaient jusque dans la communauté chrétienno. Hardies et variées, ces peintures semblent d'ailleurs dos peintures fidèles. Il n'y a chez l'orateur ni goût de l'hyperbole dans l'expression, ni recherche de l'esprit. Tout ce qu'il dit est précis : il prend à témoin ses auditeurs; il leur met sous les yeux des choses qu'ils doivent reconnaître.
Mais le moraliste qui est en lui ne se contente pas de décrire, il raisonne ; et cela, avec une clairvoyance logique, qui ne se laisse ni embarrasser ni tromper. Ses discussions sont aussi serrées que ses descriptions sont précises et frappantes. Il devine les prétextes, il les dégage, il leur donne toute leur force, afin de les réfuter plus complètement. Cette chasse aux mauvaises raisons est pour lui une occasion de découvrir à chaque instant des aspects nouveaux du sujet. Quand il prend corps à corps une habitude enracinée, il ne la quitte pas avant qu'il n'en ait montié toutes les faces et signalé toutes les conséquences. Tout ce qu'il dit est d'ailleurs si simple qu'il semble n'avoir besoin. pour le dire, que de bon sens et de bonne foi. Qu'on y regarde pourtant de près : on verra ce qu'il y a, dans ce bon sens et cette bonne foi, d'expérience fine, de clairvoyant e, de prudence avisée, et combien ses aperçus sont liés entre eux. Il est vrai, qu'au fond, la morale de Chrysostome ê>i souvent intransigeante et même étroite. Mais, avec ses exa-
gérations d'ascétisme, elle représente un idéal qui a exercé une infiuence profonde en son temps et au delà, et cet idéal, on ne peut nier, à tout le moins, qu'il ne procède d'une âme peu commune.
Par son éloquence, en tout cas, elle s'impose à l'admiration. Chez bien peu d'hommes, la faculté oratoire s'est montrée aussi spontanée et aussi puissante que chez Chrysostome ; et, chez peu d'hommes aussi, elle a été mieux cultivée. L'éducation s'est ajoutée en lui à la nature, et elle a fait passer dans son art les meilleurs éléments de la tradition classique.
Ses discours sont tous remarquables par l'argumentation. Comme tous les grands orateurs, Chrysostome est un homme qui a le besoin et la passion de prouver. La dialectique est en quehjue sorte l'exercice naturel de son esprit. On peut trouver même qu'il en abuse parfois, avec une sorte d'ostentation inconsciente de ses ressources, où se trahit l'influence de la sophistique. Mais cela est exceptionnel. Ordinairement, les arguments sont de bon aloi, fondés soit sur les croyances de l'orateur et de son public, soit sur l'expérience et la raison, et ils surgissent avec une abondance extraordinaire. Chaque point important est touché ; et la démonstration marche d'une belle allure par des routes simples et droites. Chemin faisant, elle fait apparaître bien des qualités vives et originales. Chrysostome est celui des prédicateurs chrétiens qui a le plus complètement libéré l'homélie des habitudes didactiques. Chez lui, elle est devenue une allocution vivante, tantôt grave, élevée, vraiment éloquente, tantôt familière et spirituelle. Avec une liberté charmante, elle passe du ton du lyrisme à celui de la causerie. Ici, c'est une satire où abondent les traits piquants et malicieux, même les moqueries; là, elle ressemble à un entretien tout intime. Cette trame de démonstration, l'imagination et le sentiment la pénètrent et la colorent de raille manières. Et ce qu'il faut dire surtout
ii^l'^tJiiJi^
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à la louange de cette éloquence, c'est qu'un amour vraiment chrétien réchaufTe dans toutes ses parties.
Toutefois l'impression dernière que laisse l'éloquoncr tic Chrysostome est plutôt, il faut bien Tavouer, celle d'mi.' admirable improvisation que d'un art achevé ; et r'vsi par là principalement qu'il diffère des grands classiques. Son style, clair, animé, fin et coloré, élégant, riche en images ot en traits, a une tendance à la diffusion. f.a farilité .le l'invention verbale rend l'orateur trop peu exigeant pour lui-même : en variant l'expression, il croit varier la pensée, et en réalité, il se borne à la répéter. Sa composition r.ssemble à son style. 11 évite la confusion, parce <|u«' son esprit est naturellement clair et ordonné ; mais l'onh»' dont il se contente n'est souvent que superficiel et compoi Nune extrême liberté dans le détail. Ces défauts, (railleurs, ne doivent pas être trop regrettés. Si Chrysostome avait eu des scrupules d'art plus raffinés, il aurait eu sans douN'. étant donné le goût du temps, moins de naturel et de siucérité. Tel qu'il est, on peut le considérer, avec Villem.iin, comme « le plus beau génie de la société nouvelle enN-e sur l'ancien monde. Il est par excellence le (irec devenu
chrétien ».
11. Fin de l'éloquence religieuse. — On est vrainicni surpris, qu'après ce grand éclat, l'éloquence religieuse soil tombée si vite. Nous en avons donné plus haut les prin< ipales raisons. Après le iv« siècle, la prédication chrétien uo, bien loin d'être délaissée, est, au contraire, pratiquée plus que jamais, dans toute l'étendue de l'Empire. Mais elle a désormais ses thèmes tout faits, ses lieux communs: l'invention originale s'y affaiblit chaque jour; et, en même temps, la décadencedes études classiques est cause quel ail y est de plus en plus négligé. Nous n'avons pas à raconler ici en détail l'histoire de celte décadence. Au v« siècle, on cite encore quelques noms de prédicateurs renomm''r=. Mentionnons au moins Cyrille d'Alexandrie et Théodore!.
Mais Cyrille est surtout connu comme controversiste et Théodoret comme historien ; mieux vaudra les considérer un instant sous cet aspect. Au delà, l'éloquence religieuse disparaît du monde grec.
12. Autres écrivains chrétiens. Apologistes, docteurs, historiens. — Si nous avons mis ce genre à part et si nous lui avons donné la principale importance dans notre exposé, c'est qu'il est incontestablement celui où l'art littéraire de la Grèce a le plus fait sentir son influence au sein du christianisme. Les autres genres sont bien moins aisés à détacher de l'histoire des dogmes et de celle des événements, et l'art proprement dit n'y a eu qu'une bien moindre place. Nous n'en donnerons donc ici qu'un aperçu sommaire.
11 nous faut revenir en arrière pour reprendre, au commencement du iv« siècle, la série des apologistes, et pour y voir débuter celle des historiens du christianisme. Les deux séries d'ailleurs se rencontrent alors et se confondent dans un homme, Eusèbe de Césarée^
Né en Palestine vers 265, disciple dévoué du savant Pamphile, dont il prit le nom (EùaéCio; XlaiJ-çîXou, fils spirituel de Pamphile), Eusèbe fut évêque de Césarée de Palestine, depuis 313 jusqu'à sa mort en 340. A ce titre, il se trouva mêlé, un peu malgré lui, aux disputes religieuses de son temps. C'était par nature un savant bien plus qu'un homme d'action.
Bien que ses recherches relatives à la chronologie n'appartiennent guère à la littérature, elles y touchent du moins par le profit que celle-ci peut en tirer. Sa grande œuvre en ce genre est sa Chronique ou chronologie générale, fondée sur le rapprochement des dates de l'histoire juive et de l'histoire païenne. Quelques fragments seule-
L Migne, Palrol. grecque, t. XIX-XXIV; Dindorf, Historia ecclesiastica, Praeparatio evangelica, Demonstratio evangelica^ 4 vol., Leipzig, 1867-1871, Bibl. Teubner.
•lî'ï
ment en sont venus jusqu'à nous dans l'original groc • mais l'ouvrage nous est connu en son entier soit par une traduction arménienne, soit par la traduction lalino de saint Jérôme, qui a, en outre, continué la chronique d<' :{2H à 379. C'est un des fondements sur lequel repose tncuie notre connaissance des dates pour une notable partie de l'histoire grecque et romaine.
Eusèbe a fait davantage œuvre d'historien, au sens liltt-raire du mot, dans son Histoire de l'Église, que nous possédons encore. Il y a embrassé, en dix livres, Ihistoin» complète du christianisme, depuis sa naissance jusqu'en 323, date de la victoire de Constantin sur Licinius. A vrai dire, l'ouvrage, au point de vue de l'art, est fort médiocre. Nous n'y trouvons ni représentation dramatique des événements, ni étude du mouvement et du progrès des idées, ni peinture vivante des personnages. Le récit est sec et peu cohérent. Mais, enfin, il y avait là quelque chose de nouveau, l'idée même de considérer le christianisme eoinme matière d'histoire, et cela seul suffit adonner à cet essai un mérite qui n'est pas purement documentaire. Il a valu, non sans raison, à Eusèbe le titre de Père de l'histoire ecclésiastique.
Nous ne dirons rien de ses nombreux écrits d'exégèse, dont il nous reste peu de chose. Mais il faut signaler son œuvre apologétique. Elle est représentée pour nous par deux ouvrages importants et bien conservés, la Préparation à l'Évangile^ en quinze livres, et la Démonstration de VÉvangile, en vingt livres. Là, non plus, Eusèbe ne se montre ni écrivain ni dialecticien remarquable. Le tissu même de son commentaire se compose surtout de morceaux empruntés tant aux écrivains anciens qu'aux Livres Saints. Ces immenses assemblages d'extraits tiennent plus de la compilation que de la démonstration. L'auteur, d'ailleurs, y fait preuve de fort peu de critique. Toutefois sou œuvre dépasse celle des apologistes antérieurs par l'ampleur
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des vues et aussi par une certaine compréhension des choses de l'hellénisme, plus large et plus sereine, qui atteste l'influence des docteurs d'Alexandrie.
Après Eusèbe, l'histoire ecclésiastique demeure délaissée pendant assez longtemps. L'apologie et la controverse, au contraire, prennent une importance de plus en plus grande. Mais, au iv« siècle, elles se produisent surtout sous la forme oratoire, dans les écrits des hommes dont nous avons parlé plus haut. Les autres n'intéressent guère la littérature. Mentionnons toutefois Cyrille de Jérusalem (de 315 à 386 environ) pour ses Catéchèses, et surtout les deux représentants de l'école exégétique d'Anlioche, Diodore de Tarse (mort en 394), et son disciple, Théodore de Mopsueste (de 350 environ à 428). L'école d'Antioche s'oppose dans l'exégèse à l'école d'Alexandrie. Contre l'interprétation allégorique que soutenait celle-ci, elle revendique les droits de l'interprétation historique, et, en tout, elle manifeste, dans les choses de la foi, une curieuse tendance rationaliste, qui finit même par la mettre en conflit avec l'orthodoxie. Son dernier représentant au iV' siècle est Epiphane, ennemi déclaré de l'origénisme, et auteurs de nombreux ouvrages, parmi lesquels il faut citer le Traité contre les hérésies comme un des livres à consulter pour l'histoire de la philosophie grecque.
Au v« siècle, l'historiographie chrétienne reprend faveur, mais sans produire d'œuvres de grande valeur. L'œuvre ébauchée par Eusèbe ne fait pas de progrès entre les mains de ses successeurs. Narrateurs honnêtes, estimables, assez bien informés, écrivains médiocres, ils ne sont "pas plus philosophes que lui. Les grandes choses leur échappent. Ils ne voient ni les causes profondes ni les conséquences lointaines. Tout se réduit pour eux à une série de détails, à des questions de dogme ou de discipline, dont ils ne voient pas même, en général, toute la valeur, à des faits sans portée, à la prédominance de certains hommes ou de cer-
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HISTOIRE DE LA LITTERATCRE GRECOUE
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lains partis. Les plus connus sont, au v<^ siècle : Social. •, dont VHistoire ecclésiastique ^ continuant celle d'Eusèbe. v,i jusqu'à 439*; Sozomène, un peu plus jeune que Socrair, auteur d'un ouvrage de même titre, qui embrasse à p. u près la même période*-; enfin, Théodorel, évêque de Cyr, déjà signalé comme orateur 3. Son Histoire ecclésiastiqni'. composée vers 450, traile les mêmes faits que les ouvrag«'s de Socrate et de Sozomène ; mais elle semble indépendante de Tune et de l'autre. Au vr siècle, parmi des chroniqu»nirs sans importance, il n'y a plus qu'un nom à citer, celui d'Évagrios, d'Epiphanie en Syrie (de 536 à 600 environ . Homme politique, mais dévoué au christianisme, il a voulu continuer l'œuvre de ses prédécesseurs en com|K»sant, lui aussi, une Histoire ecclésiastique ^ qui va de 431 à 594 ; c'est peut-être le premier par le mérite de ces historiens de second ordre. Il clôt d'ailleurs cette courte liste. Après lui, ce genre, qui n'avait jamais eu très grand éclat. se perd dans la chronique sèche et insignifiante.
L'exégèse et la controverse, qui faisaient appel ù il^^ qualités d'esprit plus vigoureuses, se soutinrent mieux dans cette dernière période. Au V' siècle, elles sont encore représentées par deux hommes de valeur, que nous avons déjà nommés l'un et l'autre, Cyrille d'Alexandrie et Théodoret de Cyr. — Cyrille, évêque d'Alexandrie de 412 à 44 1, est un des hommes qui se sont mêlésle plus passionnément aux disputes religieuses de son temps ^. Il a joué, au v« siècle, en face du Nestorianisme, un rcMe qui rappelle de près celui qu'Athanase, au iv*' siècle, avait joué à l'égaul
1. Migne, Patrologie grecque, t. LXVII; Hussey, Socrates scolafticus, 3 vol., Oxford, 1853.
2. Migne, Palrologie grecque, t. LXVII : Hussey, 3 vol., Oxfor-l.
3. Migne, Palrologie grecque, t. LXXX-LXXXIV ; Sirmond et Garnier, B. Theodoreli opéra omnia, 5 vol., Paris, 1642-1684.
4 Migne, Palrologie grecque, t. LXVUl-LXXVII.
de l'Arianisme. Mais ses écrits, très nombreux, ont plus d'intérêt théologique que de valeur littéraire. Distinguons seulement sa Défense du christianisme contre Julien : il nous en reste un tiers, formé de dix livres. C'est une œuvre d'argumentation violente et quelquefois injurieuse, mais serrée, savante, toujours ingénieuse, alors même qu'elle élude l'attaque, et loyale, malgré des idées préconçues, en ce qu'elle n'alTaiblit pas les objections pour en triompher. Elle a permis de restituer en partie le livre qu'elle se proposait de combattre. — Théodoret, évêque de Cyr (Kyrrhos dans la Syrie du Nord) de 423 à 458, est le dernier des grands docteurs de l'Église d'Orient <. Disciple de l'école d'Antioche, il en eut les tendances, signalées ci-dessus. Nous l'avons mis à son rang parmi les orateurs et les historiens ecclésiastiques. Mais sa réputation est attachée surtout à ses écrits apologétiques et exégétiques. Nous mentionnerons seulement, dans ce groupe, sa Démonstration de la vérité chrétienne d'après la philosophie hellénique (intitulée aussi Thérapeutique des maladies helléniques), où il compare les vues des écoles grecques et celles du christianisme sur les principales questions de la philosophie. Ni là, ni ailleurs, il ne s'est montré penseur original ni créateur à aucun degré. Son mérite consiste principalement à exposer avec méthode et clarté des idées traditionnelles.
La théologie grecque a vécu ainsi, sans se renouveler, à travers les vi«, vu'' et viii® siècles ; elle aboutit à l'œuvre de Jean de Damas (viii*' siècle), intitulé Source de la connaissance, qui, en résumant, au point de vue de l'orthodoxie, le savoir doctrinal et philosophique approprié aux besoins du temps, fit disparaître jusqu'au besoin de l'augmenter. C'est le terme où vient expirer l'effort suprême de la pensée hellénique.
12. Conclusion. — La littérature, qui avait commencé, dtins la Grèce primitive, avec les prédécesseurs mal connus