‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 27 sur 264 · Éditions · texte numérisé non relu

Éditions

Gaisford, Hesiodi carmina, dans Poelse qnpci minores; Goettling, Hesiodi cannina, Gotha, 1831 ; 3* édit. due à J. Flacli, Leipzig, 1878, prolégomènes et notes; F. Diibner, Hesiodi carmina et fragmenta, Paris, 1840 (Bibl. Didot); Kœchly et Kinkel, Hesiodea quœ supersunl omnia, 1870 (Bibl. Teubner); C. Rzacti. Hesiodi quae feruntur omnirt, Leipzig, 1884, sans notes.

A consulter :

hehTs, Quœstiones epicœ, Kœnigsberg, 1837 ; Goettling, Prolégomènes, cités plus haut; Fick, Hesiods Gedichle, Prolégom.. Gœttingen, 1887; R, PeppmuUer, Zur Composition der hesiodîschen Werke und Tage {Jahrb. f, PhiloL, t. CXLI, 1890).

n'y est pas question de travaux rustiques ni de jours favorables ou défavorables. C'est une sorte de prédication ardente sur un sujet de morale, la Lutte de la justice et de V injustice. — Il n'y a, dit le poète à son frère Perses, qu'une seule rivalité parmi les hommes qui soit utile et féconde, c'est celle du travail. Les vaines querelles aboutissent toujours à ruiner ceux qui s'y complaisent. Mieux vaut se contenter de la moitié que de se disputer pour W tout. Zeus, pour se venger de Prométhée qui l'avait trompé, a fait aux hommes une existence dure, pleine de maux et d'illusions, il les a entourés de tentations dangereuses. A l'âge d'or a succédé l'âge d'argent, puis l'âge d'airain, puis l'âge héroïque, et enfin l'âge de fer; la condition actuelle des hommes est de souffrir, de peiner durement, et ils l'aggravent encore par la tromperie, la violence, le mépris de la justice. Aïdôs et Némésis sont sur le point de quitter la terre. Les puissants, semblables à l'épervier qui tient entre ses serres l'innocente fauvette, abusent de leur force. Mais le serment et la justice, qu'on offense, crient vengeance, et Zeus les écoute. Ceux qui sont justes, illes aime et les favorise; leur famille et leurs champs prospèrent; leur cité est paisible. Au contraire, ceux qui sont injustes, il Ie« frappe des plus rudes calamités. Donc, que les puissants respectent la justice; car Zeus a les yeux sur eux, et il les fait surveiller par trente mille gardiens, immortels et invisibles, qui vont sans cesse à travers la terre. Quant aux autres hommes, qu'ils travaillent, sans cliercher à se dépouiller les uns les autres ; ils s'assureront ainsi honneur et prospérité, dans la mesure que comporte It'ir condition.

Il y a là, comme on le voit, une suite d'idées qui i^e tiennent. Sans doute, elles ne se développent pas comme une démonstration oratoire ni comme un raisonnement philosophique ; elles prennent tour à tour des formes variées, sentences, allégories, récits mythiques.

HÉSIODE ET LA POÉSIE HÉSIODIQUE

apologues, descriptions, exposés d'idées religieuses ou morales, conseils, prohibitions; et, comme elles sont plutôt juxtaposées que vraiment liées entre elles, on compren»! que des pensées analogues, qui n'appartenaient pas au développement primitif, aient pu y être insérées peu à peu. Mais l'ensemble n'est pas pour cela incohérent. Si Ton écarte quelques additions manifestes, il y a unité d'intention et d'inspiration. L'auteur s'adresse à quelqu'un qui lui a fait tort, qui a voulu s'enrichir par la fraude ; le sentiment de son injure personnelle est très vif en lui; mais il voit au-delà de ce tort particulier ; il dégage d'un cas individuel des idées générales, qui se rapportent toutes à ce qu'on pourrait appeler la loi de l'humanité; et cette loi, il nous permet de la résumer en deux mots, qui sont «justice » et '.< travail ».

Voilà le premier élément principal de l'agglomération avec ses additions propres. Le second est un poème Sur les Travaux des champs : il s'étend, en y comprenant diverses additions qui y sont incorporées, du vers 381 au vers 764.

Ce poème est également adressé par Hésiode à son frèn* Perses. Mais, comme nous l'avons vu, il semble avoir ét('* composé plus tard et dans des circonstances différentes. Perses a compromis sa fortune. Hésiode, en partie apaisr, lui enseigne comment il faut s'y prendre pour tirer parti d'un domaine. Les travaux des champs forment pour lui un cycle qui commence à la fin de l'automne avec le labour et qui s'achève, un an après, à l'automne encore, avec la fin des récoltes. Les saisons passent donc devant nous dans leur ordre naturel, hiver, printemps, été, automne; à chacune d'elles appartiennent certains travaux que 1« poète énumère; mais, comme quelques-uns de ces travaux ont dû être préparés en d'autres saisons, il sort librement, à propos de certains détails, du cadre qu'il s'est tracé. De là, une apparence de désordre, qui, pourtant, n'altère pas

l'ordre fondamental. En outre, les digressions abondent. Tout ce que le poète rencontre l'intéresse ; il parle en détail des instruments aratoires et du moyen de les fabriquer, du ménage rustique, des serviteurs, des animaux, du vêt^ ment, de la nourriture, etc. Il multiplie les conseils d'expérience, les observations traditionnelles ou personnelles, quelquefois même il décrit. Mais c'est toujours le cycle des travaux qui forme la trame de son développement. A la tin seulement, une partie spéciale traite de la navigation. H est difficile de dire si cette partie, assez courte, était primitivement distincte, ou si elle a constitué, dès l'origine, une sorte d'annexé naturelle à cet art de gagner sa vie en travaillant. Un groupe de sentences variées figure aujourd'hui à la suite de ce chapitre de la navigation; la plu[»art semblent n'avoir rien de commun avec le poème primitif que leur caractère didactique.

Un troisième et dernier élément de l'agglomération totale est une sorte de calendrier en une soixantaine de vers, dans lequel les jours du mois sont énumérés et répartis, d'après des vues religieuses, en jours favorables ou défavorables à certaines entreprises ou à certains travaux. Ce calendrier n'a que des rapports assez lointains avec la vie rustique. Il est au moins douteux qu'il ait appartenu primitivement au poème des Travaux.

On voit, d'après cela, que le poème actuel résulte d'un groupement purement artificiel. Il a été constitué, nous ne savons au juste quand, mais au plus tard dans le cours du vi" siècle, par la réunion de plusieurs poèmes, dont deux au moins appartenaient à Hésiode, et auxquels on a joint des morceaux divers. Le titre qu'il a reçu est lui-même formé de la réunion arbitraire de deux titres qui ne convenaient proprement qu'à deux de ses parties.

HÉSIODE ET LA POÉSIE HÉSIODlQUE

4. Le poète principal des Travaux. —Sa philosophie. — Son mérite poétique. — Sa langue*. — Si maintenant, dans cet ensemble, nous élaguons tont ce qui est de valeur secondaire pour ne nous attacher qu'aux parties principales, c'est-à-dire aux deux poèmes Sur la Justice et Sur les Travaux des champSy nous y trouvons un poète de génie, et, dans ce poète, un homuie, qu'il faut essayer de caractériser brièvement.

Ce qui fait le fond de sa poésie, c'est un mélange de plainte amère et d'énergie. Le monde lui paraît très sombrr et la société humaine très mauvaise. Les dieux ont fait aux mortels une condition dure ; ils les ont assujettis au travail, aux dangers, à la maladie, à la mort; de plus, ils les entourent de tentations qui les perdent. Cette condition misérable, les hommes 1 ont encore empirée et ils l'empirent tous les jours par leurs fautes. Ils sont égoïstes et avides de jouir, ennemis les uns des autres, toujours prêts à se tromper mutuellement et à faire abus de la force ; ils ne se soucient ni du droit, ni de la famille, ni des dieux. Si l'on prenait tout cela à la lettre, il faudrait admettre qu'Hésiode a vécu en pleine barbarie. Mais il faut songer que nous avons affaire à un poète, et à un poète irrité. Ce pessimisme amer éclate surtout dans le poème Sur la JusticCy composé au moment où il s'est cru lésé et dépouillé. ' Sa vive sensibilité est surexcitée alors par ses griefs personnels. La colère, jointe à un très noble sentiment, lui prête une éloquence évidemment hyperbolique. D'ailleurs ses propres idées l'exaltent et l'entraînenL Les images s'appellent les unes les autres. De vieux mythes, sombres et désolants, forment l'étoffe même de sa

Page 1