‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 29 sur 264 · Éditions et ouvrages à consulter · texte numérisé non relu

Éditions et ouvrages à consulter

G. Marckscheffel, Hesiodi fragmenta, Leipzig, 4840; Kinkel, Poelarum epicorum fragmenta, t. I (Bibl. Teubner).

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HÉSIODE ET LA POÉSIE HÉSTODIQUE

6. La Théogonie *. — Sujet du poème. — Son unité et sa composit'oii. — Son auteur et sa date. — Lo poème qui marque pour nous Tentrée dans la littérature de ce genre précurseur de l'histoire, c'est la Tkéogonie^ attribuée à Hésiode.

La Théogonie a pour objet d'exposer dans un ordrr méthodique la filiation des dieux, depuis rorij,Mne des choses jusqu'à la constitution délinitive du monde divin. L'auteur n'invente rien et ne veut rien inventer : il recueille des traditions; mais ces traditions étaient divergentes, confuses, quelquefois contradictoires; il les rapproche, les concilie, les fond en un vaste ensemble. Son intention manifeste est de constituer une histoire généalogique de tous les dieux du monde grec, de façon à fixer leurs relations mutuelles. Il s'élève donc au-dessus du point de vue cantonal ou régional ; il veut faire et il fait un panthéon vraiment hellénique. Son inspiration procède à la fois de la piété et du sens historique. En honorant ses dieux, il entend perpétuer des souvenirs qui sont parmi les plus essentiels de sa race. Bien entendu, nous ne pouvons afQrmer qu'il ait été le premier à tenter pareille entreprise. On est plutôt porté à se représenter la Théogonie hésiodique comme le terme et le résultat d'une série d'essais partiels. En toiit cas, dès qu'elle parut, elle fit oublier tout ce qui l'avait précédé, à la fois sans doute parce qu'elle U* surpassa en mérite et parce qu'elle le rendit inutile. Elle représente donc pour nous, à elle seule, le grand elTorl que fit l'esprit grec, avant l'avènement de l'histoire et d( la philosophie, tant pour condenser que pour fixer des traditions mythologiques éparses et diverses.

1. Pour la bibliographie commune à l'œuvre hésiodique tout entière, voir pp. 90 et 94. Ajouter, pour la Théogonie, Guigniaut, De la Théogonie d'Hésiode, Paris, 1835; Schœmann^ Opuscula Academica, t. IL Berlin, 1851 ; F. G. Welcker, Theogonia, Elberfeld 1865; Flach, Glossen und Scholien ziir Hesiodu Théogonie mit Prolegomena^ Leipzig, 1816; G. Hermann, Opuacula^ t. VIII, 1817.

La composition du poème atteste à la fois la difficulté de la tâche et l'intensité de l'effort. Dans son état actuel, il comprend un peu plus de mille vers. On ne peut douter qu'il n'ait été interpolé et accru en certaines parties. Mais, sous ces altérations de surface, qui sont matière à discussions, il est impossible de méconnaître une profonde unité. Cette unité tient à la fois à un plan, méthodiquement conçu et observé, et à l'esprit qui anime le tout. Le plan consiste essentiellement à suivre l'ordre des générations ; lorsqu'une même génération comprend plusieurs frères et su'urs, le poète, après les avoir énumérés, donne successivement la lignée de chacun d'eux, selon l'ordre de primogéniture ; les exceptions à cette règle sont rares et faciles à expliquer. Quant à l'esprit de l'œuvre, il est à la fois scientifique et philosophique, autant que ces expressions peuvent convenir à un âge aussi reculé ; il est aussi helléni(iue. Il est scientifique en ce que le poète, attaché avant tout à l'exactitude et à la précision, ne fait qu'une petite part aux récits ; il est philosophique en ce que le même poète laisse entrevoir, à travers la succession de ses dieux, l'idée d'un progrès des choses vers l'ordre et vers la beauté ; il est hellénique, enfin, en ce que jamais il ne se préoccupe des cultes locaux, mais présente tous ses dieux comme des dieux universels.

Parcourons rapidement la suite du développement.

La Théogonie débute par un prologue de plus de cent vers, qui semble formé de morceaux divers, assemblés peu à peu et confusément. 11 n'est peut-êlre pas possible aujourd'hui d'en débrouiller sûrement l'écheveau. Toutefois, si Ton isole les éléments qui paraissent les plus anciens (v. 1-8, 22-34, 104-115), on obtient en les rapprochant un développement suivi et intéressant. Le poète invoque les Muses de l'Hélicon, qui ont autrefois inspiré Hésiode, et il raconte qu'il a reçu d'elles, lui aussi, une mission spéciale; au lieu de fictions, il doit exposer des choses vraies ; elles

HÉSIODE ET LA POÉSIE HÉSIODIQUE

lui ont ordonné de chanter les générations des dieux, ♦ t c'est ce qu'il va faire.

Il commence à l'origine des choses. Au commencement, il n'y avait, dit-il, que le chaos, c'est-à-dire l'espace vide. Puis naquit (laïa (la Terre), couvrant le Tartare, qui s'étend au-dessous d'elle ; et, avec Gaia, naquit Eros, l»plus beau des immortels. Cela signifie clairement que de la Terre, seul être primordial, sont sortis successivement tous les dieux, dont les lignées se sont succédé par la puissant ■ d'Éros, qui préside éternellement à la génération. — Du chaos procèdent directement deux êtres : l'Érèbe, c'est-àdire l'obscurité diffuse, et la Nuit, qui est en quelque soM.l'obscurité localisée; de l'Érèbe et de la Nuit sont iirs l'Éther, clarté diffuse, et le Jour, clarté localisée. Êtrt'> impalpables et inconsistants, on comprend qu'ils soioiii tous issus du vide, appelé par le poète chaos. — Gaïa, ellf, a produit directement Ouranos, le ciel, c'est-à-dire la voùlvisible et colorée, conçue comm»; une sorte d'émanation <!la terre. Elle a aussi produit les montagnes et Pontos 1 1 mer). C'est là, comme on le voit, une cosmogonie élémen taire, sorte de genèse du monde, qui précède la théog<»ni proprement dite.

Celle-ci commence avec lunion de (iaïa et d'Ourano^-. De cette union naissent d'abord les Titans, puis !♦ > Cyclopes, enfin trois géants aux cent bras, Cottos, Bri.irée et Gyès, qui paraissent représenter les tourbillons <!» vent. Entre tous ces êtres frères, il y a quelque chose de commun ; tous symbolisent la force violente de la natui' . Le plus jeune des Titans, Cronos, à l'instigation de sa mère, Gaïa, tend un piège à son père, Ouranos; il le mutile. Du sang d'Ouranos naissent les Érinnyes, les géants, les nymphes et enfin Aphrodite.

La première génération issue de Gaïa est ainsi épuisée ; viennent alors les lignées des Titans, selon l'ordre d*" primogéniture. C'est la partie du poème où les énuméra-

tions sont le plus longues et le plus embrouillées. Cela tient à ce qu'il y a entre ces diverses lignées des alliances qui obligent le poète à les mêler parfois les unes aux autres. Il n'en suit pas moins son plan autant qu'il le peut. La lignée de Cronos est la dernière, puisque Cronos est le plus jeune des Titans. C'est aussi la plus intéressante : car, avec elle, nous entrons dans une mythologie pour ainsi dire historique. Les fils de Cronos sont en effet Hadès, Poséidon et Zeus. Nous apprenons comment Zeus, que son père voulait dévorer, fut sauvé par sa mère Rhéa, comment il grandit et délivra ses frères; puis, nous le voyons maître de rOlympe, sans que le renversement de Cronos ait été d'ailleurs raconté.

Le poète a réservé, parmi les lignées des Titans, celle de Japétos. Il y revient. Les fils de Japétos sont Atlas, Prométhée, Épiméthée; à propos d'eux, nous est rapportée l'entreprise de Prométhée, déjouée par Zeus, et la création de Pandore, récit qui nous montre l'humanité vaincue et soumise.

Sans transition nous passons à la guerre des Titans contre les dieux. Ce défaut de continuité peut provenir d'une lacune. Quanta la guerre elle-même, il est nécessaire qu'elle soit mentionnée ici, car elle explique, par la défaite des Titans, pourquoi leurs lignées s'arrêtent brusquement, laissant désormais la place libre à celles des Cronides. Ce qui peut surprendre, c'est l'importance donnée à cette guerre. Déjà, le récit relatif à Pandore se distinguait du fond proprement généalogiciue du poème. La narration du combat de Zeus et des Titans a bien plus encore ce caractère épisodique, même en y faisant la part des additions probables. C'est sans doute qu'une fois débarrassé des longues nomenclatures du début, le poète n'est pas fâché de donnera son œuvre, dans cette dernière partie, plus d'éclat et plus de vie. Vaincus, les Titans sont précipités dans le Tartare ; c'est l'occasion d'une série de descrip-

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lions, dont une petite partie seulement semble appartenir au texte primitif.

Gaïa, mère des Titans, pour venger ses fils, enfante un monstre, Typhoeus, qui, de nouveau, engage la lutte avec Zeus. Nouvelle et dernière narration descriptive. Typhoeus est plongé dans le Tartare; de lui sont nés les vents funestes et dévastateurs. L'ayant dompté, Zeus est définitivement maître de l'Olympe, et il répartit les honneurs divins entr»ses frères.

Le poème se termine sur l'énuméralion des unions de Zeus et des autres dieux olympiens, d'abord avec des déesses, puis avec des mortelles. Ces lignées olympiennes aboutissent ainsi aux généalogies des héros et rejoignent par là les récits de la poésie homérique.

On voit par cet exposé qu'il y a un dessein suivi dans cette grande œuvre et que le plan en a été nécessairement conçu par une seule pensée. L'unité primitive, sauf la part à faire aux additions, doit être par conséquent reconnue et affirmée. Dès lors, nous sommes en présence d'un auteur dont il serait intéressant de dégager la personnalité. Par malheur, elle est loin d'apparaître dans ce poème comme dans les Travaux. Le poète fait ici office d'interprète des traditions, il n'a rien à nous dire de lui-même, et il ne nous en dit rien, sauf dans le prologue (22-34). Ce passage unique, bien interprété, indique qu'il n'est pas d'Hésiode et qu'il lui est postérieur en date. Il se rattache à lui, car il reçoit, comme lui, son inspiration des muses de l'Hélicon, et il semble s'adresser, comme lui, à un public rustique ; mais il en diffère par sa vocation, qui est de raconter le passé, comme il diffère d'autre part des aèdes homériques en ce qu'il cultive, non les fictions, mais la vérité. Tout cela dénote un poète qui a conscience de ce qu'il veut, qui apprécie l'importance de son entreprise et qui sent sa force. C'est à peu près tout ce que nous savons de lui.

HÉSIODE Ëï LA POÉSIE HÉSlODlQtJE

Le temps où il vécut ne peut être déterminé que par approximation. Il ne semble pas de beaucoup postérieur à Hésiode, puisque Hésiode est le seul poète de la région héliconienne qu'il connaisse. D'autre part, son récit de la lutte de Zeus et des Titans fait bien l'effet d'une première prise de possession du sujet : Eumèle de Corinthe composa une Titanomachiey comme nous le verrons plus loin, dans la seconde moitié du viii« siècle ; si ce poème eût été déjà connu, sans doute l'auteur de la Théogonie — à supposer qu'il eût jugé à propos de développer, quand même, sous forme d'épisode ce qui avait été déjà traité en poème ^aurait sans doute mis plusen relief quel(|ues-uns des personnages et quehiues-unes des scènes illustrés par une œuvre récente. Notons aussi que, si Dionysos est rapidement mentionné dans la fin du poème (941-2 et 947-9), sa légende ne semble pas avoir pris encore grande extension. Ces observations ne permettent guère de supposer que l'auteur ait vécu après le milieu du viii* siècle, c'est-à-dire après le commencement des Olympiades.

7. Mérite de la Théogonie. — Sa langue ' . — Un poème qui consiste surtout en nomenclatures ne peut avoirqu'un iiMMite littéraire d'un genre spécial.

La Théogonie a dû plaire aux contemporains du poète, d'abord et surtout par sa composition. Elle offrait, sous une forme relativement brève et bien ordonnée, une histoire complète des origines du monde. Cette histoire, ainsi présentée, était facile à embrasser d'un coup d'œil ; on avait le plaisir de s'y reconnaître aisément. De plus, si elle n'affirmait pas très nettement l'idée d'un progrès, elle en donnait cependant l'impression; on croyait voir, dans la succession de ces générations divines, autre chose que

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