‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 30 sur 264 · A consulter · texte numérisé non relu

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J.Girard, Sentiment religieux en Grèce, chap. cité; Â. Rzach, fier Dialecl des Hesiodos {Jahrb. f. class. Phil., supplément, t. VIII, 1876).

HÉSIODE ET LA POÉSIE HÉSIODIQUE

le hasard et la confusion ; on passait du néant à l'existence, des énergies violentes à des forces mieux réglées, des formes monstrueuses à la beauté, de robscurilé primitive à la lumière. Cela ressemblait à une action intelligente, et cette action entrevue donnait à cette série d'énumérations une sorte d'intérêt dramaticjue.

Puis, à s'arrêter au détail, ces nomenclatures mêmes ne manquaient pas de caractère. Le poète, en groupant ses êtres divins, avait su donner à la plupart des familles i{\i"\\ énumérait des aspects divers et frappants. Le choix mêmr des noms et des épithètes, le rapprochement des consonances, quelques brèves indications lui avaient suffi pour cela. Au groupe charmant des Néréides s'opposait le groupe horrible des enfants de Phorkys. La seconde lignée de la Nuit intéressait la pensée par sa valeur symbolique ; celle d'Échidna et de Typhon effrayait l'imagination. Tout» cette mythologie, en somme, était vivante, et, comme la vie, infiniment variée. Le poète ne l'avait pas évoquée froidement : il l'avait vraiment vue, il en avait été diverse ment ému, et son émotion se communiquait à son publie.

Enfin, il faut ajouter que, çà et là, sur ce fond de nomenclatures, se détachaientdes épisodes, qui en rompaient heureusement la monotonie. Un sens très juste les avait distribués à propos et proportionnés comme il fallait. Plus rares et plus courts au début, ils se multipliaient et s'éten daient dans la partie centrale. C'était la conjuration d»' Gaïa et de ses fils contre Cronos, l'histoire des fils de Japétos, la création de Pandore, la Titanomachie, la description duTartare, la lutte de Zeus contre Typhoeus. Un. naïveté antique s'y mêlait à la grandeur de l'imagination. Le tableau du combat de Zeus contre les Titans, convul sion qui avait ébranlé le monde, se détachait au milieu du poème, avec un éclat comparable à celui des grandes inventions homériques. C'était donc le charme de ce poème qu'on y trouvait à admirer, tout en s'instruisant. L'auteur

semblait se plaire à y dissimuler ordinairement son génie, il le distribuait volontairement en de petites choses, puis, tout à coup, il le laissait éclater. Le genre qu'il créait était en lui-même secondaire, très inférieur à la grande épopée, inférieur même à la poésie si personnelle des Travaux, mais, dans ce genre, il se révélait comme un maître, et il élevait par instants une œuvre de visées modestes au rang des chefs-d'œuvre.

I.a langue de la Théor/onie offre le même caractère mixte que celle des Travaux. Dans l'ensemble, elle est ionienne, calquée sur celle des épopées homériques; mais, comme dans les Travaux, on y sent l'influence des dialectes de la Grèce centrale. Celui dont on croit reconnaître ici la trace particulièrement sensible est le dialecte delphique. Si cela était plus sûr, il y aurait là un indice intéressant, qui pourrait jeter quelque lumière sur les origines de cette tentative si curieuse de systématiser et de fixer la mythologie. Mais, à vrai dire, il serait au moins prématuré de fonder une conjecture de quelque importance sur une base encore trop fragile.

8. Autres poèmes hésiodiques du genre généalogique. — Les Catalogues, les Éées, V^gimios, etc. — Épisodes détachés : le Bouclier d'Héraclès, etc. < . — La Théogonie est restée le type principal de cette poésie demi-historique, dont elle fut sans doute un des premiers modèles. Mais à la même inspiration se rattachaient un grand nombre (1 autres poèmes, qui semblent, en général, de date un peu liostérieure, et qu'on attribua de bonne heure, comme la Théogonie elle-même, à Hésiode, devenu le représentant de tout le genre didactique.

I.e plus important de ces poèmes était le Catalogue des Fcmînes, dont il ne nous reste que des fragments. L'auteur, quel qu'il fût, y énumérait dans un ordre chronologique les femmes qui avaient été aimées des dieux et qui avaient

1 Bibliographie générale de l'œuvre hésiodique, p. 94.

donné naissance aux héros célèbres. Celait donc, en réa lité, une sorte de classement méthodique des grandes rac« •^ héroïques qui se rattachaient aux races divines ; ces Catalogues formaient comme le prolongement humain dr la Théogonie; par ce prolongement, la mythologie entrait déjà dans l'histoire. Le rôle attribué aux femmes dans t • poème ne tenait pas, comme on Ta supposé quelquefois, i des mœurs locales d'un caractère particulier; il ne pouvait être moindre, du moment (jue l'auteur voulait remontera l'origine divine des races. La forme générale de l'œuvr. . autant que nous pouvons en juger par les fragments, devaii être très voisine de celle de la Théogonie. De longues nomenclatures, animées par des épithètes intéressantes, par des souvenirs, par des allusions, et diversifiées, de distant* en distance, par quelques descriptions plus développées, ou même par quelques récits épisodiques. Ainsi composa, ce poème pouvait plaire par nombre de détails ; mais il intéressait surtout ses auditeurs, et plus tard ses lecteurs, à titre de document historique. Là étaient les archiva héroïques de la Grèce, débrouillées, mises en ordre, exposées méthodiquement, sous une forme agréable et facile à retenir. Aussi, même dans la suite, quand l'histoire fut n< < et qu'elle eut grandi, les Catalogues restèrent-ils toujours comme un des plus anciens et des plus précieux témoignages à consulter, relativement aux origines. Il n'est plus possible, bien entendu, d'assigner à ce poème une dal' précise. Toutefois, il résulte de la nature même des choses, qu'il doit être postérieur à la Théogonie; divers passaii» > confirment d'ailleurs celte induction, par exemple la transformation du héros Lalinos, qui n'était plus, comme dans la Théogonie (v. 1043), un fils de Circé sans postérité connue, mais bien un petit-fils de Deucalion, frère de Gra'cos et ancêtre des Latins (fragm. 24). D'autre part, l'inHuen! • des Catalogues s'est fait sentir très certainement sur !a poésie lyrique des la fin du vii« sièclft, en"* particulier si r

HÉ8I0DE ET LA POÉSIE HÉSIODIQDE

Sfésichore {Catal.y fr. HT). On peut supposer d'après cela que le poème a dû être composé vers le début du vil' siècle.

Aux Ca^fl%M/î^- se rattachent étroitement les Ém('Hoiat). Quand ces poésies diverses furent recueillies en volumes, les Éées formèrent le quatrième livre des Catalogues. C'était ♦Ml effet uni* énumération très semblable. Le poète au début rappelait qu'un certain nombre de femmes privilégiées avaient été aimées des dieux; et il passait en revue les plus célèbres dans une série de courts récits. Le premier de ces récits était introduit par la formule Telle que (oir;), les autres pai- la formule ou encore telle que (^ oirj, indéfiniment répétée. D'où le titre, assez étrange, qui fut donné au poème, nous ne savons au juste en quel temps. Il ne reste iles Éées que quelques fragments. Le plus important, relatif à Alcmène, a une cinquantaine de vers ; il sert aujourd'hui do prologue au petit poème sur le Bouclier d'Héraclès, dont nous allons parler. D'après cela, il semble que les Éées aient été plus narratives que les Catalogues. L'auteur du second poème ne visait pas, comme celui du premier, à ••Ire complet; il avait plutôt choisi, dans l'ensemble des légendes relatives aux femmes, celles qui lui avaient paru le plus intéressantes, et il les avait développées plus librement. Il y a tout lieu de croire qu'il composait peu après rapj)arition des Catalogues.

l\Egimios, — attribué soit à Hésiode, soit à Kercops de Milet, qu'on place au vi«* siècle, — devait son nom au roi Kgimios, ancêtre et premier législateur des Doriens. Quelques fragments, dont plusieurs rapportés par conjecture seulement à ce poème, ne permettent pas d'en déterminer sûrement le sujet. Mais le titre indique au moins qu'il se rapportait aux origines de la race dorienne.

Ces diverses œuvres semblent avoir eu toutes un caractère plus ou moins généalogique. Quelques autres compositions, également attribuées à Hésiode, sans plus de

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HÉSIODE Et LA t»OÉSlE HÉSlODlQtË

raison d'ailleurs, étaient plutôt des récils détachés de ce fond de légende. On peut citer en ce genre la Mélampodie, dont il ne nous reste que bien peu de fragments ; les trois poèmos sur les Dactyles de Vida, sur les fioces de Thétis et de Pclét. sur la Descente de Thésée aux Enfeis, dont nous ne savons a peu près rien, et enfin le Bouclier dlïéraclès, qui nous a

été conservé.

Ce dernier poème, de quatre cent quatre-vingts vers, peut servir à caractériser le genre. Si Ton en sépare le prologu.qui est un morceau des Éées relatif à Alcmène, la roèir d'Héraclès, il reste un récit du combat singulier de ce hén^s contre Kycnos, fils d'Ares ; dans ce récit est comme encadrée une longue description du bouclier d'Héraclès, qui a donné son nom au poème tout entier. L'idée même de cell • description est empruntée à VIliade, car le bouclier d'ibraclès rappelle celui d'Achille; d'ailleurs, l'inlluenc . d'Homère sur le poète hésiodique se manifeste par de nombreuses imitations de détail. Mais cette ressemblance même fait ressortir la difTérence frappante des deux écoles. La description ici est trop chargée de détails; elle n'a pas cette charmante aisance ionienne, qui donne tant d'agrrment à l'épisode du XVIII* chant. Dans maint passage, il y a de la force, de la grandeur, quelquefois un réalismvivant et intéressant; mais il y a aussi de l'exagération, une recherche de l'horrible, qui dégoûte plus qu'elle n'émeui. L'action principale est traitée sommairement, et l'invention en est médiocre. Une telle production ne peut guère a|.partenir qu'à la fin de l'dge épique, c'est-à-dire à un tcmi's où l'imitation devenait presque tout.

9. Les représentants secondaires de la poésie généalogique ^ — Avec Hésiode, l'antiquité comptait un certum nombre d'autres poètes historiens, tels qu'Eumélos de

1. Les débris de leurs œuvres se trouvent parmi les Fraqmenh d'Hésiode. Voir la bibliographie des pp. 90 et 94. Ajoutons KinkeL Poetorum epicorum fragmenta, t. 1 (Bibl. Teiibner).

Corinthe,Kinéthon de Lacédémone, Carkinos de Naupacte, Chersias d'Orchomène, Asios. Quelques mots suffiront ici pour les placer à leurs dates approximatives et pour établir ainsi la continuité du genre.

Eumélos, Corinthien, de la grande famille des Bacchiades, semble avoir vécu dans la seconde moitié du viii« siècle *. On lui attribuait divers poèmes historiques perdus, dont le plus important, intitulé Corinthiaques (Kopivôiaxà), se rapportait manifestement aux origines de sa ville natale. Quant à VEuropie, à la Titanomachie, à la BoiKjonie, au Retour des Grecs et. enfin au Chant de procession ("Aa(Aa zpoaoSlov), cités sous son nom, nous n'en pouvons rien dire de certain.

Kinéthon de Lacédémone, auquel on assigne à peu près la même date 2, est donné comme l'auteur d'un poème généalogique sans titre spécial qui paraît avoir été son œuvre principale. On lui attribuait aussi une Télégonic, une Héraclée, une Œdipodie, et même \ai Petite Iliade, en concurrence avec Leschès de Mitylène, dont nous avons parlé plus haut.

Carkinos de Naupacte est nommé par Pausanias seul (X, 38, u) comme l'auteur d'un poème assez souvent cité, qui s'appelait les Chants de Naupacte. On voit par les fragments que c'était une épopée voisine par la forme 1,'énérale des Éées hésiodiques ; les femmes de la légende héroïque, en particulier Médée, y étaient célébrées.

Asios de Samos est plus connu comme poète élégiaque, et nous reparlerons de lui à propos de l'élégie. Il appartient cependant à la série des poètes historiens par des généalogies en vers, que mentionne Pausanias (IV, 2, i). Il semble avoir vécu au vu" siècle. Le plus intéressant de ses fragments (fr. 13, Kinkel)se rapporte aux mœurs desSamiens.

Chersias d'Orchomène, cité par le pseudo-Plutarque ^ comme un contemporain de Périandre (fin du vu* siècle),

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