‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 32 sur 264 · Causes du développement de la poésie lyrique. — On · texte numérisé non relu

Causes du développement de la poésie lyrique. — On

il vu plus haut que différentes formes de poésie chantée avaient été en usage, en Grèce, dès les temps les plus reculés, et qu'il en est fait mention dans les poèmes homériques : ce sont, d'une part, des chants qui se rapportent à des cérémonies du culte, des hymnes, et, d'autre part, des chants qui ont pour occasion les principales circonstances de la vie humaine, lamentations funèbres ou thrènes, chants nuptiaux ou hyménées, chants d'actions de grâce ou pcans^ chants rustiques, tpls que VAilinoSf où l'on pleurait la mort du beau Linos, frappé par les flèches dévorantes d'Apollon. ^

Mais, pendant de longs siècles, cette branche de poésie ne produisit pas d'œuvres littéraires proprement dites : elle avait un caractère de simplicité toute populaire. Sur de vieux aii-s traditionnels, quelques-uns peut-ètie d'origine

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LE lyrisme; caractères généraux

étrangère, d'un dessin mélodique très court et très monotone, des aèdes de village, des pleureuses de profession, des ménétriers rustiques, improvisaient quelques parok'^ fort simples, coupées à intervalles réguliers par un refrain que les assistants reprenaient en chœur. Même dans les sanctuaires, les hymnes des aèdes sacerdotaux devaient ressembler à de naïves litanies plus qu'à des odes. Le^ véritables artistes se tournaient vers l'épopée ; c'était Ir récit des exploits d'Achille et d'Ulysse qui était l'objet d*' prédilection des aèdes inspirés et savants. Ceux-ci portaient peu à peu la poésie narrative au plus haut degré de peifection et d'éclat, tandis que la poésie lyrique restait au second plan, dans la demi-obscurité d'un art tout instinctif, qui vit au jour le jour, et dont les œuvres improvisées disparaissent sans laisser de traces.

Or, vers le début du viii« siècle, à peu près au moment où commencent les Olympiades, cette relation des deux . grandes formes de la poésie se modilie. L'épopée tend à s'efFacer et le lyrisme arrive à la pleine lumière. C'est le commencement d'une nouvelle période, d'environ trois siècles, oii les plus grands noms littéraires seront des noms de poètes lyriques, tandis que les œuvres conçues à l'imitation d'Homère et d'Hésiode deviendront de plus en plus rares et médiocres. L'ûge de l'épopée fait place à l'Age du lyrisme. Révolution littéraire considérable, qui a ses racines, comme toujours en Grèce, dans une révolution correspondante de l'esprit public et des mœurs.

Le lyrisme, qui exprime une émotion personnelle ou collective, mais toujours une émotion présente, semble exiger, pour devenir vraiment littéraire, plus de maturil»intellectuelle et morale que le simple récit épique. Lr^ âmes primitives, comme celles des enfants, s'intéressent peu, par l'imagination, à la réalité présente : elles se contentent de la subir; elles ne la considèrent pas comme un»' mntirîo (Karl. Q!:and elles veulent donner carrière à leur

imagination, elles se réfugient dans les mirages du rêve qu'elles projettent dans le passé transfiguré. Elles sont très capables d'émotions fortes ; mais il ne suffit pas d'être ému pour exprimer poétiquement son émotion. Il faut, en outre, savoir l'observer du dehors, pour ainsi dire, et s'y intéresser en artiste. Les Grecs du temps d'Homère pouvaient éprouver une émotion artistique à propos des passions d'un Achille ou des malheurs d'un Ulysse ; quand il s'agissait des biens ou des maux de leur propre vie, un cri de joie ou un cri de douleur, un appel à une divinité, un refrain monotone comme la plainte d'un blessé, suffisaient à exprimer des sentiments qu'ils n'étaient pas encore capables de considérer objectivement. Et, quant aux émotions collectives, qui sont, en Grèce, une partie considérable de la matière lyrique, outre qu'elles étaient alois plus rares et plus faibles, ils s'arrêtaient peu à les analyser, ne concevant guère que la réalité put devenir le sujet d'une œuvre d'art.

C'est seulement vers le début du viii« siècle que l'Ame liiecque franchit cette étape décisive de sa vie morale, qui consistait à sortir des longues rêveries enfantines sur un passé poétique et idéalisé, pour s'attacher à la conquête réaliste du présent. Cette transformation se manifeste à la fois de toutes les manières, et notamment dans la vie politique. La cité succède aux vieilles royautés patriarcales. L'individu devient son propie maître. S'il obéit, c'est à la loi qu'il a faite lui-même, et par une adhésion volontaire de sa propre raison à la raison de tous, par un sentiment de discipline et de solidarité qui suppose chez les membres de la communauté beaucoup de volonté et de possession d'eux-mêmes. La cité, a>uvre de l'énergie disciplinée des individus, fortifie à son tour et accroît cette énergie par la pratique quotidienne de la vie politique. Pour des Ames ainsi formées, la vie réelle prend une valeur •'' un intérêt tout nouveaux. Elles s'y attachent avec pas-

LE lyrisme; caractères GÉNÉRAUX

sion. Elles s'efforcent de Taméliorer et cherchent à la comprendre. Elles y trouvent la source de mille émotions qu'elles voudront observer et exprimer. Elles sont mûres pour la poésie lyrique.

Les occasions de ces émotions se multiplient singuliènment. A toutes celles que fournissaient jadis et que continuent de fournir les circonstances de la vie individuelle, d'autres vont s'ajouter, qui sortent directement des conditions nouvelles de l'existence politique. Un«» vie coUectiv»» intense, telle que l'ûge homérique n'en n'avait eu aucun soupçon, rassemble et fait vibrer à l'unisson, dans une foule de circonstances, les milliers d'ûmes qui composent la cité. T)e là des sentiments nouveaux, au moins par leur force, et des occasions nombreuses de les manifester en commun. Le patriotisme civique est ardent et universel. Il se mêle à la religion, aux fêtes panlielléniqnes, aux grand> jeux, à la curiosité pour les vieilles légendes, au culte traditionnel de la poésie épique. Il circule dans tout le corps social et l'anime. 11 crée des panégyries pompeuses par lesquelles il se traduit au dehors. Le goût de la vie en commun multiplie les banquets et les réunions de toutes sortes. Tous ces sentiments ont besoin d'un organe, d'une voix pour s'exprimer.

C'est le lyrisme qui le leur fournit. Il se complète et se fortifie pour suffire à sa tAche nouvelle. Musicalement, d'abord, il s'enrichit d'acquisitions nombreuses, indigène^ ou exotiques. Il perfectionne ses instruments, fiûtes <■' cithares. Il développe ses rythmes. 11 met en œuvre des gammes nouvelles. Il étend ses phrases mélodiques. I! augmente et assouplit ses chœurs de danses. Et surtoui. au point de vue littéraire, il se transforme profondément sous la main d'une foule de grands artistes qui constituent peu à peu sa poétique, c'est-à-dire les règles qui s'imposem à l'invention de ses motifs,, à la composition de ses œuvres, à l'expression de ses idées par le style. On peut même dir<

que c'est probablement la réforme littéraire qui fut la prinripale. Quelle que fût la différence qui séparait la musique <ies vieux chants populaires et les mélodies d'un Alcman ou d'un Stésichore, il est évident que la distance était Jiien plus grande encore entre les balbutiements naïfs de ces vieilles chansons et les développements si souples, si savants, d'une pensée qui transportait dans les cadres lyriques tout l'art d'analyse et d'expression créé peu à peu par trois ou quatre siècles d'épopée.

2. Caractères essentiels de la forme lyrique. — Nous n'avons pas à entrer ici dans de minutieux détails sur les difficiles problèmes que soulève la constitution technique du lyrisme grec. La musique grecque est fort mal connue. Sur les rythmes même des poésies d'un Pindare ou d'un Bacchylide, les savants discutent sans pouvoir arriver à une pleine certitude. Il n'y a que la forme littéraire des poèmes lyriques qui nous apparaisse avec netteté dans les (puvres conservées. Mais, sans nous arrêter aux points obscurs et controversés, il est pourtant nécessaire de prendre d'abord une idée sommaire de ce qui caractérise une œuvre lyrique grecque, et de voir en quoi elle se distingue de ce qu'on appelle du même nom dans les littératures modernes ^

La poésie lyricjue grecque est une poésie chantée, qu'accompagne le jeu des instruments. Quelquefois elle est chantée non par une seule voix, mais par un chœur, et le chœur est tantôt immobile, tantôt en mouvement. Les mouvements du chœur sont ou des marches ou des danses proprement dites. Ainsi, dans la poésie lyrique complète,

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