Ouvrages à consulter sur la technique du rythme grec
En allemand, Rossbach et Westphal, Théorie der inusischen Kunst (1er Hellenen, 3 vol., Leip/ig, 1885-1889; Christ, Metrik der ^rnechen und HÔiner; — en français : P. Masqueray, Traité de métrique grecque. Paris, Kfincksieck, 1899. Pour plus de détails, voir A. Croiset, Poésie de Pindare, pp. 24-161 .
les paroles, la musique et la danse s'associent en vue d*uno fin commune. Le lien qui les unit, l'Ame, pour ainsi dire, de ce corps formé d'une triple matière, c'est le rythme, qui gouverne à la fois le mouvement des danses, celui de la mélodie et celui de la poésie.
Des trois éléments ainsi associés, c'est d'ailleurs la poé. sie qui est le principal, à la différence de ce qui se passr chez les modernes. Aujourd'hui, quand la poésie s'associ»' avec la musique, c'est ordinairement la musique qui domine, et la poésie passe au second plan. Cette différence tient à la nature de la musique grecque, dont il est nécessaire de dire quelques mots.
La musique grecque a toujours été extrêmement simple en comparaison de la nôtre, mais surtout dans la périod» qui va du viii« au v« siècle. En fait d'instruments, elle n'em ploie d'une manière habituelle que des instruments à cordes du type de la cithare et des instruments à vent du type de la flûte. Or la cithare, espèce de harpe portative sans pédale, était peu sonore et peu capable de nuances : son unique mérite, mais capital aux yeux des Grecs, était de rendre des sons très purs, en marquant le rythme avet netteté. Quant à la flûte, plus souple et plus brillante, suspecte même aux moralistes sévères à cause de ces qualités expressives, elle ne semblait si passionnée que par comparaison avec la maigre cithare; car c'était simplement, du moins à l'origine, une sorte de clarinette, possédant moins de notes aiguës que celle des modernes. La simplicité de la mélodie répondait à celle des instruments. Le^ airs ne comprenaient, en général, qu'un très petit nombn de notes. Jusqu'à ïerpandre, dit-on, les Grecs n'avaient eu que quatre cordes à leur cithare; ce qui est plus sûr, c'est que, même après Terpandre, ils n'en eurent jamais plus d« huit. A l'origine, chaque partie de la Grèce avait sa gamm<' particulière, son mode musical, caractérisé par la place du demi-ton et par la hauteur de la tonique sur Téchelle des
LE lyrisme; caractères généraux
sons. Peu à peu, les différentes gammes devinrent le patrimoine commun de tous les Grecs, offrant chacune à l'artiste ses ressources propres pour l'expression de certains sentiments. Les modes dorien et phrygien étaient les principaux, l'un plus sévère, l'autre plus passionné. Quels que fussent le nombre et la variété des modes musicaux, ils ne donnaient jamais naissance qu'à des mélodies d'un dessin très élémentaire. Ajoutons que ces mélodies si simples n'étaient pas enrichies ni soutenues par les ressources de riiarmonie, que les Grecs ont à peine pratiquée. Les instruments et les voix chantaient le plus souvent à l'unisson, quelquefois à l'octave. L'harmonie se réduisait à quelques accords, assez rares, dans l'accompagnement.
On comprend sans peine que ni ces instruments peu sonores ni ces mélodies peu compliquées ne fussent de nature à étouffer la parole du chanteur. D'autant plus que le rythme lui-même, au lieu de l'obscurcir, la soulignait plutôt, en suivant le rythme naturel du langage: les temps forts et les temps faibles de la musique correspondaient le plus souvent aux longues et aux brèves du langage ordinaire : le mot gardait dans le chant sa physionomie accoutumée. Les vers ou mètres, c'est-à-dire la forme mesurée des paroles destinées au chant, traduisaient exactement aux regards du lecteur ancien le rythme vrai de la musique. Si nous ne savons plus toujours le retrouver sous les paroles, c'est que la tradition nous manque en partie. Nous pouvons cependant l'entrevoir presque toujours, et au moins les caractères généraux des rythmes grecs nous sont encore connus. Comme ces rythmes étaient, au jugement des Grecs, une partie essentielle de leur lyrisme, plus expressive encore que la mélodie proprement dite, et comme les œuvres conservées des poètes en gardent la trace dans l'arrangement de leurs vers, il faut en rappeler les traits essentiels.
Ce qui détermine le caractère du rythme grecj c'est
LE lyrisme; CARACTÈRES GÉNÉRAUX
avant tout le rapport de durée qui existe entre le temjK fort et le temps faible de chaque pied ou mesure. Ce rapport est égal dans le rythme dactylique (- /uu), douhh dans le rythme iambique (u / -), sescuple dans le rythni»péonien (- / uuu). Les rythmes égaux ont plus de gravit." calme et noble, les rythmes sescuples p\us d'agitation ému»-; les rythmes doubles ont un caractère intermédiaire. Dan^ chaque genre de rythme, en outre, les (irecs font une différence très tranchée entre les pieds qui commencent par le temps fort et les pieds qui commencent par le temps faible : les premiers ont une cadence plus molle et comin«' tombante; les seconds ont plus d'énergie et de ressort.
Les pieds se groupent en cola ou membres ; les membres, en vers ; les vers, à leur tour, en périodes et en stropho. et celles-ci, enfin, en groupes supérieurs, dont le principal est la triade (strophe, antistrophe, épode). Ce qui constilii' le vers proprement dit, c'est l'assemblage de deux membrr>. comme il arrive dans l'hexamètre épique ou dans le sénain* iambique. C'est la construction la plus ancienne et la plu^ simple. Dans le lyrisme, la tendance consUinte a él. d'étendre les groupes et de diversifier les combinaisons. Les plus anciennes strophes lyriques comprennent un petit nombre de membres ou de vers, dont chacun est fort simple : les odes d'un Pindare ou d'un Bacchylide comprennent plusieurs triades formées de strophes étendues et compliquées. En général, cependant, on n'associe pas ensenibl» des rythmes de genre différent, comme le genre égal et !• genre double, ou le genre double et le genre sescuple; ou du moins, si cette association se produit, c'est en vue d'uii efTet exceptionnel et cherché. Mais le plus souvent, là mèiii» où la métrique apparente semble indiciuer un mélange de cette sorte, il est probable que dans l'exécution cett. diversité se ramenait à l'unité par des procédés qui nou échappent.
Un dernier trait à noter encore, c'est que le poète, ou
l'auteur des paroles, est en même temps l'auteur de la musique. Les poètes lyriques grecs sont à la fois poètes et compositeurs. Très souvent aussi, ils sont exécutants : ils chantent en s'accompagnant de la cithare. Si leurs poèmes doivent être accompagnés par la llûte, comme il est impossible de chanter à la fois et de jouer de la flûte, c'est le chant qu'ils se réservent, laissant l'instrument à un spécialiste, mais ils ont eux-mêmes composé l'air. De toutes façons, par conséquent, c'est le chant, c'est-à-dire la poésie, qui est à leurs yeux le principal; la musique n'est qu'un soutien pour la parole. Ils sont avant tout de grands artistes en parol(?s, et ils mettent dans les mots toute la beauté, toute la force expressive dont ils sont capables. C'est par là que les œuvres lyriques greccjues sont des œuvres littéraires de premier ordre, et que «luehiues-uns de ces poèmes chantés, comme ceux d'un Stésichore et d'un Pindare, étaient placés par les connaisseurs de l'antiquité presque au rang des chefs-d'œuvre d'Homère.
8. Le premier genre lyrique savant : le nome ; Olympes et Terpandre. — Une grande variété de genres lyriques apparaissent successivement durant les trois siècles environ que dure cette riche floraison poétique et musicale. Le premier de tous, au point de vue de la chronologie, c'est ce qu'on appelle le nome (vôjio;).
Le mot est de signification assez obscure, ou, du moins, assez vague : il paraît signifier proprement un «air», ce <jui ne veut pas dire grand'chose. Mais, en fait, il désigne historiijuement un certain genre de composition dont on peut déterminer les caractères principaux.
Le nome était un chant liturgique exécuté en l'honneur d'un dieu, par un chanteur uniciue, qui s'accompagnait luimême de la cithare. Il débutait probablement par une invocation ; puis venait un récit mythique emprunté à la légende du dieu ; enfin une prière qui terminait le poème. L'antiquité attribuait au Lesbien Terpandre l'honneur d'avoir
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porté le nome citliarédique à la perfection. Terpandrr. (lisait-on, avait élevé le nombre de ses parties de trois .i sept. Nous avons vu qu'il passait en outre pour avoir réformé la cithare en augmentant le nombre de sis cordes. Quelle que soit l'obscurité ou l'incertitude de c» ^ traditions, il est aisé devoir que l'œuvre de Terpandre avait consisté, dans l'opinion des anciens, à faire pour la pnmière fois du vieux nome traditionnel une œuvre d'art durable, et que son rôle avait été à la fois littéraire et musical. On faisait vivre Terpandre vers la lin du viir siècle «t le commencement du vu*. C'est le moment des grands progrès de la musique grecque. Le nome, éLiint exéculé par un seul chanteur, c'est-à-dire par un virtuose de profession, se trouvait évidemment appelé à profiter, avant les genri> plus populaires, des inventions nouvelles. Ajoutons <)ut' Lesbos, où avait abordé, disait-on, la léte d'Orphée, port» •• par les flots a(Tès sa mort, était désignée d'avance par sa situation géographique pour recueillir à la fois les vieill» traditions musicales de la Grèce propre et les pratiques d« l'Asie Mineure. On s'explique donc aisément la grande part attribuée par l'opinion de l'anticfuité au Lesbien Terpan<li'' dans la constitution définitive du lyrisme littéraire. Mai-^ les souvenirs laissés par son rôle et par son œuvre étaient vagues et confus, et il est impossible aujourd'hui de déni»'- 1er exactement quelle a pu être sa valeur comme poète. Quelques vers entièrement formés de syllabes longues, qui nous ont été conservés sous son nom, donnent l'idée d'un» poésie religieuse et grave ; mais on ne saurait en dégagci la personnalité littéraire de l'auteur, et l'authenticité mênien est douteuse ^
A côté du nome citharédique, les Grecs avaient gardé h' souvenir d'une autre espèce de nome qui était accompagnde la flûte, et dont on attribuait la création à un Phrygien
1. Fragments de Terpandre dans Bergk, Poetœ lyrici grœc t. 111, p. 1, et dans Hiller, Anthologia lyrica^ Teubner, p. 163«
.lu nom d'Ulympos. L'origine phrygienne d'Ulympos exprime i hiirenient que c'est de la Phrygic, la patrie du satyre Mar- >yas, (|ue vint en Grèce l'usage d'une musi.jue non indi- ::ène destinée à être exécutée par la flûte. Quant à la per- >onne même dOlynipos, elle est tout à fait inconnue. 11 est possible que ce nom no soit qu'une étiquette par laquelle on ait désigné plus tard tout un ensemble de vieux airs d'origine asiatique, exécutés par des joueurs de flûte, l'ialon parle encore de ces vieux airs et de leur charme très particulier, en homme qui les a entendus. On ne savait trop à quelle date rapporter le prétendu Olympos; quelifuefois <»n distinguait deux personnages du même nom, dont l'un aurait vécu avant Terpandre et l'autre après. Tout cela veut (lire que, dans la musique mise sons son nom. il y avait de \ieilles mélodies populain-s d'oriiiine probablement fort incienne et des nomes «le date évidemment plus récente, "Miiposés pour la flûte à limitation des nomes citharéiliquesde Terpandre. Olympos et son école n'auraient aucun litre à flgurer dans l'histoire de la littérature, si une information curieuse ne nous apprenaitque les nomes dits aulé- 'liques étaient composés en vers éléiriaques, «le sorte «{uc iK'Us sommes conduits à supposer que Tinvontion de ce in.tre, appelé à une si brillante lorlune, remonte à cette vieifle école de flûtistes gréco-phrygiens que l'on personnifiait sous le nom d'Olympos.
4. Les genres semi-lyriques : l'élégie et l'iambe. — Aj.rès I* nome, les genres lyri«pies qui sont arrivés les premiers • la perfection littéraire S4»nt l'élégie et l'iambe, c'est-à-dire »leux genres qui, à vrai dire, ne sont qu'à moitié lyriques, lyantune structure métrique presque aussi simple et aussi ijoite que celle du vers épique, et s'étant, par cette raison, lr»is vite détachés de tout accompagnement musical. Cet accompagnement, d'ailleurs, devait être fort simplet 'ju^iques notes destinées à soutenir la vnx du récitan» j»iut<M qu'un air proprement dit : rr qui tendrait à le faire
HISTOIRK DE LA LlTTÉRATURfc: liRECOUE
l.li-
croire, c'est la liberté de la structure métrique dans I. > ïambes et les vers élégiaques, où Ton voit sans cesse TiamlM i le spondée, le dactyle et le spondée mis l'un pour Tauii dans des vers successifs à des places correspondantes.
Le mot Faeyo;, dont l'origine est probablement asialiqu paraît avoir désigné d'abord une llCite de roseau. On l'api quait à une sorte de thrène ou lamentation funèbre accoi pagnée du jeu de la llùte. Le mètre élégiaque(£X£Y£rov,soiientendu «xiTpovj est un distique formé de deux hexamèli- -. dont le second (très improprement nommé pc/t/a/m'^/e) nu ferme deux < silences», au milieu et à la lin. Une suite .1.' disliques forme une élégie. Chacun de ces distiques «si comme une sorte de petite strophe d'un dessin très net, dr.iii la brièveté un peu monotone convenait bien à l'expression delà rétlexion, et de la réflexion triste en particulier. On i vu plus haut que le nome aulédique en lit usage. Dès !<■ Vil*' siècle, nous trouvons ce rythme employé j>our tradui. toutes sortes de méditations ou réllexions personuelld'un caractère surtout énergique, à égale distance dr l\ noblesse épique et de la familiarité vive ou moijueusr '!• liambe. L'élégie s'exécute surtout dans les festins; elle .-i tour à tour une causerie sérieuse, une exhortation, uin' conlidence émue, mais d'un tour général. Elle excell»' a enfermer dans la précision de son mètre des maxinimorales d'un relief vigoureux. De très bonne heure, • il» s'allranchit de la musiiiue : la netteté du vers lui sullit. n la récite et on la lit.
L'iambe, comme genre littéraire, est à peu près cont» tiporain de l'élégie. Par ses origines, il se rattache probal! ment au culte de Déméter. L'hymne homérique à Déi.i' ter raconte que la déesse, cherchant sa lille, vint àEleii là, elle se consumait dans la douleur, quand une servii't' du nom d'Iambé la lit rire par ses plaisanteries, ce <\w valut plus tard à lambé l'honneur d'avoir une place dans la lirtugie des mystères. L'étymologie du mot VauCo; <i ou