‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 39 sur 264 · Pindarp. 01. X, 1, et Ip acoliaslf · texte numérisé non relu

Pindarp. 01. X, 1, et Ip acoliaslf

mulée. Le patriotisme, d'ailleurs, n'était nullement intéressé dans l'afTaire, qui se passait en Thrace, entre mercenaires et barbares.

Le grand titre de gloire d'Archiloque, c'étaient ses iambes, d'abord sous les deux formes principales du Irimètre iamhique et du tétramètre trochaïque. ensuite associés avec d'autres mètres dans les épodes. Il est jirobable que la plujiart de ces poèmes, comme les élégies, furent d'abord chantés dans des festins. II y touchait à tout et à tous avec une liberté de paroles, une verve, une force de style admirables. Le danger auquel s'exposent les satiriques, c'est d'être tendus et monotones. Archiloque est toujours naturel, et prend tous les tons : s'il descend parfois Jusqu'à la grossièreté la plus impudente, il s'élève aussi Jusqu'aux plus nobles idées morales; il est tour à tour véhément, gracieux, ironique; il blesse à mort ou il égratigne; il est terrible et charmant; et toujours avec une variété de tons, une abondance d'images, une vivacité de style qui font songer à la verve d'Aristophane.

Il disait de Néobulé, avec une grâce pittoresque :

Klle aimait à se parer d'une branche de myrte ou d'une belle fleiir de rosier, et sa chevehire ombrageait ses épaules et son dos.

Kn deux mots, il exprime toute la force de son amour :

Misérable, consumé de désirs, je suis sans vie ; la cruauté des (lieux me perce d'atroces douleurs, jusque dans la moelle de mes os.

Après avoir fait de Lycambès un objet de risée, il le pourvut de sarcasmes cruels :

Vénérable Lycambès, quelle idée as-tu donc là? qui t'a dérangé i esprit? Tu avais pourtant de la raison : maintenant, par toute la ■il le, tu fais rire de toi. •

l't ailleurs, que de vives descriptions qui font voir les choses! 11 disait de l'àpre et montagneuse Thasos, où il ?i avait trouvé que déception :

HlSTfURE DE I.A LITTÉR ATI HE (.RECQUi:

L ELEGIE ET L lAMBE

Elle se dresse comme l'échiné d'un âne, avec des bois sauvai s en couronne.

Voici maintenani un morreau tout ditféront, d'une inpiration morale énergique, raisonnable, malien* l'aposlropli ■ passionnée du début :

Oh! mon âme, mon âme, triste jouet de maux sans nonilti. reb''ve-toi. rrsislc eu face aux mtM^hants, et au milieu des pièL'' ennemis qui t'environnent, rrste ferme : victorieuse, n'rtale p.i t<m trionq)he: vaincue, ne t'enferme pas dans une liumilit«' ^'émisante; ipie ta joie dans le bonheur, que ta colère dans le malhem soient modérées; songe à la mouvante incertitude des chos< . humaines.

Ailleurs, Arcliiloque se montre capable de piété : <« Hemels, dit-il, toutes choses aux dieux. >» Il se montre même capabi de générosité. Lui qui écrivait : « Je possède un grand ni i quand on me blesse, je rends de cruelles blessures», — Im qui a faut attaqué les vivants, il veut pourtant (ju'rai Tasgrâce aux morts : « Il n'est pas bien de lancer Tinsulle à un homme qui n'est plus. " Ce dernier trait complète curieusement l'image de cette riche et vivante nature.

4. Simonide d'Amorgos. — Simonide, né à Samos, ni.ndevenu citoyen d'Amorgos, fut contemporain d'Archibupi et peut-être même plus âgé que lui, s'il est vrai qu'il ait é|. . comme le dit Suidas, le chef de l'émigration samienne (|iii colonisa Amorgos, et si cet événement doitse placer, comni on l'admet, en 603. Mais toute cette chronologie est fort don teuse. La poésie de Simonide d'Amorgos est certainemen' postérieure à celle d'Archilojjue, dont elle dérive, et peuiêtre est-elle postérieure d'un siècle. Elle n'est d'ailleurs qu de second ordre. S'il avait fait, comme on le rapporte, ilélégies, nous n'en connaissons rien. Ce qui signale aujou d'hui son nom, ce sont surtout deux pièces iambiques ass^ / importantes : l'une, de vingt-quatre vers, sur la condili» i .misérable de l'homme; l'autre, de cent dix-huit vers, sm les femmes.

Le premier de ces deux morceaux, cjui est une sorte dépitre adressée à un ami inconnu, ne manque pas délé- :.Muce, sans être d'ailleurs très original. Ce qu'il a peut-être (le plus intéressant, c'est son caractère ]»hilosophique et général, si différent de la vivacité agressive d'Archiloque, et qui dénote évidemment une nouvelle étape dans l'évolution de la poésie iam bique.

Le célèbre poème sur les femmes, bien qu'il soit d'inspi- I al ion satirique, a cependant cette ressemblance avec le précédent qu'on n'y tmuve point non plus «l'attaques personnelles. La pensée est généiale. Simonide s'amuse à prendre dix types de femmes et à les expliquer par une généalogie animale : l'une vient du porc, l'autre du chien, l'autre du singe, l'autre de labeille. On reconnaît là l'idée fondamentale de la fable ésopijjue. Le poème de Simonide eut certainement beaucoup de succès, puis(ju'il est arrivé jusqu'à nous. La nouveauté de cette forme de satire explique sa fortune dans ranti(|uité. Elle ne saurait charmer autant le lecteur moderne. Cette poésie, d'inspiration morose, manque souvent de délicatesse et de belle humeur ; la plaisanterie, eu se prolongeant, parait lourde. Le style n'est pas >ans élégance, mais il a queNjuc chose de sec et de prosaïque ♦.

5. Tyrtée. — Avec Tyrtée, nous revenons à l'élégie guerrière de Callinos, au moins pour la plus grande part de son œuvre.

La vie de Tyrtée, obscurcie par des légendes, est mal connue. On racontait que les Lacédémoniens, pendant la seconde guerre deMessénie, avaient demandé à l'oracle de Delphes le moyen de remédier à la mauvaise fortune qui poursuivait toutes leurs entreprises. Sur le conseil de l'oracle, ils prièrent les Athéniens de leur donner un chef. Ceux-ci, par dérision, leur envoyèrent un maître d'école

1- Lucien {PaoudnI.. 2) rapport^ «pie Sinioni<l(^ avait aussi cnnipos»'* des .((ires porsonnelles ; imusi n'en connaissons altsoliuiienl rien.

boiteux, appelé Tyrtée. Mais ce maître d'école, à la grandsurprise des Athéniens, sut relever parsesélé^'ies le courai: de Sparte et lui rendre la victoire. Il n'est pas difficile d, reconnaître dans certains traits de ce récit une boufloii nerie de poète comique, analoi,Mie aux inventions p.n lesquelles Aristophane explitjue l'origine de la guerre «lu Péloponnèse. Ce qui est vraisemblable, parce que c'est conforme à Tusage de Sparte en ces temps anciens, et «pi. certains vers de Tyrtée lui-même semblent y faire allusion c'est qu'un oracle, en effet, avait conseillé aux Sparlialr> d'appeler du dehors un poète qui mit fin à leurs discord»- (c'est ce qu'on rapporte aussi de Terpandre etdeThalélas . et que l'Athénien Tyrtée, devenu Sparlialo par adoption, joua dans sa nouvelle patrie le rôle d'un pacilicaleui d'abord, et ensuite d'un excitateur du courage militaire. Quant à la date de ces événements, elle est donnée d'uih manière approximative par celle de la seconde guerre d» Messénie, qu'on place le [»Ius généralement vers 6io-()2S.

Les poèmes de Tyrtée étaient de deux sortes : d'une part. des chants de guerre appelés i;AeaTr;v.a ; dé l'autre, des élé-j.

Les stACarrlpta étaient non pas des « marches •>, mais d<- «airs pour charger l'ennemi... Les Lacédémonien^ marchaient à l'ennemi au son de la llùte. Le rythme d.âjiCaTTJp'.a de Tyrtée était l'anapeste, à l'allure énergique • ' vive. Ils étaient écrits en dorien, et non en ionien comm lesélégies. Ce dorien était d'ailleurs, comme pres([ue ton jours dans les œuvres d'un caractère littéraire, un dialr( f artificiel, composite, assez éloigné du parler vulgaire. 1 fragment de six vers, le plus long «|ui nous en reste, •une sorte de u marseillaise » dont le patriotisme est toi animé du triple orgueil de la race, de la caste politique • des traditions militaires :

Allez, enfants de Sparte féconde en hommes, jeunesse cilo yeiiii' .couvrez votre gauche du bouclier, lancez le trait avec audace, n épargnez pas votre vie : car ce n'est pas l'usage à Sparte.

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