L ELEGIE ET L ÏAMBE
Les élégies comprenaient d'abord un poème appelé Eunomie^ ensuite une série de pièces réunies sous le nom ({'Exhortations ( 'l*;:o6fjxai).
VEunomiej comme son nom l'indique, était consacrée à l'éloge du bon ordre et de la loi, ébranlés à Sparte par les inaux de la guerre. 11 nous en reste une trentaine de vers «lui laissent encore saisir quelques-uns des traits essentiels du poème : —d'abord, la noble inspiration du poète, qui, pour réconcilier les dmes, les arrache aux discussions présentes et les force de s'unir dans la vénération du passé : c'est Zeus et Apollon qui ont fait Sparte; des rois vaillants et sages l'ont conservée ; il faut respecten l'œuvre des dieux et des ancêtres; — ensuite l'air homérique du style, particulièrement convenable à ces antiques souvenirs.
Les Exhortations nous sont mieux connues, grdce à de longues citations de l'orateur Lycurgue et de Stobée, qui nous en ont conservé trois morceaux, de trente ou quarante verschacun. Ici, peu oup»)intde mythes; nul retour sur le passé; rien qu'un appel véhément à la vertu, avec des tableaux énergiijues du sort réservé soit au brave, soit au iiiche. C'est le contraste entre la bravoure et la lâcheté qui est le motif essentiel de cesmoiceaux et qui en détermine la composition. Tout cela est d'un art très simple. Le style aussi est dune simplicité ilroite et franche. On y trouve d'assez nombreux souvenirs homériques, mais peu de ligures de mots, peu d'efforts pour varier le style ou lui donner de l'éclat. Les mêmes locutions se répètent avec naïveté et abandon : trois vers en une page se termi-nent par £v :zpo^xyoi<3\ ;:£io>v OU iv T,pQ[xi/ry.T. -êjo'vra. Ce qui fait la beauté de ces morceaux, c'est l'accent moral et civique beaucoup plus que l'art proprement dit. On y sent unedme héroïquement croyante à la cité, un cœur ardent de soldat citoyen ; r<irae même de Sparte respire dans ces vers. En outre, l'imagination du poète sait voir et nous montrer, dans la vérité vive, familière, de leur attitude, le brave et le
HISTOIKE DE LA LITTÉRATURE tlRKCnLK
l'élégie et L*IAMBE
lâche, le bon liopiile « bien campé sur ses jarrets, riv»'- .m sol, mordant sa lèvre ", et le misérable vaincu, «lépouillé «t. tout, déshonon', vagabond el mendiant. On comprend «jim Sparte ait conlinué longtemps de chanter «es nobles vei . qu'Athènes elle-mrme, au temps de Socrate etde Xénoplion. les fit apprendre par cœur à la jeunesse, et «jue roratem Lycurgue, voulant évoquer l'idée la plus pure du courat:< . les ait cités.
6. Mimnerme. — L'élégie se plie à tous lessentimenlsri i tous les tons. Après Tyrtée, voici Mimnerme; après le rutl patriotisme de Sparte, le scepticisme voluptueux et mélan colique de Tlonie.
Mimnerme était de ilolophon. Il vivait dans la secouil»' moitié du vi° siècle. Il était presque aussi célèbre, senibjrt-il, comme joueur de lliito que comme [»oète.
Les sujt'ts traités dans ses élégies étaient de dilîérenlrs sortes. Pausanias parle d'un de ses poèmes consacré à la guerre de Sniyrne contre <iygès, roi de Lydie. Ln do fragments qui nous restent décrit un chef de guerre lydien. Ailleurs, il parlait des origines de Smyrne etde Colophon. Mais le sujet qu'il préférait entre tous, et auqu<d il rrv. nait toujours, c'était assurément la printurr d»* sespinpi' sentiments, l'expression de ses amours etde sa inélancolir L'originalité de Mimnerme est d'avoir donné les premins modèles de Télégie amoureuse. La joueuse de flûte Nanii , qu'il avait aimée, tigurait probablement dans nombre < ses vers ; car il semble que le recueil de ses poésies ait • désigné d'assez bonne heure par le nom même de ceti femme. Nous ne savons plus comment cet amour avait • ' exprimé par le poète. Ce que nous voyons dans les luments de Mimnerme, c'est moins limage d'une passion i»aiticulière que l'éloge de l'amour en général, du plaisir et <!<■ la jeunesse.
Quelle vie. quel bonheur sans l.-i brillante Aphrodite? Puisst ■' mourir avant de perdre le souci de ces douces choses. serr« f -
amours, aimables présents, belles fleurs de la jeunesse... Quand arrive la vieillesse douloureuse, qui confond la laideur et la beauté, Thonime est déchiré de cruels soucis: les rayons du soleil n'égaient plus son regard; tes enfants le haïssent, les femmes le méprisent; tant les dieux ont fait la vieillesse misérable!
Joie d'être jeune, horreur de vieillir, voihà la double idée qui inspire à Mimnerme ses accents les plus pénétrants. Mieux vaut mourir que vieillir, répMe-t-il sans cesse. En somme, ces vers sont tristes. La crainte de l'avenir y tient autant de place que la joie du bonheur présent; le sentimont de la fragilité humaine les remplit d'une mélancolie profonde :
Pour nous, pareils aux feuilles que pousse la saison fleurie du printemps sous les rayons fécondants du soleil, pendant un instant fugitif nous jouissons de la fleur de notre jeunesse, condamnés par les dieux à ne connaître ni notre bien ni notre mal ; «t les noires destinées nous environnent. Tune amenant la faible vieillesse, l'autre la mort. Le fruit de la jeunesse est éphémère; il dure autant <|ue la clarté du soleil. Une fois ce terme dépassé, la vie devient pire que la mort.
Poète du plaisir, mais proforidément intelligent, Mimnerme a touché le fond de la sensation, et il a trouvé ce fond médiocre. C'est son originalité de l'avoir dit pour la première fois, en des vers d'une grâce douloureuse que la iin'ce n'a plus oubliés.