‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 41 sur 264 · Solon. — Solon est le plus ancien des poètes vraiment · texte numérisé non relu

Solon. — Solon est le plus ancien des poètes vraiment

alliques : car s'il est vrai que Tyrtée fût Athénien de naissance, Kl poésie du moins était Spartiate. Avec Solon, c'est l'esprit même d'Athènes qui apparaît dans la littérature, et tout de suite avec ses traits essentiels: équilibre harmonieux de tout 1 être, où l'ùme et le corps vivent en bonne intelligence, où limagination brillante, la finesse avisée et la ferme raison s'allient à une volonté forte ; où les grâces de l'Ionie et la vjgueur de Sparte se combinent dans une justesse naturelle, aisée, pondérée, qui pense bien et dit bien, sans

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elîort comme sans mollesse. I.a vie de Selon et sa poésie >.> tiennent par des liens étroits : celle-ci est sans cessr 1^ reflet de celle-là, et toutes deux sont le produit dr Li même ûme. Aussi, sans étudier dans le détail le rùle politique de rhonime d'Etat, il est nécessaire d'en rappeler cararfère izénéral, pour mieux comprendre les vers

poêle.

SdIou, tils tl'Kxék^'stidr, n.u|uit vers OU). 11 a|»part«'naii à riiut'desplus iilusIn'sfniuillosd'Alhrut'S, celle desCodri»! Maluré sa noblesse, il Sf trouva tlabonl pauvre, son p. i. s'étant ruiné. Solon,pour rétablir sa fortune, se mit à liin' du rommerce ; il voyaiie;i, senricbit çt rentra dans Athéu avec l'oxpéricncedes hommes et des aflaires, ayant d'ailbniv l'ail preuve d'un espril liiuv d»' préjuijés, dune aciivii' hardie ri prudente. (Juand il revint vers 610), Alhm v était dans un élat lamentable : au dedans, les discoi-.l.s profondes, une aristocratie à la fois tyrannique et impi. lisante, un peuple écrasé de dettes, des campagnes dép. uplées par rémigration, un malaise moral et relii^ieux . i . par le remords des violences parfois sacrilèges (comnit k meurtre de (^ybm où les luttes civiles avaient conduit partis; au dehors, une faiblesse telle que l île de SalamiM-, en vue du Pirée, était devenue la proie des Méuarirn^ r\ qu'Athènes semblait désespérer d'y rentrer Jamais. S. n entreprit de guérir la cité. Il réchauffa d'abord, par vers, le patriotisme cl la c<uitlancr, et reconquit Salauiin'. Il lit ensuite venir le Cretois Kpiménide, sorte de propli- • . véritable médecin des âmes, qui, par des purilicatious. i blit la paix religieuse. Hestait la querelle des riches .1 pauvres. Solon, estimé de tous, honoré des uns pince, il était riche et des autres parce qu'il était honnête I' 'itarque , était comme désigné par son mérite pour >♦ n d'arbitre entre les deux [Uirtis. En o04, ses concitoyen • !•• nommèrent archonte, avec de pleins pouvoirs pour réM' la question des dettes. A force d'équité hardie, il réi; -'•

dans cette tâche difficile, malgré la surprise et le méconlentement des intransigeants de l'un et l'autre partis. Après une courte période de résistance, on lui rendit pleine justice, et de nouveaux pouvoirs lui furent conférés pour appliquer les grandes qualités dont il venait de faire preuve .1 la réfection de toutes les lois. Il donna à Athènes une «uMstitulion politique: il petit la législation privée. Tonte M.n u'uvre était pénétrée d'nn même esi)rit de raison lumineuse et de douceur intelligente. Apiès la [U'omulgalioa de -es lois, Solon, dit-on, quitta de nouveau sa patrie et lit .le lointains voyages, probablement en Asie et en Egypte. I.a légende le mettait en relation avec Crésus. Puis il revint à Athènes et vécut jusque sous la tyrannie de Pisistrate, •outre laquelle il avait essayé vainement démettre en garde -es concitoyens.

La poésie de Solon devait être l'écho lidèle de sa vie, et le ' ommenlaire poéticjue, pour ainsi dire, de son œuvre. Nous n'en possédons plus que deux cent cinquante vers environ; mais on peut suivre encore dans ces fragments (dont <|uelques-uns, [lar bonheur, sont assez étendus i les principales phases de son activité et les nobles préoccupations 'le son dme. Tous ces vers, sauf quatre qui proviennent 'l une chanson, appartiennent au genre élégiaque ou au uenre iambicfue. Les ïambes sont peut-être d'un tour un peu plus vif, plus personnel, plus familier; les vers éléuiaques, d'une inspiration plus générale. Mais la dilTérence -I légère : ce «lu'on retrouve dans les uns comme dans I s autres, c'est d'abord l'âme même de Solon, si religieuse ' ^i humaine, hautement morale, sérieuse sans pédan- 'Mue. d'une gravité douce, d'une noblesse aimable et pariil'Muent naturelle; ensuite, son grand talent de poète, 'Il imagination tantôt vive et tantôt magnilique, son style 'Uple, élégant, qui sait tout dire avec mesure et avec •-'•.'ire.

?.'i poème sur Salamine était sans doute un des plus

anciens. Plularque en vante l'élf^pance achevée. Il compi. nait cent vers, sur lesquels huit seulement nous restent. Et cependant, grâce au récit de Plutaniur, nous pouv^.u. encore nous représenter la sc^Mie. Solon était arrivé >'ii l'agora en voyageur, la tète couverted'un chapeau de feiili La foule accourut. Il prit place alors sur la pierre où tenait d'habitude le héraut; puis il commen(;a :

Je suis le héraut (pii viens de l'aimable Salamine ; en guisr le discours, voici des vers et des chants ".

Peu à peu, la gaîté ingénieuse faisait place à l'éloquen Après le tableau, sans doute, de Tindifférence coupai ld'Athènes et de sa honte future, il s'écriait :

Puissé-je alors, changeant de patrie, être citoyen de Ph.l gandros ou de Sikinos! Car cette parole volera de bouche m bouche : celui-ci est un homme d'Athènes, un des déserteur^ !.• Salamine.

Et l'élégie finissait par ce cri belliqueux :

En avant! à Salamine! Combattons pour l'Ile charmante -t chassons la honte loin d'ici.

Certains vers, sans doute, rappelaient Tyrlée, mais i v avait dans l'ensemble une vivacité légère et une variét. I. ton vraiment attiques.

Plusieurs élégies de Solon se rapportaient aux mi>' ^ qui avaient précédé ses réformes. C'étaientdes Exhortai »^ ('rnoOf/.a.), et c'est par ce titre que Suidas les design.». 1 H long morceau de ces Exhortations (quarante vers, peut-Hv une élégie entière) a été conservé par Démosthène, qi v trouvait une admirable peinture des maux causés dan^ - États par les mauvais citoyens.

Le début présente une très belle image :

1. ou peut-être, plutôt : - Des vers etldes chants, voilà uia mar.- an. dise. . vkWov i^i^^^r. .'àv.' àTo,..; Oi^cvo;). Le heraut dont 1 lest .c -, lion semble être le crieur qui vend les mjirchandises dans 1 iT.fa.

l'élégie et l'iamiu:

Notre patrie n'a rien à craindre ni de la volonté de Zeus ni des pensées des bienheureux immortels. La déesse au grand cœur veille sur elle ; la fdie d'un père tout-puissant, Pallas Athéné. . Icud son bras sur la cité.

Les maux d'Athènes viennent non des dieux, mais des iMimmes. Les chefs du peuple, les nobles, sont dévorés par lainour insatiable des lichesses, et ne reculent pas devant l'injustice pour les acquérir. Le poète parle avec une fran- « liise implacable, mais il n'y a dans celte franchise aucune violence, aucune amertume (|u*on puisse soupçonner dune arrière-pensée personnelle.

r/est au nom de la vérité, du droit, du salut de la patrie, au nom de la justice divine anssi, que Solon s'exprime de la sorte: c'est un sage qui parle, un homme pieux et pâli iote, non un homme de [tarti. La lin est d'une grande beauté:

Tels sont les enseignements que mon c«eur m'ordonne de faire entendre aux Athéniens. Le mépris de la loi couvre de maux la cil»'. Quand la loi règne, elle remet partout l'ordre et l'harmonie. el elle enchaîne les méchants. Elle aplanit ce qui est rude, floiitTe l'orgueil, éteint la violence et sèche la calamité dans sa lleur naissante. Elle redresse les voies obliques, adoucit les œuvres de l'orgueil et réprime celles de la sédition. Elle maîtrise la fureur de la discorde douloureuse et, par elle, tout devient, parmi les hommes, harmonieux et raisonnable.

In admirable morceau iambicjue, conservé notamment par Aristote dans sa Constitution d' Athènes, se rapporte aux l'i^ de Solon sur les dettes. Les bornes hypothécaires qui marquaient l'asservissement du sol ont disparu. Les émi- ::iés sont rentrés. De là de grandes Joies et de grandes ' 'lères. Solon, par une inspiration sublime, invoque en '•'uioignage la Terre elle-même, l'auguste déesse :

Klle m'en rendra bon témoignage devant le siège de la Justice, l<i grande mère des dieux olympiens, la Terre noire, de laquelle j ti naguère enlevé les bornes, plantées de tous côtés, et qui, esiiave auparavant, est maintenant hbre. J'ai ramené dans

HISTOIKE UE LA LITTÊRATUKE GRECQUE

lE ET L [AMHE

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Athènes, dans leur patrie fondée par les dieux, bien des Atln niens qui avaient et»' vendus, oelui-ri illéf,'alement, celui-là. su vaut la loi: les uns, amenés par la nécessité à parler un vi n langa^'e d'oracles», ne connaissant plus la langue attique. mi hommes qui «»nt longtemps erré par le monde: les autres, subisant ici même une honteuse servitude, tremblants devant leurmaîtres, je les ai faits libres. Voilà ce que. par ma puissan. . mettant ensemble la force et la justice, j'ai accompli, et com ment jai tenu ce «pie j'avais promis. J'ai écrit des lois égal' pour le misérable et pour Thonnèle homme, réglant pour t(ni> une justice bien droite. In autre que moi. un homme méch.int et cupide, s'il avait pris en main l'aiguillon, n'aurait pas m.un tenu le peuple : si j'avais voulu faire ce que demandaient ahu mes adversaires... {auil unvers tnuUlé), la ville aurait été pri\(i de bien des hommes: mais j'ai fait tète de tous côtés, comme un loup au milieu des chiens.

Celles des élégies de Soloii qu'on peut ai>peler par excellence (les poèmes niurau.v nous sont connues d'abonl par d'assez nombreux fragments, et surtout par un ni<>i ceau de soixante-seize vers, qui formait probablement nii< élégie entière : il nous a été conservé par Stobée. — I poète commence par une invocation aux Muses. Solun Ifui demande le bonheur, la gloire et la rich»^sse, mais accon pagnes de lajustice. Sinon, la calamité fatale atr,), la n.i sère envoyée par les dieux, né tarde pas à survenir :

Elle commence petitement, comme le feu : «l'abord, ce u* -f rien; à la fin. c'est un grand mal. Les œuvres de la violence lusauraient durer. Zeus voit le terme de toutes choses. Comme ' i brise printanière, tout d'un coup, dissipe les nuages, et, ny avoir ébranlé les tlots de la mer inféconde, ravageant les rie' -^ campagnes de la terre nourricière, remonte soudain vers la hai ' demeure des dieux, vers le ciel escarpé, et rend aux regards hl'homme la splendeur éthérée: — alors la force du soleil rép. 'i sur la terre grasse ses beaux rayons éclatants et toutes les nu * ont disparu : — ainsi se manifeste la vengeance de Zeus.

Elle n'a pas les vaines impatiences de l'homme (-y ■ mère. Si elle n'atteint pas le coupable en personne, ell- • • frappe dans ses enfants; mais toujours elle arrive {f}.M

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