‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 42 sur 264 · Dans Aristotc : u Chassés par la dure néces^sité · texte numérisé non relu

Dans Aristotc : u Chassés par la dure néces^sité

nâvifo; auOi;). — Le poète trace alors un large tableau des iiiiilliples occupations par où l'humanité cherche à atteindre lu richesse. Mais, quoi que Thommo fasse, il est dans la main des dieux.

D'autres élégies, dont il nous reste seulement quelques vers, chantaient le plaisir sous toutes les formes, et parfois avec une liberté de langage [dus antique ijue moderne. Car Solon n'est pas un ascète : c'esl un tirée du vi' siècle, qui range le plaisir parmi les dons des dieux et ([ui ne demande à la natuie humaine que de suivre ses penchants avic mesure et avec raison. Jusque dans sa vieillesse, selon IMiitarque, il é<rivait encore :

J aime maintenant lestravaux dAi)hroditeet ceux de Dionysos, il ceux des Muses, sources de dt-lices pour les hommes.

Ailleuis, il s'adressait à Minineriiie, et il blâmait doucehicut le vieux maitre de l'élégie d'avoir voulu mourir à soixante ans ; il le pressait de corriger son vers et de dire :

l'uisse la Pan|ue de la mort m'atteindre à quatre-vingts M\>\ " Solon devait étrr alors un vieillard aimable et souriant, (^esl le temps sans doute où il écrivait aussi : « Je \i<illis en appienant chaque jour quelque chose. » Toujours l.i même raison active et curieuse, la même philosophie l'"ndérée, ennemie du désespoir connue de l'injustice, et lidMement attachée à la sagesse.

Les Crées firent de S«don un d«'s Sept images, c'est-à-dire Itiii (b's maîtres par excidlence de la morale et de la vie pratique telle que la i\vevi''. les comprenait. Aucun ne pou- \iiil peis<>nnilier plus justemenl que lui réquilil)re de I .ime, l'alliance du bien faire t;t du bien dire dans la sérénité d'une nature aussi heureusement douée pour l'activilé j)olitique que pour les œuvi'es paciliqnes et exquises de la poésie.

8. Théognis. — Théoirnis de Mégare est tout difl'érent. L'élégie grecque est vraiment pleine de contrastes. Tandis

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IILSTOIRK DE LA LITTÉRATURE GREUjLE

l'élégie et l'ïambe

que la poésie de Solon était harmonieuse et sereine, reW ■ de Théognis est Apre et passionnée. Tous deux ont véru au milieu des discordes civiles; mais, tandis <jue l'un, pu la hauteur hieiiveillante de sa pensée, s'élève au-dessus d'elles comme un arbitre, Taulre s'y enj^agedo toute s(»ii âme, donne et reçoit des blessures, ressent des hairn > vigoureuses. L'un aime à se réfugier dans une piété « .-ii liante et oplimisto ; l'autre s'irrite contre les dieux, ou <lu moins s'étonne amèrement de ne pas mieux «omprcmh. leur justice.

Théognis a dû vivre vers le milieu et <lans la secon«l" moitié du VI • siècle'. Mégare,sa patrie, était alors en prni. aux luttes violentes de l'aristocratie et de la démocratie Théognis élait noble. Il aviison parli dominant, puis vainc i. Il a soufTert l'exil, la pauvreté. 11 rentra peut-èlre à Még.nv à la lin de sa vie.

C'est au milieu de ces agitations qu'il composa ses élégies. Beaucoup, semble-t-il, étaient adressées à des amis doni les noms se retrouvent dans les fragments qui nous «m restent: l'élégie a eu de bonne heure une tendance à de\ nir une forme d'épiire. Les plus nombreuses étaient adr» sées à un jeune noble, Kyrnos, lils de Polypaos, i>areiii peut-être de Théognis. Le poète s'autorisait de son exp«rience personnelle et de la .supériorité de son âge pour donner des conseils à son jeune ami. Il lui enseignait la vie, i peu près comme Hésiode avait fait envers son frère Persès dans les Travaux et les Jours. De là un caractère didactiqu' et gnomique, une abondance de sentences morales, (pu donnait à Théognis une physionomie particulière. Quaui les Ahéniens eurent l'idée de fonder l'éducation de la jeu nesse sur la lecture des poètes, le recueil de Théognis >• trouva naturellement désigné à leur choix parce caractère. Il fallait seulement isoler les sentences générales d'un

1. Indications dans Suidas (eio-vn) elsaiutJéiAnie [Chron., OI. 59, 1 très discutées par les modernes.

ontexte qui semblait, à ce point de vue pédagogique, ou iiuitile, ou même fAclieux. On en lit donc des extraits, et . rsl ainsi qu'il est arrivé jusqu'à nous à la fois plus de Mis de Théognis que d'aucun autre éléiiiaque, et des vers plus morcelés. .Nous en j}ossédons environ quatorze cents. itn romprend d'ailleurs que la destination scolaire et prali(|ue du lecueil, non moins que son état fragmentaire, appelait, pour ainsi dire, l'intrusion de morceaux étrangers ; !♦■> rapprochements, les compjuaisons se glissaient natui. Ijcuient au milieu des vers de Théognis, dont le nom, peu .1 [Mil, devenait celui d'une sort*' d'anthologie élégiaque. Oiielques-uns de ces vers étrangers à Théognis sont encore aujouid'hui faciles à reconuaîtie ; |dusieurs même peuvent èlre restitués à leurs auteurs véritables; d'autres sont ^"iilement suspects. En somme, si l'on retranche du total un» soixantaine devers certainement apocryphes et si l'on admet que la grande majorité des autres est authentique, • •n ii'ii guère de chance de se trompei'. En usant de prudence, en s'attachant surtout aux f)assages qui sont garantis par le nom de Kyrnos ou par le tour très original de la jtensée, on peut se (aire une idée suffisamment exacte de la poésie de Théognis.

Le fond de son enseignement à Kyrnos, c'est celui même qu'il a reçu de la tradition. Il ne veut pas innover, et ne se croit pas novateur le moins du monde.

Ce que j'ai moi-même appris des honnêtes gens dans mon f'iifance, voilà, Kyrnos, la sagesse que je t'enseignerai.

Et en elfet, il lui prêche la vieille morale grecque, la piété envers les dieux, le respect des parents, la modéralion qui fuit l'orgueil et s'abstient de toute violence. Dans tout cela, rien qui distingue profondément Théognis des cintres moralistes grecs.

Mais voici où l'originalité de sa nature et de sa verve va se montrer. C'est quand, passant du précepte abstrait et

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l'élégie et l'ïambe

Iraditionnel à la contemplation directe de ce qui est, i reroit, dans sa sensibilité douloureuse, le choc du réel, . laisse éclater le cri de sa passion exaspérée.

La vie est pleine de maux. A Mégare, en particulier, ell est odieuse. La plèbe est un lâche troupeau, digne mépris et de haine :

Frappe du talon la plèbe imbécile, pi<pie-la de la pointe !. rai-riiillon, mets-lui sur la tête un joug pesant : car tu ne Inm veras nulle part, entre tous les hommes qui regardent le sol. il. un peuple aussi ami de la servitude '.

L\iristocratie, d'ailleurs, par sa faiblesse pour rargml. encourage la confusion des classes et le désordre génér.il :

Quand nous cherchons un bélier, un àne ou un cheviil. • Kyrnos, nous tenons à la race et nous voulons des ctaLu^ illustres. Mais quand il s'agit d'un mariage, un homme de boni, souche épouse une vilaine, fille de vilain, si elle lui ap|H ' beaucoup d'argent... La richesse confond les races. A|>rès e ô Kyrnos, ne félonne plus si le peuple des Mégariens déclin bons cl mauvais, tout est péle-mèle -'.

L'arizent rèi;ne et corrompt tout. La fortune élanl li grande affaire, l'homme qui est pauvre n'a plus ni n;ii-sance, ni vertu, ni beauté ; il est méprisé. Le poète ne Inii pas sur ce sujet de la pauvnqé. U parle là d'un mal quil i connu par expérience. Ce qu'il reproche à la pauvreté. n'est pas seulement la somme de soutTrances physiqn qu'elle apporte, mais c'est qu'elle brise la lierté de l'homin' et le rend esclave:

Plus que tout le reste, ù Kyrnos, la pauvreté brise Ihonn i«' honune : plus que la vieillesse chenue, plus que la fièvre. !'■ i' la fuir, ne crains pas, ô Kyrnos, de te précipiter dans la n r profonde ou dans des gouHVes abrupts... Mieux vaut m.M.rir quand on est pauvre que de laisser ronger sa vie par IMH.nn I'' misère •'.

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rl.i.

\. Vers 846 hVJ.

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