Fragm. 91 (d'après le texte de Bergk
A ton char étaient attelés de beaux pnssereaux rapides, et, audessus de la terre obscure, leurs ailes battaient l'air à coups pressés, t entraînant du ciel à travers l'espace éthéré.
Ils arrivèrent aussitôt. Et toi, ô bienheureuse, souriant de tes lèvres immortelles, tu me demandais ce que j'avais, et pourquoi je t'appelais.
Et quels vœux formait mon cœur en délire : « Qui veux-tu j:aj:ner à ton amour? (|ui te fait souflVir, ma Sappho?
Celle qui te fuit, bientôt te cherchera: elle refuse tes présents, elle t'en donnera ; si elle ne t'aime pas, elle t'aimera bientôt, inéiiie malfçré elle ' . »
Viens donc aujourd'hui encore ; tire-moi de mes durs soucis; accomplis les souhaits de nion cœur, et accours toi-même à mon aide'^
Sappho fut très goûtée des Alexandrins, en particulier •le Théocrite, qui l'imita parfois. Cette naïveté spirituelle et un peu voulue, cette sobriété élégante et forte sont en effet des qualités que les ép(M|ues très raffinées prisent Iteaucoup. Il y a pourtant chez elle plus de naïveté vraie, plus de simplicité «lue chez ses imitateurs, et c'est ce qui l'ait son charme unique^.
6. Ânacréon. — l.e véritable successeur des poètes leshiens est l'Ionion Anacréon. Lui aussi est un chantre de l'amour, mais avec une éléiiance plus mondaine, et chez qui l'esprit supplée parfois à la passion.
Né à Téos, vers le milieu du vi« siècle, il passa une parlie de sa vie à Samos, auprès du tyran Polycrate; une autre, à Athènes, auprès dllipparque, fils de Pisistrate. Après la mort d'Hipparque (assassiné en 514), Anacréon chercha peut-être un refuge en Thessalie, auprès d'une des