Fniffin. IJJ
Voilà le ton et, pour îiinsi dire, la théologie d'Anacréon ; il asseoit sur h' trône de Zeus, demi-sérieux et demi-souriant, le délicat Éros, et en fait le roi du monde. Hoi puissant encore, et non sans quelque majesté; car l'Éros d'Anacréon est fort au-dessus dt; ces petits Eros alexandrins qui ne sont plus que des divinités de boudoir; celuilà garde de la force et reste redoutable :
Kros. comme un bûcheron, ma frappé de sa grande ha<'hc et jrté dans l'eau furieuse du torrent '.
Les jouets d'Éros sont les délires et les fureurs'.
Ailleurs, il parle du saut de Leucadc, qu'il est prêt à alTronter, dans l'ivresse de la passion-*. Ne nous y trompons pas pourtant ;déjà le badinage poéli«iue perce sous la violence du langage ; le saut de Leucade n'a probablement jamais tué personne, du moins «mi fait d'amoureux. Anarréon n'est pas de ceux qui meurent d'amour : on voit a>sez par ses vers (juil a dû se consoler plus d'une fois.
Sa poésie, quelquefois fort libre, était le plus souvent i.'iacieuse et spirituelle :
D'une balle de pourpre, Éros aux rlieveux dor me frappe, et m invite à jouer avec la jeune tille aux sandales brodées; mais < elle-ei (car elle esl de la belle Lesbos), à la vue de mes cheveux 'l'j:i blancs, m'en fait un reproche, et se lourne. bouche bée, vtMs un autre *.
Il y a bien du charme dans cette b«»niic grâce indulgente et souriante. Même ton encore dans ces reproches à une jeune fille :
Cavale de Thrace, pourquoi ces regards obliques et cette fuite rapide? Me prends-tu pour un cavalier malhabile?
Sache-le donc, je puis te brider à uierveille, et, les rênes en miin, te faire tourner au bout du stade.
' Fr;if:ni. 47.
Krii};in. li>.
• l"li«},Mll. 14.
176 HISTOIRt: DE LA LITTÉRATURE GRECQUE
Tu pars dans les prairies ; légère et bondissante, tu t e b v librement; c'est que tu n'as pas encore trouve un cavalier p< m te dompter '.
Tout cela est charmant, mais ne ressemble guère, p».iir le sérieux et la passion, à tels vers de Sappho que nu i^ avons cités précédemment.
Il semble qu Anacréon ait parfois prêté son art à Pexpi- -^ sion des sentiments de Polycrale plutôt qu'aux si. i,. propres; dans certaines pièces, il n'était amoureux (pipar procuration. El. en l'en loue, parce que les amours d.- Polycrale étaient souvent répréhensibles : l'excuse .-t bizarre. Il semble que le principal mérite moral d'.Vna créon (si l'cm peut parler à ce propos de mérite moral il été d'abord dans sa baine pour la persuasion qui s'aclc i. à prix d'argent-, ensuite et surtout dans son goût de 1 1 beauté, qui l'éloignait de certaines bassesses et lui faisii' rechercher en tout une mesure élégante.
Des railleries, des satires se mêlaient dans les poLin- > d'Anacréon à l'éloge du plaisir; le gracieux poète saviil piquer en souriant, d'une main légère et sûre •». Mais - ^ moqueries étaient exceptionnelles. Il disait de lui mèni : « Mes chants sont doux, et douces mes paroles ». » li avait 'raison. I.a douceur de ses chants rappelle Sapph ■. avec huiuelle on le comparait quelquefois. La diiTérei. ■ . pourtant, est sensible, pour le style comme pour le ïoud. Le style de Sappho, plus naïf, a pourtant plus d'éclat p .fois et de relief. Chez Anacréon, et sauf les réserves néc-saires, ce qui domine, c'est une sorte de prosaïM gracieux qui coule et s'insinue avec une tluidilé t. m( ionienne. Non seulement le dialecte ordinaire d'Anaci . n est l'ionien (sauf quelques dorismes ou éolismes : u