Fragm
LA POÉSIE MÉLIQUE
aimé de cette fa«,on. « L'amour, disait-il quelque part, par la puissance d'Aphrodite, inonde mon cœur et l'amollit'. » r/est bien cela : tendresse qui déborde et se répand en i.eaux vers plutôt que passion concentrée et dévorante toile est l'inspiralion d'Alcman.
Son style est à l'image de sa pensée, souple et caressant. \\\en qu'il écrive en dialecte laconien, il ne rappelle guère, par le mouvement général de sa phrase, le Spartiate idéal au parler bref et sentencieux. L'emploi du dialecle local est chez lui un signe d'antiquité : il est encore tout près de la poésie populaire et n'écrit pas pour les étrangers. Mais l'alluie du slyle est plus ionienne que dorienne : sa phrase lini|iide fait le tour des objets comme un flot pur et doux. Il décrit, par exemple, avec une admirable ampleur, le sommeil de la nature :
Voici que dorment les cimes des monts, et les abîmes, et les caps, et les tftrrents, et les tribus des reptiles que nourrit la terre noire-, et les bêles des montagnes, et li race des abeilles, et les monstres de la mer sombre; les oiseaux aux larges ailes sont livrés au sommeil 3.
l/énuméralion est à la fois sommaire et abondante; le détail est exquis, l'efl^et d'ensemble est grand. Il disait tiissi, avec autant de grâce que de force, à quelque divine compagne de Dionysos :
Souvent, aux crêtes des montagnes, quand la fête illustre < liMuie les dieux, tenant à la main un vase d'or en forme de j.itle profonde telle qu'en ont les pasteurs, tu allas traire les lions, et tu préparas de leur lait un fromage digne des héros, •lijznede celui qui fit périr Argus^.
La composition de ses poèmes nous échapperait si un lig morceau de plus de cent vers, écrit sur papyrus.
io
1 Kraj^m. 3fi.
Quelques mots ici sont douteux.
o. Fiagm. bO.
'*■ Fragm. .S4.
184 HISTOIRE DE LA LlTTÉRATl BE GRECQUE
n'avait été rendu à la lumière, il y a un demi-siècle, par 1. > tombes de TÉgypte. Mariette l'envoya en France, et Km il. Egger le publia le premier. Depuis, beaucoup de savante l'ont étudié à Tenvi. Malgré tous 1rs efforts, le papyrus .-i trop mutilé et notn- ignorance des personnes et des cli.-,s est trop grande pour «|ue l'on puisse en donner une r. ilution C(»mplète. Ce «luon y voit pourtani est plein dinl.i. i. C'est d'abord une conlirniation nouvelle de tout ce qn n savait déjà sur la grâce brillante de son imagination el .!.• son style, sur le plaisir qu'il avait à mettre en scèn.- 1- > jeunes tilles du cbirur, en les désignant par leur nom n - u les comblant de louanges délicates. C'est ensuite un ap.i > ii plus précis du genre de composition littéraire et rytbmi.iu.
de ses poèmes les plus étendus.
Celui-ci comprenait probablement douze stropbes'.Cb.is'i»'
stropbe est de (luatorze vers. Elles sont presque semblât. I-.
sauf par le dernier vers, qui semble avoir été différent pour
chaque groupe de trois strophes. Elles sont, en outre, d'un •
structure métrique assez simple.
I,e poème semble avoir été écrit pour une fête des l)i. >cures : c'est un parthénéc, comme on le voit par Ir il' qu'y jouent les jeunes tilles. Au début, le poète dévehq.iaii un récit mythique, probablement la victoire des Dioscm > sur les (ils d'Hippocoon. La partie centrale du poème étui remplie d'éloges à l'adresse des jeunes filles du chirur. A la fin, on peut supposer «lue le poète revenait aux circontanccs présentes ou à des pensées générales. D.iiis ^ grandes lignes, par le mélange du mythe el des allusi<''iaux choses actuelles, c'est déjà, en germe, la comi»osili"ii d'une ode de Pindare, mais avec plusde laisser-aller, iw> ^ de complexité savante et d'unité harmonieuse.
Le tombeau d'Alcman, selon Pausanias, se voyait à des monuments de ces héros qu'il avait chantés. Si la sév«i e
1. Il en rpRto sepl. Il en mnnfuiorail. selon Wei^ik. Ivnh au déluit. -!• ^ :'i la fin.
LA POÉSIE MÉLIQLE
rite dorienne avait si complètement adopté un poète qui, à tant d'égards, semblait plus ionien d'esprit que Spartiate, c'est sans doute que nul autre n'avait célébré en termes plus brillants la beaut<'* des tilles de Sparte et la grâce S( ulpturale de ces clururs ([ui, suivant Terpandre comme suivant Pindare, faisaient à Sparte autant d'honneur que la vaillance de ses guerriers.
U. Arion : le dithyrambe. - Arion, qui est quehiuefois donné comme un disciple d'Alcman, est, avec celui-ci et Tlialétas, le troisième des véritables fondateurs du lyrisme 1 lioral. Ses deux prédécesseurs avaient appelé à la vie de lait le péan, l'hyporchème et le paithénée, c'est-à-dire des (ompositions d'origine apollinienne, exécutées par un chœur quadrangulaire de trois, quatre ou cinq files, aux mouveiiHMits harmonieux et mesurés. Aiion met en lumière le ditliyrambe, d'origine dionysiaque, exécuté par un chœur circulaire, sur une mélodie tumultueuse et passionnée.
Arion était né, selon la tradition, à Méthymne, dans l'île (h- Lesbos. Le temps de sa vie est indiciué d'une manière approximative par ses relations avec Périandre, qui fut tyran de Corinthe dans le dernier quart du vii^ siècle. Arion alla d'abord à Sparte, où il fut vainqueur dans un concours musical aux fêtes Carnéennes. Il alla plus tard en Italie. •Mais, dans l'intervalle, il vécut surtout à Corinthe, à la cour (If Périandre. Une légende bien C(Uinue, rapportée par Hérodote *, disait qu'à son retour d'Italie les richesses qu'il iivait amassées tentèrent la cupidité des matelots de son navire ; menacé d'être jeté à la mer, il obtint la permission «If chanter d'abord le nome orlhien ;la beauté de son chant aiiiena près du vaisseau un dauphin qui le recueillit et le transporta au cap Ténare.
Suidas rapporte qu'Arion avait composé des « chants» et des «tproèmes» formant un total de deux mille vers. Ces "Chants» étaient sans doute des dithyrambes, et les