‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 62 sur 264 · Jnst. Or., X · texte numérisé non relu

Jnst. Or., X

13. Ibycos : l'encomion. — Ibycos, né à Rhégium, au l.'mps de la vieillesse de Stésichore, dut certainement beaucoup à son grand prédécesseur: on lui attribuait même .niolquefois les Funérailles de Pdtia^, et les grammairiens lapprochent souvent les deux poètes à propos de quelque détail de style*. Il est donc probable que ce fut surtout un imitateur de Stésichore. A ce titre, il ne mériterait «'uère d'arrêter l'attention, d'aulant plus qu'il est aujourdliui fort mal connu : car il nous reste à peine quarante vers entiers des sept livres de poésie qui formaient son .luvre. Mais il semble qu'il ait eu, sur un point au moins, une véritable originalité : c'est de faire subir à llivmne, jadis poème religieux, devenu simplement liéroïque grâce à Stésichore, une n«mvelle et féconde transformation : il en tira Vencomion, c'est-à-dire l'hymne purement humain, consacré à l'éloge d'un contemporain.

Vivant, comme Ana.'réon, à la cour de Polycrate, le lyian de Samos, il composa, comme Anacréon aussi, de nombreux vers d'amour, *iu(' l'un rapporte quelquefois au genre de la poésie monoditiue. Mais ce n'est là qu'une conjecture, rendue fort invraisemblable par la nature des vers conservés : même dans les fragments dont l'accent est le plus personnel, on reconnaît la grande strophe chorale créée par Stésichore. C'est donc dans des hymnes qu'Ibycos avait chanté l'amour; disons avec plus de précision : dans des encomia. La cour de Polycrate était un théâtre à souiKiit pour ce genre de poésie. L'innovation eut tant de succès que, dès la génération suivante, tous les potentats du monde grec voulurent avoir des fêtes semblables et que le genre de Vencomion se trouva constitué. Si d'ailleurs les poésies amoureuses d'Ibycos étaient des poésies chorales H d'apparat, il est permis de douter qu'elles exprimassent -< propres sentiments. C'était plutôt Polycrate qui devait

1. Ibycos mourut dans un âge avancé. Sa mort a donné naissance à la ••?ende célèbre des • grues d lliycos ».

LA POÉSIE MÉLIQUË

en avoir le bénéfice. Ibycos, comme Anacréon lui-nièu, . avait dû servir souvent d'interprète aux passions do s.n protecteur. Il l'avait fait, autant (fue nous en pouv«»ns juger, avec une noblesse élégante, en imitant à la fois l'ampleur de Stésichore et la vivacité de Sappho. Quant à U poétique de Vencomion, il sera plus à propos d'en indiiiiK.T les caractères essentiels quand nous arriverons à d-s monuments mieux «onservés. Disons seulement ici (jih' Vi'jtinicie drs Simonidc, dos Pindiire ot dos Kacoliyjiil.non ost qu'une formo parliculiôre ot dérivée.

14. Les grands maîtres du lyrisme choral : Simonide. — Nous arrivons mainlenaut à 1 Age de perfection du lyrisiihchoral : les grands poôtos dont nous allons avoir à muiN occuper n'ont eu qu'à récolter, pour ainsi dire, les fruiis de poésie que les siècles précédents avaient amenés à maturité; ils ont eu tout de suite entre les mains un instrument d'une richesse admirable, ot ils en ont joué avr< un art suprême, chacun selon son génie.

Simonide est le premier en date. 11 naquit à Iulis, d.iiila petite île de Coos, vers 550'. Quand Hipparquo, tils d.- Pisistrate, se mit à rechercher les artistes et les poètes, Simonide, Agé alors d'une trentaine d'années, fut un «lo ceux qui vinrent à Athènes : il y rencontra Lasos d'Hermioné et Anacréon. Le meurtre d'Hipparque dispersa celle troupe brillante. Simonide se rendit alors en Thessniic. chez les Scopades et les Aleuades, qui tenaient une sorte de cour à Pharsale et à Larisse. Il vécut sans doute loni: temps chez les Scopades, car il lour avait consacré do nombreux poèmes. Une catastrophe mal déterminée, pr bablement la chute d'un toit pendant un festin, sembl"' avoir prescjue anéanti cette famille. Simonide, préserv' par un heureux hasard, chanta les morts dans un hymn. . La légende si connue du secours prêté par les Dioscures à

4. Cola résulte de son propre témoignage. Dans une epigramme écrit ' on 470. il dit avoir qnatn'-vingts ans. Cf. Simonide, fragm. 147.

Simonide se rattache à celte histoire. La première guerre médique dut lui faire quitter la Thessalie. 11 revint à Athènes, où il composa une élégie en l'honneur des morts de Marathon ; Eschyle avait concouru avec lui sur ce sujet et fut vaincu. Au temps de la seconde guerre médique, il est l'ami des principaux chefs de la Grèce et compose des vers en l'honneur des héros de l'indépendance. En 476, à l'âge de quatre-vingts ans, il est encore à Athènes, où il remporte la victoire dans un concours dithyrambique. Malgré son Age, il entreprend encore de lointains voyages. Il va en Sicile et dans la Grande-Grèce, où il est accueilli avec honneur par Hiéron de Syracuse, Théron d'Agrigente, Anaxilas de Rhégium. Il se rencontra à Syracuse avec son grand rival, Pindare, et son neveu Bacchylide. Les scoliastes prétendent que Pindare s'entendit mal avec les deux poètes de Céos ; quoi qu'il en soit de ces récits, qui ne sont peutêtre que des légendes, il est certain que Simonide jouit dune grande influence auprès des tyrans siciliens : on racontait même qu'il avait empêché la guerre d'éclater entre Hiéron de Syracuse et son beau-frère Théron. 11 mourut sans doute à Syracuse, où l'on voyait son tombeau; il avait alors quatre-vingt-neuf ans, selon Suidas.

Simonide avait composé, dans tout le cours de sa longue vie, une foule d'ouvrages. Ses épigrammes (dont il a été question plus haut) étaient nombreuses. 11 avait en outre pratiqué l'élégie et à peu près toutes les variétés du lyrisme choral. De toute cette production, il ne nous reste qu'une centaine de fragments, dont quelques-uns, par I bonheur, ont assez d'étendue et de beauté pour offrir encore un vif intérêt.

Simonide était un homme de réflexion et de pénétrante observation morale. Il avait beaucoup vu les hommes et beaucoup pensé. Un certain nombre de ses apophtegmes étaient célèbres. Il y avait assurément dans ses vers bien jplus de philosophie morale que chez les Stésichore et les

Ibycos: on sentait en lui rhéiitier des grands élégiaques; poète élégiaque lui-même, il avait pris, dans la pratiqua de ce genre de poésie, le goût de penser souvent par s.mitences:ses fragments lyriques sont remplis de maximes générales. On voit par les dialogues de Platon qu.^ les poèmes de Simonide étaient de ceux où les esprits cullivés d'Athènes aimaient à chercher la formule définitive de la sagesse usuelle: on citait Simonide, dans une conversation entre gensd'esprit, àpeu près commeonadepuis citéHora.... Cette philosophie de Simonide est, avant tout, une sagesse mondaine, faite d'expérienc« indulgente, de résignation souriante au mal inévitable, au bien relatif et imparfait. Il déclarait quelque part qu'il faut envisager la vie commo un jeu et ne rien prendre trop au sérieux <. Ailleurs, par une image dans le goût de Pascal et de Bossuet, il comparait une centaine ou un millier d'années à un point dans rinfmi de la durée^. Les inimitiés attachées à la vie publique lui semblaient aussi naturelles que la loi qui veut que certains oiseaux aient une aigrette 3. Philinte n'aii.ail pas mieux dit. Ne lui parlez pas d'une vertu parfaite, absolue : « Je ne chercherai pas, dit-il, ce qui ne i.eut exister. »> Une honnêteté moyenne, incapable de faire le mal par plaisir, lui suflU; car faire le mal par force, ce n'est plus être malhonnête : « La nécessité triomphe ni. nie des dieux ». >. Il parle en général des dieux avec respect, conformément à la tradition religieuse et poétique. Parfois aussi, cependant, il use à leur égard d'un ton léger, -lue les anciens eux-mêmes ont relevé : par exemple, fai-mt l'éloge d'un athlète, il ne craignait pas de dire, avec plus d'esprit que de respect :

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