‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 63 sur 264 · Fragm · texte numérisé non relu

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LA POÉSIE BIÉLIQUE

Ni la force de Pollux ni les membres de fer du fils d'Alcmène n'eussent pu soutenir son attaque'.

Cette souplesse d'esprit, un peu indifférente et sceptique, le conduisit un jour à une contradiction plus grave. Après avoir été l'hôte et l'ami des Pisistratides, il fit l'éloge des meurtriers d'Hippias, Harmodios et Aristogiton; quelques prétextes qu'il ait pu alléguer pour excuser cette volte-face, il est à craindre qu'il n'ait eu moins de caractère que de talent.

Les anciens l'ont même accusé quelque fois de vénalité. Mais ce reproche est probablement injuste; il s'appuyait sur ce fait que Simonide, à la différence de ses prédécesseurs, tirait de ses vers un profit régulier. Cela prouve simplement que la situation des poètes lyriques avait changé : leur art était désormais assez recherché des princes et des cités pour avoir une valeur vénale. Ils vivaient de leurs vers comme les sculpteurs de leurs statues et les peintres de leurs tableaux. Pindare lui-même, qui vante l'ancien usage et blûme le nouveau, suivait en réalité celui-ci. Il n'y a donc rien à conclure contre Simonide de ce fait que son génie l'avait enrichi.

L'artiste, chez Simonide, ressemble à l'homme. De même que son caractère se plie à la diversité des circonstances, son talent sait prendre tous les tons. Le plus souvent, il est d'une élégance simple; il est spirituel, gracieux, persuasif; mais il arrive aussi à la force, et surtout il est louchant ; il est admirable par un certain pathétique doux où personne, selon le jugement des anciens, ne l'avait égalé.

Il écrit en dorien tempéré, comme Stésichore et Ibycos. bon vocabulaire est relativement simple. Quoiqu'il sache aussi bien qu'un autre former de belles épithètes composées, il sait aussi s'en passer ; très souvent, il met sous nos yeux de vives images en peu de mots. Sa phrase est ordinairement courte et nette; on sent dans cette brièveté le

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poète élégiaque; mais il sait enchaîner très habilement ses petites phrases en un subtil raisonnement dialectique, ou bien les presser les unes contre les autres pour émouvoir la pitié par Taccumulation des détails délicats et touchants. Le long fragment de son ode aux Scopades, d où nous avons tiré plus haut sa définition de ThountMoté moyenne, est un très curieux exemple de sa dialectique souple et habile : on dirait une causerie d'Horace, libre, souriante, avec beaucoup de belle humeur et de vivariir; rien ne ressemble moins à la majesté ordinaire de Pindare. — Voici pourtant des vers où le ton s'élève avec le sujet : c'est un fragment de l'ode sur le combat des Tli.rmopyles :

De ceux qui périrent aux Thermopyles, illustre est le sort et -lorieux le destin. Pour eux, point de tombeaux, mais des aulels: point de larmes, mais des hymnes; point de lamentations ii.ais des éloges : monument que ni la rouille ni le temps dévastateur ne détruiront jamais. L'urne qui contient la cendre de ces braves a pris à la Grèce son lustre le plus éclatant; j'en atteste Léonidas, le roi de Sparte, dont la vertu glorieuse brille d'un éclat impérissable ^

— Voici encore, dans un tout autre genre, un parlait exemple de ce pathétique naturel, insinuant et doux, dont nous parlions tout à l'heure. On croirait lire quelque passage exquis d'Euripide. C'est le célèbre morceau l.s plaintes de Danaé, exposée avec son enfant sur la lu. i, dans une faible nacelle :

Dans la nacelle artistement faite, emportée par les vents en fureur et par l'onde soulevée, pâle de crainte et les joues (..uvertes de larmes, elle entoura Persée de ses bras et dit : « 0 nu.n enfant, que j'ai de peine I Toi, tu dors, et ton cœur enfanan repose dans cette affreuse demeure aux clous d'airam, au miueu des ténèbres de la nuit et de l'obscurité redoutable. Et sur ie> beaux cheveux quand passe la vague profonde, tu n'y preuas garde non plus qu'au murmure des vents, couché dans ta rouverture de pourpre, ô charmant visage! Ah! si le danger, l'ur

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