Fragm
LA POÉSIE MÉLIQUE
loi était le danger, ton oreille délicate serait attentive à mes discours. Je t'en prie, dors, mon petit ; donne aussi la mer ; dorme l'immense fléau. Montre-nous, ô Zeus, montre-nous une volonté plus clémente; si mes paroles sont trop hardies, pour mon enfant, pardonne-les-moi ! :i
Un assez long fragment d'élégie (quatorze vors) sur ce thème emprunté à Homère : OiTjrep çuXXwv yâvèrî, Toîrj 8s xal àvocîTjv, nous montre (en dialecte ionien) les mêmes qualités de grâce raisonnable que les fragments lyriques. Ici encore, c'est un sage, un ami de la modération, qui cause doucement avec son lecteur, et lui conseille une aimable philosophie, avec plus de finesse persuasive que de sublimité.
Si les fragments de Simonide nous font assez bien connaître son esprit et son style, ils sont trop courts pour nous donner l'idée de son art de composition. C'est d'autant plus regrettable que Simonide avait, le premier, composé des èpinicies ou odes triomphales. Ses épinicies étaient célèbres et restèrent classiques. Il serait fort curieux de pouvoir les comparer avec ceux de Pindare et de Bacchylide, et de voir comment le créateur du genre avait résolu pour sa part le problème délicat de féconder un sujet qui, en soi, peut sembler un peu mince, comment il avait su y combiner les beaux développements mythiques avec la réalité, et comment il avait su ramener à l'unité de ton la diversité dé ces digressions apparentes. La seule chose que nous puissions en dire avec certitude, c'est qu'il y avait fait; comme Pindare, une large place aux mythes : la preuve en est dans la légende même de sa préservation par les Dioscures. Ceux-ci, en effet, disait-on, l'avaient sauvé à cause des éloges qu'il leur avait consacrés dans son ode aux Scopades; les Scopades, ajoutait la légende, en avaient été mécontents, mais les Dioscures lui en avaient témoigné leur reconnaissance. Nul doute, en effet, que les Dioscures n'eussent à se louer de leur part. Mais l'allégation relative au mécontentement des Scopades prouve seulement que la
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légende date d'une époque où les lois nécessaires de Tépinicie étaient oubliées. Au temps de Simonide, aucun mortel ne pouvait songer à se plaindre que les dieux fussent associés à sa propre gloire. Le mythe était alors la prolongation divine de l'histoire humaine et la matière i»ar excellence de toute poésie. Il est probable que Simonide, comme Pindare, puisait ses mythes dans le cycle des légendes relatives soit à la famille même deson héros, soità sa patrie, soit aux jeux où il avait triomphé. Aucun Grec de ce temps ne pouvait songer à s'en offenser. L'un des mérites de Siniunide fut certainement de le comprendre et de tracer ainsi à ses successeurs la voie où ils devaient le suivre.
Le souvenir de Simonide resta très vivant dans Athènes. Aristophane le cite souvent. Platon et Xénophon l'expliquent, le combattent, le mettent en scène. C'est que Simonide, avec sa bonne grâce ionienne, sa science de la vie, sa netteté élégante, est presque un Athénien ; son art souple et pénétrant devait plaire aux contemporains d'Euripide et d'Aristophane.
16. Pindare. — << Pindare,disaitQuintilien,estle prenii»i de beaucoup des neuf lyriques », novem lyricorum lonye princeps. Il n'a pas été plus que Simonide un novateur à proprement parler, quant à la technique de son art. Mais il a porté dans le lyrisme l'imagination la plus hardie, l'ace oui le plus fier qu'on eût entendu jusque-là; et, pour traduire au dehors cette inspiration, il a constamment trouvé, en fait de rythmes et de paroles, les formes les plus expressives et les plus belles. Par une circonstance heureuse, plus de quarante poèmes intacts nous conservent l'image fidèle de son génie ^