Pyth., VIII, i35 et suiv
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Cette morale ne se laisse pas discuter, elle commande et s'impose. Pindare ne converse pas, comme Simonide, avec une fine dialectique : il proclame des lois éternelles et rend des oracles.
Quels oracles et quelles lois? — S'il s'agit de la cité, son idéal est fait de bon ordre et de discipline : les vieilles lois doriennes d'^gimios, la divine eunomie assurée par le gouvernement des sages, voilà ce qu'il demande. — Dans la vie privée, honorer les dieux et respecter ses parents, voilà les deux premières prescriptions. Il faut être juste envers les hommes; mieux encore, il faut être doux envers eux, prompt au pardon, ennemi de la llatterie, ami de la vérité. Sur la bonté de Théron, sur la douceur de l'amitié, il a des paroles exquises :
Les crains de sable défient nos calculs ; mais les joies que cet hornme a procurées aux autres, qui pourrait les compter i ?
Les amis sont utiles en bien des manières ; ils le sont surtout dans la peine ; mais la joie aussi cherche le regard fidèle d Un ami'-'.
Inutile d'ajouter qu'il n'oublie pas, parmi les veilu> essentielles, la modération, si souvent célébrée par tous les moralistes de la Grèce, ni l'énergie courageuse toàui, dont ses clients ordinaires, les vainqueurs des jeux agonistiques, lui offraient sans cesse l'exemple.
Cette élévation naturelle d'idées donne à ses éloges nu caractère de dignité très remarquable. Pindare, qui pa^se sa vie à louer, n'est pas un tlatteur. Il a conscience de -n mérite propre et tient à son indépendance. Il veut, suiv > it un mot que lui prête un biographe, vivre pour lui, et n u pour les autres. Sa fierté de poète le préserve des basses complaisances. Pour rendre la beauté de ses propr-» chants, il a une foule d'images brillantes et nouvelles : il se
LA POÉSIE MÉLIQUE
compare à un sculpteur qui créerait des statues ailées et vivantes», à l'aigle de Zeus qui, d'un coup d'aile, monte jusqu'au ciel, laissant derrière lui la bande criarde des corbeaux^. Il sait la grandeur du service qu'il rend aux rois mêmes dont il fait Téloge : en les nommant, il les rend immortels. Gela lui permet de garder, dans la courtoisie nécessaire de l'éloge, l'attitude d'un homme libre. Il est l'ami, et, par sa gloire, presque l'égal de ses hôtes princiers.' Avec de la prudence et du bon goût, il peut leur faire accepter même de sages conseils. Pindare excelle dans ce rôle délicat. Les odes qu'il compose pour Hiéron et pour Arcésilas montrent clairement ce qu'il croyait avoir le droit de dire et à quelles conditions. Les leçons qu'il adresse à ses hôtes restent générales dans la forme, même quand elles sont particulières par l'intention. Point d'allusions malignes, bien entendu, ni d'épigrammes, en dépit de certains scoliastes. On connaît le mot de Louis XIV à un prédicateur indiscret : « Mon Père, j'aime à prendre ma part d'un sermon, je n'aime pas qu'on me la fasse. » Pindare n'est pas ce prédicateur indiscret, mais il n'est pas davantage un fiatteur à gages. Avec son goût inné pour la règle, pour l'ordre, pour la morale impérative, avec la fière conscience qu'il avait de son génie, il tournait volontiers ses éloges mêmes en conseils et en exhortations.
Son art d'écrivain, comme il arrive chez les artistes de premier ordre, est merveilleusement d'accord avec la nature de sa pensée. Ce qui est proprement sa marque, en aépit des nuances qui tiennent à la diversité des circonstances ou des genres, c'est une manière tout à fait originale de voir les choses de haut et d'ensemble, d'un regard profond, mais synthétique et sommaire. Il n'analyse pas : en ce sens, il n'est pas ionien ni attique. Dans la peinture d'un objet