‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 77 sur 264 · DÉBUTS DE LA PHILOSOPHIE ET DE L HISTOIRE · texte numérisé non relu

DÉBUTS DE LA PHILOSOPHIE ET DE L HISTOIRE

appelle l'Esprit (NoOç) : c'est la première fois que l'Intelligence apparaît dans un système philosophique comme un élément actif, comme une source d'organisation et de vie. Diogène d'Apollonie, qui reprit après Anaxagore les idées d'Anaximène, fit sans doute l'effet d'un attardé, car sa réputation ne fut jamais aussi grande que celle de ses illustres contemporains.

Après toutes ces tentatives hardies, plus fécondes en belles hypothèses qu'en démonstrations rigoureuses, l'heure du scepticisme était venue. Battre en brèche ces constructions imposantes et fragiles fut l'œuvre des sophistes. Nous retrouverons ceux-ci un peu plus tard ; car l'entrée en scène de la sophistique ouvre une nouvelle période dans l'histoire (le la pensée grecque.

ô. L'art d'écrire chez les philosophes prosateurs. — Ni Thaïes, ni Pythagore, ni Leucippe n'avaient écrit : si leurs doctrines ont laissé des traces profondes, c'est qu'elles ont été recueillies par des disciples qui les ont fait connaître à la postérité. Quant aux philosophes qui ont composé des ouvrages, ceux qui ont écrit en prose ont été les plus maltraités par le temps, de sorte qu'il nous est difficile de juger leur talent en pleine connaissance de cause. Le titre habituel de tous ces ouvrages paraît avoir été : Ilcpî çjaio;, '^ur la yatun\ ou, plus exactement, Sur VOvigine des choses. 11 ne nous en reste (|ue des débris, dont la plupart même sont «lune brièveté désespérante.

On entrevoit, dans quelques phrases d'Anaximandre, une >«»rte de grandeur religieuse et poétique. D'Anaximène, il ne subsiste absolument rien ; Diogène Laërce loue la simplicité de son langage, emprunté au pur ionien : nous sommes obligés de l'en croire sur parole.

Heraclite nous est mieux connu, grâce au nombre do >es fragments et à une originalité si forte qu'elle éclate ''•us les moindres mots. On le surnommait « l'obscur » (> jxoTÊiv ;:\ et les anciens ont suitout signalé les défauts de

HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE GRECgUE

son style. Mais ils en jugeaient par comparaison avecriihal de netteté élégante que la rhétorique des temps poslérieuh avait créé. Nous sommes plutôt frappés de ses qualit. s, qui, pour n'être pas conformes aux règles courantes, n'en sont pas moins d'un ordre supérieur. L'obscurité d'il» ladite, moins grande qu'on ne le dit parfois, ne vient pas tant des mots eux-mêmes ou d'une forme de phrase vicieuse, que de la nouveauté extraordinaire des idées, ilii choc imprévu, rapide, qui rapproche brusquement les contraires pour les concilier dans l'unité mobile d'une évolution sans fin. Heraclite n'analyse pas ses idées, il ne Ns rend pas persuasives par le soin d'en montrer la liaison intime. Au contraire, il prend plaisir à les heurter violemment les unes contre les autres, avec une imagination vive et une sorte de passion qui anime tout son style. l)«' là des phrases étranges au premier aspect, mais qui se gravant, qui pénètrent, et qu'on n'oublie plus : ^^ La seule sainss»* est de connaître la pensée qui gouverne toutes chos»*s à travers tout : elle veut et ne veut pas qu'on l'appelle Zeus' : c'est-à-dire que le nom importe peu, pourvu qu'on ne l'entende pas comme le vulgaire. Ou encore : « Les dieux sont mortels et les hommes immortels; la mort des uns -si la vie des autres *^ » ; c'est-à-dire qu'un homme est fait d»' la même substance qu'un dieu, mais que cette subslanoe chez l'homme est dans un état moins subtil, moins ijiii»' : un homme est, pour ainsi dire, un dieu qui s'éteint. Et 1» même : «« L'àme la plus sèche est la plus sage 3. » Héraclil» n'est d'ailleurs pas toujours obscur ; il y a chez lui «le? maximes d'une énergie fort claire :

Faire des prières à des statues, c'est parler à des maisons. sans savoir ce que sont les dieux et les héros *.

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