‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 79 sur 264 · I. Fragm · texte numérisé non relu

I. Fragm

î. Plularque, Périclés, 4.

HISTOIRE DE LA T.ITrÉRATCRE GRECQrE

une longue et glorieuse tradition. Elle savait tout dire, a\ m finesse et avec force. Il en résulte que les philosophes tim ont écrit en vers sont hi«^n plus habiles dans rexpressi.ni des idées philosophiques que leurs rivaux les prosahuK. et que certaines mêmes des qualités de la bonne piv.s. . sans parler de celles qui sont propres à la poésie, se r«ncontrent parfois davantage dans leurs poèmes.

Xénophane, avant d'être un philosophe, paraît avoir < I.'simplement un poète. Il était né à Colophon, tout à fait au commencement du vi'^ siècle, et c'est seulement dans la dernière partie de sa vie, semblo-t-il, qu'il publia >on poème philosophique ; il avait dû être attiré vers ces étudt r^ nouvelles par la renommée de c«'ux qui venaient de les inaugurer. Sa vie, qui dura près d'un siècle, se passa vu grande partie hors de Colophon. Il quitta sa pairie <I»" bonne heure, parcourut le monde grec occidenlal,et, api-s la fondation d'Élée par les Phocéens (vers bU), s'y lixa sans doute, puisque c'est là que sa doctrine fit école, f i que, d'ailleurs, il avait chanté la fondation de la cité dans un poème épique.

Outre ce poème épique, Xénophane avait composé «les élégies. Il en subsiste quel(|ues beaux fragments, où la sagesse s'anime de passion, et dont la forme est fort élégante. Il dit des nobles de Colophon :

Ils se rendaient à l'agora tout vêtus de pourpre, au nombre de plus de mille, pleins d'orgueil, fiers de leurs gracieuses chevehires, couverts de fins parfums ' !

Les athlètes, si aimés et admirés de la Grèce de < •• temps, ne lui inspirent pas plus de sympathie que < nobles fastueux ; il méprise leur art, ôt dit fièrement :

... Bien au-dessus de la force des hommes et de la vitesse de* chevaux s'élève notre sagesse 2.

DÉBUTS DE LA PHILOSOPHIE El^ DE LHISTOIRE 227

Dans ces derniers mots, c'estdéjà le philosophe qui parle. Ailleurs, c'est simplement un moraliste aimable, qui fait songer à Solon :

Voiti que le sol de la pièce est purifié : les mains sont nettes, les coupes brillantes; l'un présente aux convives des couronnes, l'autre, dans une coupe, oflre un agréable parfum. Le cratère se dresse, source de joie. Le vin, dans la terre cuite, est prêt, abondant, doux, parfumé: l'encens remplit l'air de ses suaves efthives. L'eau est fraîche, douce et pure. Des pains blonds sont servis; la table en fête est chargée de fromage et de miel. L'autel, au milieu, est couvert de fleurs. La demeure tout entière résonne de chants et d'allégresse. Tout d'abord, des hommes sages chanteront la divinité par de pieuses et pures paroles, en faisant des libations et en demandant la faveur d être justes. Voilà, mes amis, ce qui convient mieux que les orgies : buvons de manière à pouvoir encore, si l'âge n*a pas brisé nos forces, regagner notre demeure sans l'aide d'un esclave > .

Les fragments philosophiques de Xénophane sont en vers hexamètres et semblent avoir appartenu à un poème unique, intitulé peut-être, comme les écrits des Ioniens, rhpi çjr.o;. Ces fragments sont fort peu nombreux et ne ( omprennent qu'une trentaine de vers. Les uns se rapportent àl'illusion des boni mes qui prennent les apparences sensibles pour la réalité. Les autres sont relatifs aux qualités de l'Être un et immuable. Parmi les erreurs des hommes, celle qui provoquait surtout sa verve était l'idée, absurde suivant lui, qu'ils se faisaient des dieux. La théologie d'Homère et de la religion traditionnelle, l'anthropomorphisme de toute la Crèce lui inspirent le même mépris qu'au Polyeucte de Corneille :

Tous les crimes sont prêtés aux dieux par Homère et par Hésiode; tout ce qui, parmi les mortels, est objet de blâme et de réprobation,, toutes les actions honteuses remplissent leurs chants : vols, adultères, tromperies réciproques -.

Si les bœufs et les lions avaient des mains, s'ils savaient des-

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