‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 88 sur 264 · Suida», art. eiffri · texte numérisé non relu

Suida», art. eiffri

2. Les fragments de Thespis se réduisent à des titres de pièces incertaines. Voir Wagner, Poelarum tragicorum fragmenta,, 3 vol. in-8*, Ratisbonne, 1846-52, recueil reproduit dans le volume des Fragmenta Euripidis de la Bibl. Didot.

rsii»

le chef du chœur ou corypht'e; il tenait trop étroitemeiK au chœur pour pouvoir se charger d'un rôle distinct et vraiment personnel. Thespis imagina d'associer au chœur tragique un rccilateur <|ui n'en fitpas [)artie. La fiction draniati(iiieexislail drjà auparavant, car le chœur sicyonien jouait un rôle, couime lo prouve le fait qu'il se composait, pi, partie au moins, de satyres. Le récitateur entra danscetl» licliou; il fut ceusi' <Hre un des personnages participani à l'arlion. Son rôle propre fut d«' converser avec le chœur. c*est-à-dire, le plus souvent sans doute, de répondre à >.-questions par des récils; d'où son nom de «répondant .•; car tel semble bien avoir été If sens luemier du mot (i'oy.y'7[ç l'actfur). Dès lors, 1 élément narratif, qui était nécessairement restr<'int dans le dithyrambe, devint susceptible (r.'xtension et de variété; il fut possible de caractériser plus nettement la situation, et même de la varier. Ainsi se développa l'action ; car le progrès de l'élément narratif fut m réalité un progrès de l'élément dramatKiue. Ajoutoiis (jut' le dialogue apparut du même coup, au luoiiis sons une forme élémentaire. C'était en elïet une snilo de dialogiii' déjà (pie cet entrelacement de chants et dr récits qui se réj»ondaienL Les pièces qui sont attribuées à Thespis ne nous sont connues que par leurs titres, dont j| est impossible ménie de garantir lauthenlicité (>n<ir.' h's JciLv funèhres de Pélias, les PnUrcs, los Jeunes (irns, Venthêe. En tout cas, il est hors de doute que les > îj.-fs rn étaient librement empruntés à la légende hénn.|io' lotii entière, ri non plus seulement à celle de Dionvsos.

Tliespis élimina-l-il les satyres de son dithyrambe ainsi transformé /Cela est peu probable, au début du moins, puis.p.e le ^.nvv nouveau prit ou garda le nom de Inujèilic i-^^-f./y.y, .liant des rj^aYo», des hommes vêtus de peaux de cheviv . bailleurs, <e déguisement était un des attraits de ce genn. : i| était diftieile de s'en passer tout d'abord.

Mais, certainement, Thespis tendit à faire prévaloir dans son drame élémentaire l'élément héroïque sur l'élément satyri(iu«' ; et il est assez probable qu'une fois en possession du succès, il fit accepter de son public des tragédies sans satyres. Le chœur, tel qu'il est dans la tragédie classique, n'est donné nulle part comme une nouveauté du v« siècle; il a du être déjà d'usage ordinaire dans la seconde moitié au moins du vi« siècle.

Voilà donc le drame tragique constitué, vers 550 environ, avec lin acteur, jouant tour à tour divers rôles (héros, messager, serviteur), et un chœur, (jui n'était plus formé de satyres. Comment et en «luelles occasions se produisaient les pièces de Thespis? Horace, suivant évidemment la tradition des écoles d'Alexandrie, nous dit que Thespis promenait ses poèmes sur des chariots [Art poét.^ 276). Il n'y a pas de raison pour mettre ce témoignage en doute; il faut seulement l'expliquer. Thespis représentait probablement ses drames dans les dèmes de l'Attique, aux fêtes de Dionysos, et particulièrement à celles de l'automne. Sans doute, il en était lui-même l'acteur et l'entrepreneur. On peut l'imaginer comme une sorte de forain, qui arrivait, quelques jours avant la fêle, dans le dème avec lequel il avait traité, apportant avec lui son léger matériel sur un chariot. Là, il formait un chœur, l'instruisait sommairement; puis, le jour venu, il jouait sa pièce sur la place [)ublique, en se servant peut-être de son char, décoré selon le besoin, pour certaines entrées pompeuses. Tout cela était nécessairement fort simple, mais plaisait par la nouveauté. Le succès semble avoir été grand et ra[»ide. La tragédie prit faveur à côté du dithyrambe, qui subsistait. S'il faut en croire IMularque, Solon, qui mourut vers 550, s'en serait déjà ému dans son extrême vieillesse. Pisislrate jugea à propos de la favoriser pour plaire au peuple. Uentré en possession de son pouvoir en 539, après deux exils, il voulut faire oublier aux Athéniens la liberté

HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE GRKCnLE

en leur donnant de belles fêtes. D'après la chronique de Paros, qui est d'accord avec Suidas, Tliespis remporta le prix à un concours qui eut lieu entre ;»36 et 534. Ce fut probablement le premier concours de tragédie à Athènes. Et on peut admettre qu'il fit partie des fêtes dionysiaques du printemps, fêtes urbaines, sans doute des Lénéennes, embellies par Pisislrate.

La tragédie reçut ainsi le droit de cité, qu'elle ne devait plus perdre. Désormais, elle figura tous les ans dans les fêtes dionysiaques urbaines, dont elle partagea la fortune. Ce fut pour elle l'occasion de quelques perfectionnements dans la mise en scène. Il n'y avait pas alors de théâtre. La tragédie se jouait h Athènes, comme le dithyrambe, au milieu de l'agora, où le peuple devait prendre place sur des gradins improvisés. Suivant Horace, l'acteur, au temps de Thespis, se seraitbarbouillé la figure délie; d'autres témoignages parlent de céruse, de pourpier, enfin de masques de toile. Uien n'empêche de croire qu'un inventeur tel que Thespis, durant une vie assez longue, n'ait à plusieurs reprises modifié et amélioré ses moyens matériels. Le contraire serait surprenant. Il fallait bien aussi qu'il costumât ses chœurs et se costumât lui-même selon ses rôles, pour produire l'illusion dramatique. Mais il paraît s'être contenté de peu à cetégard, car c'est à Eschyle qu'est attribuée l'invention du costume tragique proprement dit. — Un concours suppose un règlement et une organisation. Le nombre des concurrents et celui des pièces admises à la représentation fut nécessairement déterminé dès l'origine. Au siècle suivant, nous verrons que les concurrents étaient au nombre de trois et que chacun d'eux présentait quatre pièces. Cet usage se rattache certainement au règlement du vi« siècle ; mais, d'une époque à l'autre, il a dû se produire bien des changements, dont la succession exacte nous échappe.

■^^^ï^^îa*^-^

Page 1