‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 122 sur 142 · Histor. nat., VII · texte numérisé non relu

Histor. nat., VII

Toutes sortes de communautés religieuses pouvaient d'ailleurs prendre la forme de ces associations autorisées; elle fut certainement utilisée par le christianisme.

§ 131. — Les plûlosoplies et les maîtres de morale.

La philosophie manquait de profondeur et d'originalité. Son développement se fît dans, le sens de la pratique. Laissant à l'arrière-plan les problèmes logiques et physiques, on se tourna complètement du côté de là morale, et on s'efforça de tirer des différents systèmes tout ce qui pouvait trouver son application dans les actes de la vie. C'est certainement de là que vint la disposition des hommes d'alors à prendre les idées philosophiques tout à fait au sérieux. Cicéron considérait encore comme un acte exceptionnel le fait de s'occuper de philosophie non disputandi causa, sed ita Vivendi; à l'époque impériale cette attitude était devenue la règle. La philosophie devint la maîtresse de la vie, la consolatrice dans le malheur. Un phénomène remarquable est la multitude des « consolations » dans lesquelles Sénèque et Plutarque, comme l'avait fait auparavant Cicéron, rassemblent les raisons philosophiques d'apaiser leur propre douleur, ou d'adoucir le deuil de parents et d'amis. A cette époque la philosophie était vraiment ce que devait l'appeler Ficin plusieurs siècles après : nihil nisi docta religio.

La situation des philosophes était très variable et n'était pas toujours sans péril. Leur influence éveilla les soupçons de beaucoup d'empereurs; les idéologues sont toujours désagréables aux tyrans. Sous Néron, dans les milieux d'opposition aristocratique, les principes stoïciens et les sympathies républicaines allaient toujours ensemble. Vespasien prit des mesures contre les philosophes, et Domitien les bannit de Rome. Après Domitien il y eut à cet égard comme à d'autres une transformation complète. Avec Marc-Aurèle, la philosophie monta sur le trône et les philosophes obtinrent de grands honneurs.

Leur condition naturellement variait beaucoup. A côté de Sénèque, l'opulent ministre de Néron, nous trouvons l'esclave affranchi Épictète. Beaucoup d'individus vivaient de la philosophie, et ainsi se constitua, parallèle à l'activité libre, surtout littéraire, des Sénèque et des Plutarque, la profession de philosophe. Nombre de familles distinguées avaient un philosophe spécialement attaché à leur maison en qualité de conseiller spirituel et d'éducateur de la jeunesse. Des confesseurs ou aumôniers privés de ce genre devaient être exposés souvent à des traitements indignes, et Lucien nous a laissé de leur vie une description pénible. Il est en tout cas remarquable que tant de personnes des classes supérieures aient senti à cette époque le besoin d'une direction morale. Souvent on emmenait son confesseur avec soi en province. Nous voyons dans plusieurs exemples que, pour se préparer à la mort, on faisait appeler son philosophe, et que, Jusqu'aux derniers moments, on s'entretenait avec lui sur la nature de

l'âme et la séparation de l'esprit et du corps. Sénèque compare ces relations à celles que présente un hôpital ou une chambre de malade : le philosophe est le médecin de l'âme.

Les maîtres des écoles publiques et les rhéteurs ambulants jouissaient d'une situation plus libre que les philosophes domestiques. A Rome, à Athènes, et même dans des villes plus petites, comme la Nicopolis d'Épire, où Épictète enseigna quand il eut quitté Rome à la suite de Fédit de Domitien, des hommes comme Musonius, Épictète, Plutarque, Apulée, et beaucoup d'autres, faisaient des conférences pour initier la jeunesse à la philosophie. La littérature du temps nous les présente sous un jour fâcheux. Les maîtres demandaient de l'argent à leurs élèves, et poizr retenir un auditoire considérable, ils tâchaient de plaire par un déploiement de rhétorique et d'amusants bavardages qui dégradaient leur enseignement. D'autre part, les élèves profitaient mal des leçons; ils fréquentaient l'école sans préparation et sans gravité, simplement pour passer le temps, comme ils seraient allés au théâtre ou aux déclamations des rhéteurs. Cependant, beaucoup de philosophes réussirent à exercer par leurs conférences publiques une féconde action morale. Nous savons, grâce à Arrien, que ce fut notamment le cas d'Epictète. Cet enseignement avait bien entendu pour but la culture morale, et non l'éducation théorique. C'est ce que nous montre en particulier la description que fait Musonius de l'action exercée sur le disciple par la parole du maître : le disciple se sent frappé dans sa conscience morale '.

C'est comme prédicateurs populaires que les philosophes de cette époque, surtout les cyniques, exerçaient le plus d'influence. Non seulement par leurs discours, que l'on a souvent comparés aux prêches des capucins, mais par l'ensemble de leur vie, ces « moines , mendiants de l'antiquité » jouaient le rôle de maîtres et d'éducateurs de leurs contemporains. La iDhilosophie cynique prit à cette époque un développement qu'elle n'avait jamais eu dans l'ancienne Grèce. Le cynique était un homme sans bien comme sans famille, libre dans la vie comme dans la mort, dont les discours sincères contenaient des avertissements et des admonestations pour tous les hommes. C'était un héraut et un messager des dieux, un frère de tous les hommes, qui avait à cœur le salut de leurs âmes. Tel est le portrait idéal qu'en donnait Épictète ^ ; le cynique était pour lui une sorte de gardien des autres hommes, qui, obéissant à un appel divin, montrait à tous, par sa parole et son exemple, le chemin du salut. La grande influence des cyniques nous est attestée par l'histoire. Ainsi au i"^ siècle une des personnalités les plus connues de Rome était le cynique Démétrius, qui refusa fièrement de grosses sommes que lui offrait Caligula. C'est avec lui que s'entretint Thraséas à ses derniers moments. A la fin de sa vie il s'attaqua même à Vespasien, qui ne voulut pas mettre à mort ce « chien aboyant )). L'invective contre les empereurs était professionnelle chez le

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