Arrien, Diatrib., III
cynique. L'un d'eux alla jusqu'à injurier publiquement Titus au sujet de Bérénice. A côté des cyniques honnêtes, il y en avait d'effrontés et de vaniteux, d'égoïstes et de charlatans, qui prenaient les signes extérieurs de la profession, la grande barbe et le bâton, pour tromper les gens et mener grasse vie. Ces prédicateurs populaires sont présentés sous un jour spécialement haïssable par Lucien, qui ne fait d'exception que pour le seul Démonax d'Athènes. Il s'attaque surtout violemment à ce Pérégrinus Proteus, dont il représente la vie comme une suite de méfaits, et dont il raille la mort volontaire sur le bûcher, à Olympie. On a beaucoup discuté sur cette fin de Pérégrinus, et surtout sur l'épisode qui le rattache aux communautés chrétiennes d'Asie Mineure. Aube et Hausrath pensaient que l'objet de Lucien fut de combattre le christianisme, et considèrent le récit de la mort de Pérégrinus comme une parodie du martyre chrétien. On croit généralement qu'ici les attaques de Lucien, comme d'ordinaire, vont surtout aux cyniques. En tout cas, il convient d'ajouter aux écrits polémiques de Lucien bien moins de foi encore qu'à la description idéalisée d'Épictètei.
En .général les mêmes courants régnaient dans la religion et dans la philosophie, celle-ci s'adaptant à la vie le plus exactement possible. Les philosophes s'occupaient de la Fortune (voir Lucain, Plutarque, etc.) ; mais le culte de Tyché était en même temps très répandu. Sur la vieille souche des mythes religieux et philosophiques fleurit alors le mythe de Psyché, dans lequel Apulée transformait selon l'esprit de son temps un thème emprunté à l'Inde. A la renaissance de la foi et au règne de la superstition sous des formes diverses, correspondaient dans la philosophie une tendance au surnaturel et une disposition mystique ; à la confusion des dieux correspondait l'éclectisme. Cependant n'oublions pas les exceptions. Il y a eu aussi, pendant ces deux premiers siècles, des incrédules et des railleurs, comme Lucien, dont nous avons déjà parlé, comme Pline l'Ancien et comme les épicuriens. Pline l'Ancien niait l'existence des dieux et l'immortalité de l'âme, mais il avait un certain respect religieux de la nature, de l'univers dans son ensemble, et il n'était pas complètement exempt de superstition et de crédulité. L'épicurisme était en décadence, et n'eut au temps des empereurs aucun représentant notable. Cependant Sénèque, dans sa correspondance, cite souvent les aphorismes d'Épicure comme ceux d'un maître très respecté; Épictète et Plutarque jugent utile de combattre expressément les épicuriens, et Lucien les cite avec éloge parce qu'ils pénétrèrent les artifices du charlatan d'Abonoteichos.
Le caractère syncrétique et éclectique des doctrines de cette époque est frappant ; Sénèque honorait toutes sortes de « sacrarum opinionum conditores », et même estimait hautement Épicure; dans ces milieux stoïciens on plaçait Socrate et Diogène à côté de Zenon et de Chrysippe; le stoïcien Epictète célébrait les cyniques au delà de toute mesure. Toutefois Epictète et Plutarque s'attaquent, le premier aux néo-académiciens sceptiques et