‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 124 sur 142 · J. Bernays, Lucian und die Cyniker · texte numérisé non relu

J. Bernays, Lucian und die Cyniker

aux épicuriens^ le second non seulement aux -épicuriens, mais aussi aux stoïciens. Cette polémique remplit plusieurs chapitres d'Arrien et plusieurs traités de Plutarque. On y conistate que la manière dont les stoïcien^ défendaient la religion n'était plus satisfaisante pour la foi d'alors. Les stoïciens réduisaient les dieux à des abstractions correspondant a;ux forces naturelles et aux passions de l'âme; admettant l'ordre et la nécessité universels, ils refusaient de reconnaître rexistence du mal et la liberté humaine; ils faisaient une différence considérable entre le petit nombre des sages vivant selon la raison et la multitude des fous. Tout cela répugnait à Plutarque, et le désacord est fondamental.

L'école stoïcienne compte parmi ses adeptes pendant toute cette période beaucoup d'hommes considérables. Nous avons déjà cité Sénèque, Musonius, Epictète, Marc-Aurèle. Les représentants les plus distingués de la littérature et du monde à l'époque de Néron, comme Lucain, Perse, etc., étaient sous l'influence des stoïciens. Dans le stoïcisme de cette période, les doctrines philosophiques passaient au second plan. Aussi ne faut-il pas s'étonner de trouver dans les auteurs des expressions qui ne s'accordent pas exactement avec le système. Epictète lui-même pensait qu'il était oiseux d'approfondir les ouvrages de Chrysippe. Chez Sénèque comme chez Plutarque on est frappé du défaut de tenue logique dans la discussion, et du sens uniquement pratique que prennent les questions. Les stoïciens de ce temps avaient pour souci exclusif de réaliser un idéal de vertu très élevé et presque inaccessible. Epictète a représenté le vrai stoïcien comme un phénomène extrêmement rare : c'est l'homme qui reste toujours heureux et fort, et qui, étranger à toute tristesse et à toute passion, est déjà dieu sous son enveloppe mortelle ^ On s'exerce par des épreuves quotidiennes, précises et souvent douloureuses, que Sénèque ne se lasse pas de recommander, et que Marc-Aurèle a réellement subies. Jamais on n'a reconnu avec une gravité plus profonde la nécessité de la réflexion morale, et l'importance de la vie intérieure. Mais la religion n'y gagnait rien. Sénèque attendait tout de l'effort moral personnel [sihi fidere; fac te ipse felicem). Le sens exact de l'idée de Dieu était indifférent à ces moralistes ; pour Sénèque ce sont choses équivalentes que deus^ mens universi, fatum, natura, mundus, i^rovidentia ; Marc-Aurèle, lui aussi, flottait entre les conceptions les plus diverses de la divinité, et finit par trouver la question d'une importance secondaire. Nous ne trouvons d'accent profondément religieux que dans certains passages d'Epictète, qui considérait comme sa fonction de louer Dieu : que pouvait faire d'autre un vieillard infirme comme lui^? Ce que nous venons de dire de l'idée de Dieu s'applique aussi à la foi dans l'immortalité. Sénèque partageait encore cette croyance, tout en laissant paraître certains doutes ; Epictète et Marc-Aurèle penchaient l'un et l'autre pour la négative. Les moralistes stoïciens ne pouvaient être les vrais appuis et les agents de la renaissance religieuse.

\. Arrien, II, 19.

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