‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 125 sur 142 · ld.,1, 16; voir aussi I, 14, etc · texte numérisé non relu

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Pour se maintenir ou pour revivre en tant que religion, le paganisme avait besoin d'autres appuis. Il les trouva dans la renaissance du pythagorisme et du platonisihé. ; ;

Comme nous l'avons vu, lei néo-pythagorisme s'était installé à Rome avec lès Sextiens, dès le début de l'empire. Il frayait la voie au néo-platonisme, de même que l'ancien pythagorisme avait contribué à la formation intellectuelle de Platon. Au début, cette école n'était pas en hostilité avec le stoïcisme : Sénèque reconnaissait l'influence des néo-pythagoriciens. Mais au ii'' siècle les deux voies s'écartèrent de plus en plus. A la vérité le néo-platonisme, même au n* siècle, n'est encore que dans sa période de formation. C'est plus tard qu'il acheva de mélanger les idées et les rites de la Grèce, de l'Orient et de l'Egypte, et d'élaborer un système spéculatif, mystique et magique. Les platoniciens du ii° siècle étaient relativement modérés ; ils ne manquaient pas de critique, et n'avaient pas encore renoncé à traiter les problèmes d'une façon rationnelle. Cela est vrai notamment de Plutarque ; il nous a laissé un écrit contre la superstition (SsicriSatfxovia). La superstition consiste à croire que les dieux sont à craindre et font le mal; Plutarque la considère comme plus dangereuse dans ses conséquences que l'incrédulité elle-même. Cependant Plutarque a déjà fait les premiers pas dans la voie du mysticisme; il prenait comme critérium de la vérité l'illumination intérieure envoyée par les dieux, déclarait l'essence divine inaccessible à la pensée, et supposait dans l'homme un organe spécial destiné à la connaissance de Dieu. Maxime de Tyr, qui écrivit sur les idoles, et Apulée, ne doivent pas encore être mis au rang des néo-platoniciens proprement dits. Ces penseurs se proposaient pour but, d'une part, de maintenir et de défendre la tradition religieuse, aussi bien dans ses mythes que dans ses pratiques, et, d'autre part, de l'interpréter de telle sorte qu'elle ne fît pas obstacle à une conception plus pure et plus digne de son objet. Les platoniciens furent beaucoup plus féconds que les stoïciens en idées théologiques et religieuses. Tandis que les stoïciens élucidaient l'idéal humain et développaient le contenu de la notion de vertu, les platoniciens se préoccupaient de préciser et d'éclaircir l'idée de Dieu, étudiaient la valeur de la tradition religieuse, la nature de la révélation et autres questions du même ordre. Maints problèmes s'imposaient à la fois aux deux écoles, comme ceux qui ont trait à l'existence du mal. Cette question donna lieu aux problèmes de théorie et de pratique qui firent naître les « consolations )) dont nous avons déjà parlé, et d'importants préliminaires d'une théodicée systématique. Reprenons un à un nos philosophes.

Nous rencontrons d'abord L. Annaeus Seneca (né vers la première année de l'ère chrétienne, mort en 65.) Sénateur dès le règne de Caligula, condamné sous Claude à un exil de huit ans en Corse, rappelé par Agrippine pour diriger l'éducation de Néron, il fut plus tard ministre de cet empereur, et périt pour avoir pris part à la conjuration des Pisons avec la noblesse hostile à la tyrannie. Ses ouvrages ne le représentent pas comme une nature très ferme. Il fait l'impression d'un homme qui

s'exhorte lui -inême en même temps que les autres ; et il semble se ranger lui-même parmi les malades, ou du moins parmi les convalescents. Il considère comme une chose extrêmement difficile de rester ferme dans la vertu, rriais il sait décrire les inaladies et les dangers de l'âme avec une justesse frappante. Il est singulier qu'il ait à la fois le sentiment que l'homme est pécheur, ou du moins faible dans le bien, et la conviction que la vertu est naturelle. De là résulte une insoluble contradiction entre le profond sentiment que Sénèque éprouve de la faiblesse humaine, et les moyens dont il prône l'efficacité : avoir confiance en soi-même, se représenter l'âme d'un homme grand et bon, se placer dans la disposition d'esprit qui serait la sienne. Ce qui est le plus pénible pour Sénèque, c'est de s'accommoder de l'idée de la mort. Il est passionnément attaché à la vie et à ses biens, mais il voit que le manque de sécurité est à son comble. De là les réflexions et les belles maximes si nombreuses, par lesquelles il se prépare à la perte de tous les biens auxquels tient son cœur. Il se rappelle à lui-même la formule : nemo cum sarcinis enatat; il se dépeint l'âme qui quitte le monde satisfaite et plus noble; il conseille de relâcher progressivement les liens multiples qui nous attachent à la vie, il affermit son cœur en proclamant l'immortalité et appelle le jour de la mort œterni naialis. Mais nous éprouvons l'impression qu'aucun de ces moyens n'est d'un effet pleinement satisfaisant et durable. La philosophie de Sénèque reste la philosophie de la peur.

La préparation à la mort est donc une des fins essentielles de la philosophie. Cependant Sénèque admet des cas où la mort est souhaitable, et même des circonstances qui justifient le suicide : celles où manquent les conditions de la vie spirituelle, et où l'on ne prolongerait son existence que pour souffrir davantage. Sénèque a du reste abordé également le problème de la souffrance; il le traite à fond, notamment dans son traité De Providentia, sive quare bonis viris mala accidani, cum sit providentia. La philosophie stoïcienne explique la souffrance en montrant que tout dans l'univers et dans ses diverses parties arrive conformément à la nature, et par suite que tout est bien. Cette réponse ne satisfait pas Sénèque; outre sa nécessité, il reconnaît à la souffrance une valeur morale et pédagogique : calamitas virtutis occasio. La divinité rend un homme déjà noble plus noble encore en l'affligeant ; la force d'âme que manifeste dans le malheur un homme comme Caton est un exemple divin ; la vie sans souffrance, suivant le mot du philosophe cynique Démétrius, serait un mare mortuum.

Le meilleur de Sénèque, c'est le pur enthousiasme que lui inspire l'idée d'humanité. Au début du règne de Néron qui lui donnait alors de si grandes espérances, il lui fait faire comme programme de gouvernement une profession de foi qui respire vie plus profond amour des hommes ^ C'est Sénèque qui a écrit les paroles célèbres : homo res sacra homini 2.

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