Ep., 95; cf. Ep
Il a été le premier à condamner sans réserve les combats de gladiateurs et à exprimer ouvertement son mépris pour ceux qui s'y complaisaient; il enseignait l'égalité des hommes suivant la nature et devant la philosophie. Il défendit les esclaves, enseigna que l'on devait reconnaître et respecter en eux l'humanité, citait des exemples de vertu et de grandeur d'âme chez les esclaves, et se plaisait à opposer les maîtres esclaves de leurs vices aux esclaves libres dans leur vertu*.
Quels rapports eut-il avec le christianisme ^? De bonne heure on avait remarqué le ton chrétien qui règne dans ses écrits. Les pères de l'Église, TertuUien, Lactance, Augustin, le considéraient comme un homme qui effleurait souvent la connaissance de la vérité : sœpe noster. Saint Augustin connaissait déjà l'existence d'une correspondance entre le philosophe et l'apôtre saint Paul. Jérôme compte formellement Sénèque au nombre des saints chrétiens. Les circonstances ont pu fournir à Sénèque et à Paul l'occasion de se connaître. Gallion, devant le tribunal duquel Paul fut traîné à Corinthe (cf. Acif., xvm, 12 et suiv.), était frère de Sénèque, qui, à Rome, comme ministre de Néron, eut connaissance du procès. On aurait dû s'apercevoir que l'on se trouve ici en présence d'un problème ingrat et infécond^. Les parallèles sont parfois extrêmement superficiels. Les quatorze lettres de la correspondance entre Paul et Sénèque sont si ridicules, que personne n'en admet l'authenticité. Quant à l'hypothèse d'une autre correspondance, qui serait authentique, elle ne repose sur rien. Enfin, ce qui est décisif, Sénèque ne parle nulle part du christianisme, et on ne trouve rien chez lui qui implique nécessairement son influence. Quant à dire avec Bruno Bauer que Sénèque est un des fondateurs du christianisme, et que ses écrits ont influencé la rédaction du Nouveau Testament, c'est une hypothèse également stérile et d'ailleurs oiseuse. Mais il convient de remarquer que chez Sénèque, comme chez beaucoup de contemporains, l'esprit du temps tendait à soulever dans le monde païen des questions nouvelles, à éveiller des besoins et à introduire des pensées qui préparaient les âmes au christianisme. Il en est pour Sénèque comme pour Virgile. On commence à respirer l'atmosphère dans laquelle le christianisme devait prospérer. Mais, sous le règne de Néron, la rencontre était encore assez éloignée. Le christianisme, toujours attaché à la synagogue, n'était pas encore considéré comme un phénomène particulier et nouveau ; quant à la persécution des chrétiens sous Néron, peut-être faut-il l'attribuer à cette circonstance