‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 2 sur 142 · INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE VU · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE VU

tepie de la Saussaye s'est justèriieiit méfié des synthèses prématurées et qu'il s'est bien gardé de dénaturer les faits en leur imposant l'ordre factice d'une classification provisoire. Le plan purement conventionnel qu'il a choisi, où les religions sont présentées par parties du monde et par pays, est préférable dans un livre de cette sorte à un ordre méthodique, si parfait qu'il soit; car on n'en peut concevoir un qui soit assez souple pour se prêter à l'infinie diversité des laits.

Quant à la position théorique de M. Ghantepie de la Saussaye et de ses collaborateurs, elle est des plus stables. Ils ne sont, semble-t-il, d'aucune école. C'est pour leur œuvre une chance de survivre aux doctrines caduques. Placée à la rencontre des grandes méthodes de l'histoire des religions, elle fait à chacune sa part avec le plus louable éclectisme. Si cet éclectisme n'est pas à recommander à ceux qui prétendent enrichir la science, il est indispensable à ceux qui veulent en faire la somme. Faute d'un système véritablement compréhensif, en dehors duquel il ne puisse pas y avoir de vérité, c'est l'éclectisme qui en comporte le plus. Il est d'ailleurs, dans le cas présent, parfaitement légitime. Car les théories, qui ont été en leur temps toute la vérité, contiennent toujours quelques parcelles de la vérité totale et leurs auteurs n'ont péché que par généralisation hâtive; a nous de déterminer à quel ordre de faits se sont bornées leurs observations et doivent se limiter leurs conclusions.

S'agit-il de mythologie, on trouve en effet dans les mythes, à la fois et tour à tour, de l'histoire, des symboles, des appellations communes à toute une famille de langues, des thèmes de contes, des indices d'institutions ou des faits divers primitifs sur lesquels ont successivement appelé l'attention les symbolistes, les linguistes, les folkloristes, les anthropologues et les ethnographes. Il est certain que les mythes sont représentatifs, qu'ils sont, à la façon des primitifs ou des poètes, l'histoire de la nature dans ses rapports avec les hommes ; il n'en est pas moins vrai que le symbolisme ne rend pas compte de tous leurs épisodes; : — il est certain que les noms sont immédiatement et naturellement susceptibles de personnification et d'autre part que des images ou des dictons contiennent des mythes en puissance ; mais il est également sûr que les thèmes des mythes ne sont pas de simples images et que leurs personnages sont autre chose que des vocables; — il est certain que les religions s'empruntent des mythes les unes aux autres et que les voyageurs en transplantent; mais il est aussi vrai que les mythologies se déve-

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loppent généralement sur pla^e;— il est certain que les diverses mythologies d'un groupe de peuples liés par des relations historiques ont des traits communs; nul ne peut contester d'autre part que, d'un bout à l'autre du monde, mythes et fables se ressemblent. Il serait facile de prolonger la liste de ces propositions contraires, mais également justes, sous la réserve de leur généralité, et de réduire les affirmations de tous les auteurs qui se sont occupés de ces matières à deux séries parallèles de thèses et d'antithèses, les unes et les autres soutenables. Elles sont vraies soit en même temps, scjit successivement. Les peuples ont eu leurs périodes de symbolisme, de naturalisme, d'évhémérisme. On peut donc dire que théoriquement chaque système d'exégèse mythologique rend bien compte d'un - moment ou d'une période de la vie des mythes.

Au surplus, si nous passons des systèmes de mythologie aux systèmes généraux d'études religieuses, nous constatons qu'ils finissent par rendre complète l'investigation des faits, mettant en lumière, qui les mythes, qui les rites, qui les cultes et leurs aires d'extension, qui les églises et les groupes de fidèles. Il n'y a donc pas en réalité de système qui tombe tout à fait et les écoles sont abandonnées plutôt que détruites; c'est la curiosité qui se déplace et passe, par exemple, de la signification symbolique des mythes au résidu d'histoire qu'ils contiennent ou bien à leur nomenclature, à leurs origines, puis à leur fonction et à leur raison d'être; si bien que les historiens, éclectiques par devoir, qui se préoccupent de coUiger l'ensemble des faits et d'en montrer tous les aspects, ne se trouvent souvent en présence que de réponses vieillies dont ils doivent se contenter. Il y a des recherches qui s'imposent toujours, mais qui, par la faute des théoriciens, n'ont pas profité de l'avance générale des théories; c'est ainsi que nous voyons se rouvrir aujourd'hui le débat sur l'origine des Aryens, avec un apport de nouveaux arguments empruntés à l'archéologie préhistorique, mais avec une méthode qui rappelle trop encore le temps où l'on prétendait retracer l'histoire de leurs ancêtres en dressant simplement l'index comparatif de leurs langues. La science ne s'arrête pas pour refaire son ouvrage ; elle marche d'un mouvement continu. Il y a bien un flux et un reflux de doctrines, qui font succéder fatalement à un flot de généralisations quelques heures de calme, de prudence, de minutieuses recherches, mais ce sont toujours les mêmes eaux qui montent ou qui descendent et chaque marée ajoute à l'apport des marées anciennes sa bande de

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