‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 32 sur 142 · Les forgerons d'Horus {Études de Myth., II, 313 sqq · texte numérisé non relu

Les forgerons d'Horus {Études de Myth., II, 313 sqq

nique; Maspero a probablement raison de les expliquer par l'union de divinités voisines. Les triades se composent, en principe, d'un père, d'une mère, d'un fils ; mais on trouve d'autres types de triade : celle d'Eléphantine comprend un dieu et deux déesses.

Il va de soi que la force et l'importance d'un dieu étaient en rapport avec celles de la ville ou du nome dont il était le seigneur et le dieu local. Quelques-uns des anciens dieux égyptiens, n'ayant pas dépassé les frontières de leur canton d'origine, n'ont jamais vu s'accroître d'une façon notable le nombre de leurs adorateurs; d'autres, au contraire, ont grandi avec l'importance politique de leur patrie. Quand l'empire fut unifié, le dieu local de la capitale se plaça naturellement au premier rang ; le dieu local du nome d'où était originaire la famille régnante fut aussi particulièrement honoré. Les rois eurent de tout temps un zèle pieux pour les cultes locaux, mais leurs faveurs furent graduées selon l'importance des villes. Jamais ils n'oublièrent le temple de Plitah à Memphis, le temple du Soleil à Héliopolis, le temple d'Osiris à Abydos et les autres grands sanctuaires du pays; par contre Ramsès II ne craignit pas de détruire sans façon de petits sanctuaires pour se procurer des matériaux de construction à l'usage des temples de ses dieux favoris.

Mais l'importance politique du siège du culte ne contribue pas seule à l'influence d'une divinité locale ; la religion égyptienne nous montre aussi que la force religieuse d'un mythe et des concepts qui se rattachent à un dieu, suffit à lui assurer une puissance exceptionnelle sur les âmes. Nous songeons ici à Osiris et à son mythe. De même s'explique la marche victorieuse du culte des théologiens d'Héliopolis, qui peu à peu a transformé plus ou moins les vieux dieux locaux en dieux solaires. Ce mouvement tout spirituel, secondé par la politique sous le nouvel empire, fit d'Amon-Râ thébain le dieu national de l'Egypte.

Ces raisons politiques et religieuses, par leur action commune et incessante, expliquent en grande partie comment du culte local on arrive à un culte national; mais on ne peut pas toujours et dans tous les cas suivre cette évolution dans le détail.

Le dieu local, qui était naturellement aux yeux de ses adorateurs la divinité la plus puissante et créatrice de toutes choses, était d'ailleurs de nature variable, dieu solaire comme Anhour, Toum et Horus d'Edfou, dieu de la terre comme l'étaient vraisemblablement Set, Amon et Min, dieu Nil comme Khnoumou, Harschefitou et Osiris. ou personnification du ciel comme Hâthor. Quelques nomes avaient des déesses comme patronnes, telles que Neit, Sokhit, Hâthor. Il y avait enfin des dieux locaux anonymes comme « celui qui est dans l'Occident » {Khontamentit). Ces dieux locaux sont malheureusement trop peu connus, nous l'avons déjà dit, surtout ceux de la Haute-Egypte. A l'exception de la légende osirienne, aucun des mythes relatifs aux dieux locaux ne nous est parvenu. Il semble que les divers dieux des tombeaux et des morts aient eu aussi un culte local; c'est ce qui ressort de la présence dans beaucoup de nomes, à côté du dieu de la cité, d'un dieu des morts pourvu d'un culte particu-

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lier, et seigneur de la nécropole dépendant de la ville. Sokaris à Memphis, Khontamentit à Abydos, Anubis à Siout étaient des dieux funéraires locaux. Nous ne savons pas s'il y avait ailleurs des dieux analogues adorés dans les nécropoles et nous ne pouvons pas non plus déterminer quels étaient les rapports entre le dieu des vivants et celui des morts. Les dieux des morts devinrent bientôt la proie des spéculations théologiques ou furent supplantés par Osiris.

Cependant les cultes locaux ne sont pas tout. Il y a un certain nombre de divinités qui devaient être adorées dans toute la vallée du Nil, et qui n'avaient pas de culte particulier. C'étaient les dieux de la lumière, du ciel et des éléments : Râ, le dieu solaire; Ah, la lune; Nouit, le ciel; Seb, la terre; Hdpi, le Nil. Ces êtres qui restaient éloignés des hommes furent pour la plus grande partie identifiés de très bonne heure avec certains dieux locaux de figures semblables : ainsi Râ avec Horus et Toum, Ah avec Thot, Nouit avec Hâtor, Hâpi avec Osiris et Harschefîtou. On ne peut dire avec précision quel fut le rôle des astres dans la religion du peuple en Egypte; leur influence était considérable en théologie; de très bonne heure les étoiles les plus brillantes furent mises en connexion avec les divinités principales. Il semble aussi que quelques divinités ou démons en rapport avec la vie furent universellement adorés, telles les déesses des moissons et les déesses de la naissance.

Le dieu qui fut de tout temps le plus universellement adoré est le soleil, Râ, Sous ce nom il n'avait pas de culte local, mais il en eut sous d'autres noms. Râ n'habitait pas sur terre, comme les dieux locaux, au milieu de ses adorateurs; il naviguait au ciel dans sa barque; il était le bienfaiteur de la nature entière, le dispensateur de toute vie, le maître du temps, le défenseur de l'Egypte, vers qui les hommes se tournaient avec des actions de grâces. Râ est la lumière qui anéantit les ténèbres; tous les jours il combat avec le serpent des nuées Apophis ; quoiqu'il semble blessé, le soir, dans les ténèbres, chaque matin il surgit de nouveau triomphant. Cette course quotidienne du soleil au ciel a captivé au plus haut point les imaginations et fut le point de départ de mythes et de spéculations théologiques. Râ fut de bonne heure considéré, par évhémérisme, comme le premier roi d'Egypte; sur lui et sur son histoire tout un cycle de légendes se constitua, dont quelques fragments sont venus jusqu'à nous. On conta comment par ses charmes magiques Isis força le roi Râ vieillissant à lui dire son nom et à l'admettre au partage de sa puissance divine. Râ fut piqué par un serpent venimeux façonné par Isis; et la déesse ne voulut pas détruire le venin dans le corps de Râ avant qu'il lui eût dit son nom caché et donné à Horus ses deux yeux, le soleil et la lune. Un autre fragment expose comment les hommes se révoltèrent contre Râ quand il devint vieux : Hâthor fut envoyée pour tuer les hommes, et Sokhit, la déesse guerrière, piétina dans le sang des cadavres. Mais Râ mit fin au carnage; il résolut alors d'habiter au ciel et de créer un monde nouveau.

Les rois de la V^ dynastie avaient voué à Râ un culte spécial dans des

sanctuaires dont les noms nous sont parvenus. Faut-il voir là une tentative en vue d'établir une religion d'État unifiée? Cette question est encore insoluble; d'ailleurs ce culte ne se maintint pas longtemps. Les signes hiéroglyphiques nous montrent que ces sanctuaires de Râ avaient une forme caractéristique; sur un soubassement carré à pans inclinés, un obélisque pointait. Ils étaient desservis par un nombreux corps sacerdotal; parfois Hâthor et Horus étaient associés au culte. On sait que de tout temps les obélisques furent mis en rapport avec le culte solaire. De très bonne heure Râ fut identifié aux dieux solaires locaux Toum et Horus; enfin la théologie solaire, dont le centre était Héliopolis, imposa à tout le pays sa puissance spirituelle , jetant en son creuset la plupart des divinités pour les transmuer en divinités solaires. Une des combinaisons les plus communes est « Râ-Horus dans les deux horizons»; sous le nouvel empire, Amon-Râ sera le dieu dominant du Panthéon égyptien.

Seb (la terre) et Nouit (le ciel), S chou et lafnouit, sont des divinités cosmogoniques sans culte local. Aux plus anciennes époques, Seb (ou Qeb) apparaît parfois comme dieu des morts ; mais en cette qualité il fut presque complètement éclipsé par Osiris. Nouit se maintint très longtemps comme déesse funéraire : elle apparaissait au défunt dans un sycomore sacré, quand il entrait dans la région des morts, et lui présentait l'eau et le pain.

Horus est un des dieux les plus importants de l'ancienne Egypte; mais on ne peut encore définir avec sûreté sa nature. Dès les plus anciens tombeaux et les textes des Pyramides on trouve mentionnées plusieurs formes d'Horus; il semble qu'il était généralement adoré comme dieu solaire. Hor-our, Horus l'aîné, fut considéré comme une personnification du ciel. On se figurait le ciel comme une grande face dont l'œil droit et l'œil gauche sont le soleil et la lune; cette face était encadrée par quatre mèches de cheveux ou par les quatre enfants d'Horus, Amset, Bâpi, Douamoutef et Qebehsonouf. Une des formes les plus fréquentes d'Horus, dieu solaire, était Hormakhouti (Horus des deux horizons), l'Harmacliis des Grecs, que doit représenter le grand Sphinx de Gizeh : c'est le soleil' qui dans sa route journalière va de l'horizon oriental à l'horizon occidental. Comme dieu solaire, Horus fut de bonne heure mis en rapport avec Râ, et devint son âme ou son fils, qui combat, comme Râ, avec les puissances des ténèbres. A Edfou son symbole était un disque solaire ailé, et l'épervier était son oiseau sacré; le dieu lui-même est représenté avec une tête d'épervier. Dans la légende d'Osiris, Horus apparaît comme fils d'Isis; est-ce une divinité autre qu' « Horus l'aîné », comme le pensent la plupart des égyptologues ? On ne saurait le décider. La forme d'Horus Harpakhroud, « Horus l'enfant », devint pour les Grecs Harpocrate. On a fait de lui le dieu du silence, par suite d'une erreur d'interprétation de la figure égyptienne qui nous le montre sous la forme d'un enfant portant son doigt à sa bouche. Sur les progrès faits dans la vallée du Nil par le culte d'Horus, nous sommes renseignés par certains

détails du mythe d'Horus d'Edfou; en beaucoup d'endroits Horus a dû s'assimiler au dieu local quand celui-ci était un dieu solaire, tel que Sopdou par exemple, dieu du Delta oriental; originellement ce dieu personnifiait la lumière zodiacale qui, sous forme de pyramide triangulaire, est visible au ciel le matin et le soir.

Toum était le seigneur de On (Héliopolis) dans la Basse-Egypte; c'est là que la théologie solaire, qui devait exercer une si grande influence sur l'évolution religieuse, acheva de se former. Toum était un dieu solaire, mais en tant que dieu populaire nous le connaissons très mal. On le représentait toujours sous la forme humaine. La déesse lousas, qui, à une époque assez basse, fut adorée à Héliopolis comme son épouse, était vraisemblablement une création artificielle des théologiens.

Phtah, le grand dieu de Memphis, est un des principaux parmi les dieux égyptiens. Memphis, capitale de l'ancien empire, valut une grande puissance à son dieu local; aussi son culte fut-il de tout temps fort étendu. D'après Maspero, c'était primitivement un dieu de la terre, comme aussi le vieux dieu Totounen, avec qui on l'identifia bientôt. A côté de lui on adorait à Memphis le dieu funéraire Sokaris ; mais de très bonne heure Phtah fut combiné avec lui pour faire un Phtah- Sokaris ; il prit alors la forme d'un homme momifié. Quand le culte d'Osiris se fut

étendu sur toute l'Egypte, Osiris ne semble pas aVoir réussi à éclipser l'ancien dieu funéraire, et l'on voit alors se former une nouvelle combinaison : Phtah-Sokaris-Osiris. Sokaris était la forme morte de Phtah; le taureau sacré Apis fut sa forme vivante, son fils, celui qui renouvelle sa vie sur la terre et qui reçoit les adorations des vivants. Les Grecs nous ont laissé de nombreux renseignements sur Apis. Son culte à Memphis est extrêmement ancien, bien qu'il ne nous soit connu en détail que depuis la XVHP dynastie. En 1831, Mariette a trouvé ce qu'on appelle le Sérapéum de Memphis, c'est à- dire la nécropole des taureaux Apis, avec les momies de soixante-quatre d'entre eux : la plus ancienne date du règne d'Aménophis IH (XVIIP dynastie). Apis défunt était Osiris-Apis, que les Grecs ont appelé Sérapis.

Phtah était associé avec une déesse à tête de lionne, Sokhit. Selon Maspero, c'était à l'origine la déesse locale de Latopolis, dans le voisinage de Memphis; déesse du ciel, elle était la parente d'Hâthor. Ses relations et celles de son fils Nofir-2'oum avec Phtah sont d'importance secondaire. Les textes la décrivent comme une déesse guerrière qui détruit par le feu. Dans la triade de Memphis, Nofir-Toum fut remplacé, à la basse époque, par Imhotep, l'Imouthès des Grecs. Le culte de ce dieu fut très populaire à l'époque hellénistique ; on reconnaissait en lui un dieu savant, un magicien, réputé pour sa science médicale.

Osiris a tenu une place considérable dans la foi populaire et dans les doctrines relatives aux morts; les textes relatifs à Osiris sont nombreux, mais cependant les égyptologues ne sont pas d'accord à son sujet. Alors qu'on estimait son culte originaire d'Abydos, Maspero a tenté récemment d'établir qu'il sortait de la Basse-Egypte. Brugsch et Ed. Meyer voient

dans Osiris un dieu solaire; d'après Maspero, il serait originellement un dieu Nil ou un dieu des morts qui fut plus tard seulement identifié avec le soleil mort (le soleil du monde nocturne) et compris dès lors parmi les dieux solaires. Tiele pense que c'était un dieu commun à toute la nation; il semble bien d'ailleurs qu'il le soit devenu de très bonne heure. En raison même de son importance et du grand nombre de ses adorateurs, sa physionomie originelle fut, au cours des siècles, déformée par les théologiens jusqu'à en devenir méconnaissable. Dans le Delta son culte se perdait dans le passé : il s'appelait le Seigneur de Busiris, et là on l'adorait sous la forme d'un arbre ébranché (du moins c'est ce que semble indiquer le signe hiéroglyphique) ; plus tard cet arbre fut considéré par les théologiens comme l'épine dorsale du dieu. A Mendès il était représenté par un bélier sacré. Il est possible qu'Osiris ait été identifié avec les dieux locaux primitifs de ces districts, un dieu Nil à Mendès, le dieu Didou (nom de l'arbre ébranché) à Busiris. Il fut confondu très vite avec le dieu funéraire Khontamentit d'Abydos, et à l'époque historique, on le connaissait surtout comme Osiris Khontamentit, « Osiris dans l'Occident^ ». Abydos devint la ville sainte d'Osiris, celle où l'on montrait son tombeau; beaucoup de villes se vantaient de posséder quelque relique d'Osiris, débris de son corps mis en lambeaux par Set. En tant que dieu des morts on l'assimila, nous l'avons vu, non seulement à Khontamentit, mais aussi à Phtah-Sokaris de Memphis; quant aux autres dieux des morts, comme Seb, il semble les aYoir presque complètement éclipsés. Son mythe fut un noyau autour duquel s'aggloméra l'histoire, non seulement des deux autres membres de sa triade, Isis et Horus, mais aussi celle de toute une série d'autres dieux : Set, Nephthys, Anubis, Seb, Thot, etc. La doctrine osirienne n'avait peut-être pas la force d'éliminer de la vie spirituelle les vieilles conceptions, mais elle apportait avec elle des éléments nouveaux qui modifiaient les anciennes croyances, et la nouvelle foi s'imposait victorieusement aux esprits.

Plutarque nous a conté le mythe d'Osiris et d'Isis d'après des traditions de basse époque. Son récit a été confirmé en gros par les textes égyptiens ; mais ceux-ci ne nous donnent que de brèves allusions au mythe et des fragments peu compréhensibles. Les personnages principaux de ce mythe sont, en dehors d'Osiris, fils de Seb et de Nouit, Isis, sa sœur et épouse, Set son frère, et Horus fils d'Isis. D'après Maspero, Isis était à l'origine une déesse locale de Bouto, au centre du Delta, dans le voisinage de Busiris. Ce voisinage doit expliquer, selon lui, son union avec Osiris. Set était un dieu local du Delta oriental. D'où sortait Horus, était-il ou non le même Horus que le dieu solaire précédemment cité? on ne saurait le dire. Osiris était le roi sage et bienfaisant de l'Egypte; son frère Set lui tendit de perfides embûches et l'enferma dans un cercueil qui, jeté à la mer, arriva à Byblos^. Pendant ce temps Isis enfantait Horus et se met-

1. * Sur les rites osiriens à Busiris et Abydos, cf. Lefébure, Sphinx, III, p. 129.

2. * Voir à ce sujet Lefébure, Osiris à Byblos {Sphinx, Y, p. 270).

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tait en quête d'Osiris. Quand elle eut trouvé le cercueil, elle le cacha, mais Set, l'ayant découvert, reconnut le corps d'Osiris, le lacéra, et dispersa les membres épars du cadavre. Pieusement, Isis les chercha pour les rassembler; avec l'aide d'Anubis et d'Horus et par des procédés mag-iques, le cadavre fut reconstitué et ranimé. Horus vainquit le meurtrier et vengea son père; mais Set semble n'avoir jamais été vaincu définitivement; Seb termina le conflit en partageant l'Egypte entre Horus et Set. Maspero voit dans cette histoire un mythe destiné à expliquer comment la mort entra dans l'univers. Osiris est le premier homme et, en même temps, le premier mort; Set n'est pas le principe du mal moral, c'est le mal matériel, la mort. A ceux qui voyaient en Osiris un dieu Nil, la pensée se présenta tout de suite que le combat entre Osiris-Isîs-Horus et Set représente l'éternel combat naturel entre le Nil et le pays fertilisé par le Nil d'une part, et le désert d'autre part. Plus tard Set devint le mal personnifié ; la victoire d'Horus fut la victoire du bon principe, analogue à la victoire de Râ sur les ténèbres. Osiris mort, mais rappelé à la vie, est le roi des morts réunis dans son royaume de l'au-delà. Il est le grand et puissant ami des morts, 1' « Être bon )) [Ounnofir). En général on le représente comme un homme enveloppé des bandelettes de la momie.

Il est encore plus difficile de définir le caractère originel du dieu Set, que les Grecs appelaient Typhon ^ Quelques-uns voient en lui un ancien dieu sémitique, adoré dans la partie orientale du Delta où une population sémitique peut avoir habité; c'est à ce titre qu'on l'a regardé comme le dieu national des Hyksos. Cette idée n'est pourtant pas soutenable, car dans les plus anciens monuments Set est mentionné comme un véritable dieu égyptien. C'était peut-être à l'origine, comme le pense Maspero, un dieu de la terre, le démon du désert sablonneux et infertile : son culte était primitivement localisé dans le Delta oriental. Sur lui aussi la théologie solaire semble avoir eu prise, car nous le trouvons plus tard adoré, à Tanis et ailleurs, comme représentant l'ardeur dévorante du soleil. Les Hyksos ont identifié leur dieu principal avec le dieu Set, et l'ont adoré sous le nom de Soutekh, nom qu'il porte déjà sous le moyen empire. Cette assimilation a sans doute puissamment contribué à faire de Set un dieu mauvais. Il est arrivé souvent qu'on effaçât son nom des monuments. Ses animaux sacrés : le crocodile, l'âne et l'hippopotame, ont également un caractère funeste. Quand on eut fait d'Osiris un dieu solaire. Set devint le dieu des ténèbres et s'identifia à Apophis : Horus, le soleil du lendemain, vengeait la mort de son père tombé sous les coups de son ennemi. Dans le mythe local de l'Horus d'Edfou, on attribue à Set le rôle du serpent des nuages. Nous trouvons ici une adaptation du mythe d'Osiris aux phénomènes solaires : il est tout naturel en effet qu'Osiris et Râ aient été plus ou moins confondus, tout comme Horus fils d'Isis et Horus dieu solaire; leurs mythes se sont si bien mêlés que nous avons grand'peine à les distinguer aujourd'hui. On représentait Set comme un animal fabu-

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