‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 72 sur 142 · Honi., Hymne à Aphrodite, 266 et suiv · texte numérisé non relu

Honi., Hymne à Aphrodite, 266 et suiv

de Dionysos sur des troncs d'arbres noueux. Par contre, le fait que certains arbres étaient surtout consacrés à certaines divinités, comme le chêne àZeus, l'olivier à Athéné, ne doit pas tenir à l'ancien culte des arbres.

On rencontre encore bien plus souvent le culte des animaux que la dendrolâtrie ^ Sans doute à l'époque historique ce n'était que par exception que des animaux sacrés étaient entretenus et qu'on leur offrait des sacrifices. En fait, seuls les serpents qui participaient au culte de certains dieux, comme les Asclépiades, ou qui incarnaient des âmes de héros recevaient un véritable culte. Nous en connaissons plusieurs exemples : le serpent de Déméter à Eleusis, l'olxoupôç ocpiç à l'Acropole d'Athènes, à qui Ton offrait tous les mois des gâteaux de miel, le serpent d'Olympie, démon protecteur d'Elis, etc. A ces quelques survivances il faut joindre les très nombreux témoignages du mythe et du culte. Sans doute, les faits ne sont pas toujours très clairs : il y a des animaux sacrés pour lesquels il faut se demander s'ils étaient vraiment objet de culte primitif et divinités de clan (totenis), ou si on les considérait simplement comme des animaux prophétiques, par exemple les loups et les oiseaux, ou symboliques, tels, par exemple, les animaux très prolifiques attachés à Aphrodite. Il est pourtant certain qu'il restait quelque chose de l'antique zoolâtrie dans les hommages rendus aux bêtes consacrées à certaines divinités. Quelquefois le nouveau dieu plaça près de lui l'ancien dieu animal, ainsi les souris dans le temple d'Apollon Sminthée, ou le hibou d'Athéna. D'autres fois la divinité conserve encore les attributs ou la moitié de la forme d'un animal : on rencontre Dionysos sous la forme d'un taureau ou du moins avec des cornes de taureau et Déméter avec une crinière de cheval. Ou bien les dieux empruntent de temps à autre la forme d'un animal : Zeus se métamorphose en taureau, en cygne, même en fourmi; Apollon se change en dauphin pour montrer la route de Delphes aux vaisseaux crétois ; Dionysos en lion pour punir les pirates tyrrhéniens. Aux mythes de métamorphoses divines il faut ajouter les récits de métamorphoses humaines. Ces légendes permirent à un mythographe puéril comme Antoninus Liberalis et à Ovide, d'envisager toute la mythologie au point de vue des métamorphoses. Nulle part la mythologie grecque ne montre mieux sa parenté avec celle des races dites sauvages que dans ces récits où les dieux ne sont que de grands magiciens et où il n'existe presque plus de ligne de démarcation entre les hommes et les bêtes.

Le culte des animaux nous mène à celui des puissances souterraines. Le rôle que le serpent jouait dans le culte béotien ne s'explique que d'une seule façon : on supposait que cet animal qui se cache dans les replis du sol était en rapport avec les êtres habitant l'intérieur de la terre. Le fait d'offrir aux serpents sacrés des mets que les serpents ne mangent pas, mais qui, comme le miel, sont les offrandes faites habituellement aux

i. W. de Visser, De G'rœcorum diis non refej^entibus speciem humattam, 1900. Cf. P. Perdrizet, Bulletin de Corr. hellén., 1899, p. 633.

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dieux chthoniens, montre clairement que ce rite n'avait pas pour objet spécial de nourrir ces animaux. En réalité nous trouvons dans la Grèce antique deux sortes de cultes rendus aux habitants du monde inférieur : le premier s'adresse aux âmes des morts et le second aux dieux chthoniens. Du premier nous avons maint témoignage direct. On en trouve d'abord dans les tombes des vieilles capitales de la période mycénienne que les fouilles ont mises à jour, puis dans les cultes postérieurs. Les Athéniens avaient une fête de tous les morts, la journée des libations (;c°^î) pendant les Anthestéries, en février; on s'efforçait ce jour-là de charmer les ombres en général, car à cette date tous les morts quittaient leurs demeures souterraines pour errer sur terre; on prenait alors toutes sortes de précautions pour écarter ces visiteurs fâcheux; on couvrait les portes de poix, de feuilles d'aubépine mâchées, et la famille apportait à ses morts des dons et des libations K Homère donne une idée des présents offerts aux défunts, quand il décrit les funérailles solennelles dePatrocle; elles étaient accompagnées de sacrifices sanglants et même de sacrifices humains. Selon combattit ces sacrifices et défendit, par exemple, que l'on continuât à tuer un bœuf sur la tombe ; on observa cependant cet usage pendant longtemps encore, malgré l'interdiction. On peut du reste se demander s'il est permis d'appeler vraiment culte des morts ces pratiques funéraires. Il est clair qu'il ne s'agit ici que d'une invocation des défunts, que de soins donnés aux morts, semblables à ceux que l'on observe chez tous les peuples primitifs, et de mesures de protection inspirées par la croyance aux revenants; les Grecs disent pratiquer ces dernières « pour détourner la colère (p-tjviç) » des morts.

Les dieux chthoniens étaient au contraire l'objet d'un culte direct. On ne peut nier que le culte des divinités de la terre ne remonte très haut chez les Grecs. Il rappelle si exactement les rites d'autres religions ariennnes qu'on ne peut pas s'empêcher de le rattacher au fonds indo-germanique commun. Ce qu'il y a de vraiment grec dans les cultes chthoniens nous reporte déjà à une haute antiquité; plus que les autres, ces cultes sont attachés à des endroits précis ; les offrandes d'hydromel et de bouillie semblent dater d'une époque où le vin aussi bien que le pain cuit au four étaient encore inconnus; on n'y employait pas de choses nouvellement inventées, comme l'huile. Très significatif est le rapport étroit qui unit les dieux chthoniens à la végétation, surtout à la végétation des champs : il nous ramène à la vie primitive des Grecs , peuple d'agriculteurs. Hésiode recommande particulièrement au paysan la prière à Zeus chthonien. Remarquons que Hadès est Pluton, « dispensateur delà richesse », et que la Gaia primitive, qui réside dans les profondeurs de la terre, est aussi la déesse des plantes; dans le mythe de Déméter nous voyons la terre nourricière et Perséphone, la reine des morts, comme protagonistes du drame qui représente le cours annuel de la nature et de l'agriculture.

Ainsi les dieux chthoniens, divinités de la nature et des champs, ont un

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