‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 78 sur 142 · VI · texte numérisé non relu

VI

Stir le culte, le passage de l'Iliade, IX, 498-512, est classique. Nous y voyons que les dieux sont crpeTZTol, qu'ils se laissent fléchir par les sacrifices et les offrandes, les prières et les promesses solennelles des hommes. Nous y voyons aussi le portrait des Prières (Xtrai), filles de Zeus, qui poursuivent en boitant le châtiment agile [ar-q). Le culte servait donc à gagner la faveur des dieux et à détourner le malheur. Homère parle rarement d'un culte régulier, se célébrant à des époques déterminées, et de fêtes périodiques; il cite le sacrifice annuel que les Athéniens offraient à Erechthée, et il parle, une seule fois aussi, des courses de la « sainte Elis ». Mais en général c'était le besoin ou la nécessité du moment qui portait les hommes à s'adresser aux dieux au moyen de sacrifices, de prières et de vœux. Car on se représentait les dieux comme des SojTTjpsç latriv, qui ne répandaient pas seulement des bienfaits, mais pouvaient aussi envoyer le malheur ^ C'est pourquoi on s'efforçait de les rendre propices, de les fléchir par des dons. On annonçait naïvement son intention dans la prière. La forme de la prière dans Homère est le plus souvent la suivante; elle commence par yJSjQ'. et l'invocation de la divinité à laquelle on s'adresse, elle indique ensuite la raison pour laquelle on se permet de demander à être écouté, enfin vient la requête elle-même ; le suppliant se réclame volontiers des précédents dans lesquels il a obtenu la faveur des dieux; il vante aussi ses propres mérites, ses sacrifices, ses offrandes. La demande ne dépasse pas en général l'occasion immédiate qui a inspiré la prière. Mais les dieux n'accordent pas toujours les choses que l'on demande, ils en usent toujours entièrement à leur fantaisie ou à leur humeur. Quand ils refusent, le suppliant se met en colère et les accable d'insultes. A peine trouvons-nous, chez Homère, quelques traces d'actions de grâces et d'hymnes de louanges. Nous rencontrons très souvent le serment, dont nous avons déjà vu des exemples plus haut. Homère connaît plusieurs sortes de sacrifices, mais sans classification systématique. On faisait des libations au début et à la fin des repas, elles accompagnaient aussi la prière, le serment, la conclusion des traités. On se purifiait avec de l'eau avant de célébrer les grands sacrifices. On tuait ensuite des animaux qu'on brûlait en partie ; la fumée du sacrifice et l'odeur des parfums étaient agréables aux dieux. Le rituel des sacrifices était fixe. On sacrifiait surtout des bœufs, mais aussi des chèvres, des moutons et des porcs. Le repas sacrificiel était une partie essentielle de l'acte religieux. On Joignit souvent au sacrifice la divination d'après l'aspect de la flamme et de la fumée; pour cette raison l'on appelait souvent le prêtre ôuocrxooç.

La divination tient une place importante dans Homère. Il connaissait les oracles de Dodone et la Pythie de Delphes. Mais en général c'étaient des devins qui expliquaient les signes (cvip-axa, TÉpaxa) et en particulier le vol des oiseaux; on désignait même toute espèce de signes par le mot olcovoç. L'interprétation de ces signes n'était pas encore assujettie à des règles uniformes, elle n'était pas non plus abandonnée à des spécialistes;

i. IL, XXIV, 527; les deux tonneaux sur le seuil de Kronos.

quiconque comprenait les apparitions prophétiques les expliquait; c'est ce que font Hélène, Polydamas. Sans doute il arrivait que l'on se mît au-dessus non seulement des interprétations, mais des signes eux-mêmes : ainsi Eurymaque conseille de ne pas croire à tous les oiseaux qui volent sous le soleil, et Hector dit, pour effacer l'impression produite par un signe décourageant : sic otwvoç âoiaroç àtjtuveGOat Tcepl 7raTpY]ç \ Parmi les signes. Homère nomme la rumeur prophétique, "Oacx, messagère de Zeus. Le poète accorde aussi à côté de l'interprétation des signes une place à la divination intérieure, aux pressentiments, à la clairvoyance qui précède la mort chez Patrocle, Hector, etc. Dans leurs rêves les hommes reçoivent aussi des apparitions et des avertissements : Patrocle apparaît à Achille, Athéné à Nausicaa. Mais Pénélope se plaint qu'il y ait aussi des songes mensongers dans la comparaison bien connue entre les deux portes d'ébène et d'ivoire d'Où sortent les rêves ^. Cette incertitude pourtant n'est pas seulement dans la nature des songes, elle provient aussi des dieux eux-mêmes qui envoient parmi les hommes des visions trompeuses semblables à celles que Zeus envoya à Agamemnon. L'art de distinguer et d'interpréter les rêves était, comme pour les signes, affaire d'aptitude personnelle et non pas de métier. Chez Calchas, l'habileté mantique est un don. Il est rarement question de nécromancie; dans le chant XI de V Odyssée nous voyons cependant Ulysse descendre chez les morts pour les interroger.

Nous avons déjà vu que si la puissance divine se montre souvent secourable aux hommes, il n'est pas rare qu'elle leur soit contraire. 11 n'y a ici rien de précis, c'est le règne du caprice. Homère est loin d'avoir l'idée d'un gouvernement du monde par une justice qui récompense et punit. Les dieux aveuglent les hommes, les font courir à leur ruine, les égarent et les conduisent au crime : Até est la fille de Zeus ^. On a cru qu'Homère avait désigné spécialement cette activité funeste par le mot ûaiîj,cov; mais il emploie Baïawv indifféremment avec 6eoç; il ne connaît pas encore de démons formant une classe d'êtres spéciaux, et Ton ne peut guère soutenir non plus que les démons désignent chez lui des actes divins spéciaux, abstraction faite des personnes divines. De même on comprend de différentes façons l'appellation de oxiaovis souvent donnée à des hommes : les uns croient que le mot veut dire « divin )), les autres pensent qu'il a le sens de « malheureux ».

Il va de soi que les dispositions changeantes et les intérêts privés de ces dieux que nous avons appris à connaître ne peuvent être les lois suprêmes de l'univers. A côté et au-dessus des dieux se trouve donc chez Homère la puissance du destin; mais ses rapports, avec Zeus en particulier, ne sont rien moins que clairs. On a peut-être déjà une conception plus objective du gouvernement de l'univers, dans l'image de la balance sur laquelle Zeus pèse deux sorts opposés^; pourtant la balance n'est ici

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