‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 8 sur 142 · XXVI INTRODUCTION. A LA TRADUCTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION. A LA TRADUCTION FRANÇAISE

sinon moindres que celles qui se produisent de peuple à peuple, de ^, contrée à contrée, d'église à église. Quant à la parenté religieuse des [j familles d'une même- race, elle est confuse et l'auteur de ce livre • nous montre lui-même combien il faut d'art pour en faire un por- . trait composite dont les lignes soient un peu distinctes. Puisque les sociétés religieuses, églises ou autres, ne peuvent être considérées comme des groupes ethniques parfaitement homogènes, il faut conclure que la similitude des pensées et des actes religieux n'est nas le produit d'aptitudes physiques semblables.

Si les phénomènes religieux ne sont pas ethniques, ils ne peuvent être qu'anthropologiques ou sociaux. Leur uniformité relative peut en effet s'expliquer, comme on l'a voulu faire, par l'uniformité hypothétique de l'esprit humain, mais leurs variations méritent aussi d'être prises en considération. Or, nous avons déjà dit que ces variations ne se produisaient pas d'individu à individu, mais dé groupe d'individus à "groupe d'individus. Ceux-ci constituent partout, en fait, des sq^ciétés religieuses, oii ils vivent à l'unisson. L'association les nivèle. Les phénomènes religieux se produisent à l'intérieur de ces sociétés avec des particularités constantes. Ce sont donc, au moins dans une certaine mesure, des phénomènes sociaux. Mais dans quelle mesure?

Il ne suffît pas de dire que les phénomènes religieux se produisent et se différencient par groupes sociaux, pour y faire voir de véritables phénomènes sociaux. Nous n'entendons pas en général par phénomènes sociaux de simples sommes de phénomènes individuels. D'une part, les phénomènes sociaux ont une existence objective, indépendante des individus : telles sont les lois et les règles économiques; d'autre part, l'activité de l'individu y est modifiée ou déterminée, à peu près sans qu'il en ait conscience, par le voisinage et la collaboration de ses associés. Les phénomènes religieux sont-ils, en ce sens, des phénomènes sociaux? A coup sûr, un bon nombre d'entre eux se présentent fort nettement sous la forme d'institutions : ce sont les modes d'organisation, les cultes et les mythes, qui, fixés en des règles, en des formules orales ou écrites, subsistent en dehors de la pensée et indépendamment de l'accord renouvelé sans cesse des indi- I vidus qui les acceptent. Mais les diverses manières d'être de la société \ religieuse, les rites intimes de la religion personnelle ont-ils le degré i d'objectivité qu'on suppose aux lois sociologiques du suicide ou de la natalité? Peut-on retrouver dans ce domaine de la vie religieuse

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comme ailleurs un véritable système d'institutions? Ce n'est pas tout : les pensées, actes, sentiments religieux, doivent impliquer autre chose, pour être sociaux, que la- collaboration consciente et consentie d'un certain nombre d'individus. En est-il réellement ainsi?

Ici encore nous devons indiquer nos préférences et nos hypothèses sans préteJndre les justifier suffisamment. Une démonstration pleinement satisfaisante du caractère social de la religion n'est pas encore

. possible.

r JTout d'abord, en religion, l'individu, si clairvoyant soit-il, se rend mal compte de ses actes et de ses représentations. Ce n'est pas faute d'en avoir conscience, ni d'en chercher les raisons. Mais il ignore l'objet véritable de ses gestes et le sens des imiages que la tradition lui suggère. Ainsi, l'histoire du sacrifice nous apprend comment un même acte peut être justifié par des miotifs différents et même contradictoires; on veut nourrir le dieu, le rajeunir ou commémorer sa mort mythique; mais, au fond, il s'agit toujours de consacrer une' victime pour entrer derrière elle dans la région divine où sourdent les grâces; malgré les divergences des théories qui l'expliquent, le schème du rite ne varie jamais, témoignant sans cesse par là de la persistance des causes qui l'ont constitué. Ces causes seraient-elles obscures, par hypothèse, pour la raison de l'homme isolé? On nous répondra sans doute que l'habitude, fait connu, a dû vraisemblablement oblitérer la conscience de pensées et de mouvements indéfiniment répétés et que, devenus instinctifs, de nouvelles idées pouvaient aisément s'y superposer sans porter atteinte à leur structure primitive. Mais nous prétendons qu'on n'a pas le droit de parler, en matière de faits religieux, dïnstincts et d'habitudes individuelles; il s'agit toujours d'éducation, de tradition, de suggestion. - En second lieu, non seulement l'individu reçoit du dehors ses inspirations, ses règles de conduite et ses modèles, mais encore il les cherche au dehors. Le fait est évident quand il s'agit d'églises où la vie morale et la liturgie sont fortement réglementées. Il n'est pas moins vfai de la teligion personnelle. Les dieux, que les libres chercheurs d'émotions religieuses retrouvent en eux-mêmes, sont toujours les dieux d'un milieu. Quant à la règle de vie, on se donne des raisons, ingénieusement personnelles, de chérir un idéal qui est hors de soi et qui se reflète dans la conscience des autres. A voir les choses de trop près, à en juger par notre propre expérience de la vie religieuse, nous risquerions d'être dupes de notre sentimen-

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