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par l'effet des vapeurs qui sortaient d'une crevasse du sol. On n'est pas d'accord sur le rôle de la Pythie, sur l'authenticité de beaucoup des réponses qui nous sont parvenues, sur la bonne foi du clergé de Delphes, sur le rôle politique de l'oracle. Gurtius croit que l'oracle de Delphes a représenté la principale force morale de la Grèce pendant les trois siècles qui ont précédé les guerres médiques ; il aurait fondé l'unité hellénique, éveillé le sentiment national contre les barbares, présidé à la formation de l'originalité nationale ce dans tous les domaines de l'activité intellectuelle, religion et morale, gouvernement, architecture et arts plastiques, musique et poésie ». De l'oracle de Delphes viendraient le calendrier, la construction des routes, l'architecture dorique, les proverbes, avant tout la colonisation et la législation. Bouché-Leclercq, Holm, etc., objectent avec raison que l'oracle de Delphes n'a nullement eu ce caractère national. Des rois étrangers, comme Grésus de Lydie et Tarquin de Rome, lui offrirent des présents et en reçurent des oracles. Aussi bien au début des guerres médiques qu'au moment de la conquête de la Grèce par Philippe de Macédoine, l'oracle se montre très peu patriote. Sans doute il était prescrit qu'aucun Grec ne s'en approchât avec des sentiments hostiles à l'égard d'un autre Grec; mais il fut toujours plus étroitement uni avec Sparte; Sparte avait là des fonctionnaires spéciaux, les Pythioi, chargés de ses relations régulières avec l'oracle. Pour trouver l'influence de Delphes dans tous les domaines de la civilisation, il faut se résigner à toutes sortes d'invraisemblances. On ne saurait croire que le collège des prêtres de Delphes a pu disposer, pendant plusieurs siècles, des forces morales nécessaires pour diriger toute la vie nationale, ni comprendre comment un clergé si puissant se serait contenté d'une influence silencieuse, sans essayer de fonder une théocratie. C'est pourquoi nous ne pensons pas que la puissance des prêtres de Delphes ait été aussi grande, ni l'action de l'oracle aussi profonde que l'a pensé Gurtius. Sans doute l'oracle accordait sa sanction aux lois passées dans les différentes cités et à l'envoi des colonies, mais cela n'oblige pas à croire que l'oracle lui-même ordonnât l'organisation des cités, ni que sa prévoyance ait assigné à la colonisation grecque ses voies et ses buts. Une activité aussi envahissante aurait nécessairement amené une réaction et des conflits dont nous ne trouvons aucune trace. Direction et sanction sont choses différentes. Holm a touché juste quand il a dit que les prêtres d'Apollon ne dirigeaient pas, mais « savaient donner en général la consécration religieuse précisément à ce que désiraient les fidèles ». Mais le fait qu'on recherchait cette sanction de l'oracle, qui pouvait toujours après tout la refuser, prouve le grand respect qu'on portait au temple de Delphes et la conduite prudente et intelligente de son clergé.
Le dieu qui donnait son approbation aux lois de Solon et de Zaleukos, sous la protection duquel les colons fondaient sur toutes les côtes de nouvelles cités grecques, devint précisément, par cette raison, un dieu de premier ordre pour tous les Grecs. Si donc nous réduisons l'influence politique de l'oracle, nous ne diminuons en rien son importance religieuse et morale. Delphes n'a sans doute pas imposé de doctrine ou d'idées nou-
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Telles, mais consultée saris cesse, elle a exercé sur la religion une influence unificatrice et modératrice. Elle s'est souvent opposée à l'introduction de cultes étrangers. Le sanctuaire exerça aussi une influence bienfaisante sur la moralité. Tout le monde y lisait les préceptes qu'on attribuait aux sept sages et parmi lesquels se trouvaient exprimés quelques-uns des axiomes les plus purerement grecs, comme le 7vw6i csauTov et le
. Une autre fonction de l'Apollon de Delphes, que Holm regarde même comme la plus importante, c'était l'expiation des meurtres, ir est capital pour l'état moral et social d'un peuple que le meurtre ne soit plus considéré simplement comme une atteinte à des intérêts particuliers et abandonné à la vengeance privée, mais reconnu comme un crime moral après lequel une expiation est nécessaire mais possible. Dans Homère nous voyons que l'usage de l'expiation est affaibli et qu'elle est remplacée par une amende; dans la période suivante, la nécessité de l'expiation se rétablit. Ainsi les Athéniens attribuèrent à la colère de Zeus toutes les misères qu'ils eurent à souffrir après le crime de Cy Ion. Comme les cérémonies expiatoires usuelles ne suffisaient pas, un jeune noble se voua même volontairement à la mort, mais en vain; ils appelèrent alors de Crète le célèbre Épiménide, qui sut trouver les bons moyens. Il ordonna qu'on lâchât au sanctuaire des Erinyes, sur l'x^réopage, des moutons blancs et des moutons noirs et que partout où ces animaux se coucheraient, on élevât des autels Tto 7rpoc")^xovT'.. Empédocle de même, parcourait le sud de l'Italie en enseignant les moyens d'expiation. Il y avait intérêt à ce que ces expiations ne restassent pas confiées à des prophètes errants ou à des magiciens, qu'elles ne consistassent pas seulement en pratiques et en formules, mais qu'on les associât au culte d'un dieu. Ce fut ce qui arriva dans le culte d'Apollon. L'oracle de Delphes donnait des consultations et indiquait les moyens légaux d'expiation, mais seulement au prix du repentir; il arrivait parfois que des meurtriers qui osaient s'approcher du dieu, et même des cités puissantes coriime Milet et Sybaris, fussent durement i-epoussés. Cette alliance de l'expiation et du culte d'Apollon les rangea l'un et l'autre dans une haute sphère morale. Ainsi Delphes aida puissamment à l'unification et au progrès spirituel du peuple grec.
Mais à un autre point de vue encore, Delphes était un centre. C'était le siège de la principale des amphictyonies. De bonne heure, des peuples parents ou voisins s'étaient associés, formant ainsi des sociétés religieuses plus larges. Il y avait des fêtes de confédération, comme la iDanègijris de Délos, dans laquelle les Ioniens fêtaient en commun Apollon par des jeux, des chants et des danses. Dans l'île d'Eubée, Artémis était la déesse d'une confédération semblable ; à Coronée, c'était Athéné Itonia ; les communautés doriques de l'Asie Mineure adoraient Apollon à Knide ; le culte de Poséidon réunissait les Ioniens d'Asie Mineure à Mycale, les Béotiens à Onchestos et groupait dans l'île de Calaurie une amphictyonie imposante. Mais la plus célèbre était l'amphictyonie pythiqùe ou py laïque ; peut-être à l'origine y en avait-il deux qui se réunirent plus tard. En tout cas la confédération avait
deux sièges : le temple de Déméter à Anthéla, près des Thiermopyles, et le temple d'Apollon à Delphes. La confédération englobait douze peuples, égaux en droits. Deux fois par an, en automne et au printemps, les Hiéromnémons à voix délibérative et les Pylagores à voix consultative discutaient les affaires communes. Nous ne connaissons que partiellement les règles •de cette amphictyonie, ses vô{7.ot et ses opy.oiK Cette confédération agit sur l'évolution de la société grecque en favorisant le commerce, et sur la politique en réglant par l'arbitrage les conflits des peuples alliés. Quant à son influence religieuse, elle la tenait d'abord de son association avec le sanctuaire de Delphes dont elle était la protectrice. Quand celuici brûla, en 548, l'amphictyonie dut pourvoir à la reconstruction. Pour punir les violations du sanctuaire ou les outrages aux pèlerins, la ligue ordonnait des expéditions collectives. 11 y eut, à notre connaissance, quatre de ces guerres saintes ; ce fut l'une d'elles qui donna à Philippe de Macédoine le prétexte qu'il cherchait pour se mêler aux affaires de la Grèce» L'amphictyonie donnait une consécration religieuse au droit des gens. Cependant elle n'était pas toujours assez forte pour faire respecter son autorité de tribunal suprême, surtout quand il s'agissait de peuples comme les Spartiates et les Athéniens. Démosthène appelle l'amphictyonie impuissante, (( l'ombre de Delphes )). Mais il n'en fut ainsi qu'assez tard; auparavant, elle eut une grande influence sur la formation de l'unité grecque. Curtius lui a même attribué la généralisation du nom d'Hellènes et du système des douze dieux.
Il nous reste à traiter d'une partie très importante du culte, les fêtes. Les fêtes n'étaient pas partout les mêmes; les Grecs ne s'entendaient pas même sur les noms des mois; les Athéniens, comme du reste les Ioniens, plaçaient le début de l'année au solstice d'été, les Doriens à l'équinoxe d'automne, les Éoliens au solstice d'hiver. Nous ne connaissons passablement que le calendrier des fêtes athéniennes. Les fêtes d'Athènes étaient sûrement parmi les plus brillantes : une foule d'étrangers envahissait la ville au moment des grandes Panathénées et des Dionysies, elle étalait alors une splendeur dont Isocrate et ses pareils blâmaient la dépense. Il y avait beaucoup moins de fêtes à Sparte, en tout cas aucune dont l'éclat pût être comparé à celui, des fêtes athéniennes. Cependant les fêtes grecques n'étaient pas uniquement locales, mais elles différaient beaucoup en raison du caractère du dieu et de l'objet de la solennité. Tantôt c'étaient à proprement parler des cérémonies du culte normal, grands sacrifices, processions, tantôt des cérémonies expiatoires; il y avait des concours et des jeux; des consécrations mystiques et des solennités orgiaques; souvent aussi les fêtes étaient des jours de joie et de repos où les affaires publiques et privées, les tribunaux et les assemblées populaires chômaient. C'est en cela justement que Platon voit le but des fêtes : les dieux ont permis aux hommes de se reposer de leur travail afin qu'ils puissent se réjouir avec les Muses, Apollon et Dionysos ^
. 1. Gheiz Eschine, De falsa leg., g 115.