Cf. Aristophane, Acharn., 243 et suiv
5o6 HISTOIRE DBS RELIGIONS
encore étaient les Anthesteria (en février), dans lesquelles sont mêlées des commémorations diverses. On y fêtait le vin, la végétation du printemps nouveau, mais aussi les morts; de là vient que ces jours de fête passaient également pour aTrocppàSsç ou fxtapal -/jaspat. Pendant les trois jours que duraient les Anthestéries les temples des dieux célestes étaient fermés. Dionysos dans cette fête était associé à Kprè et à l'Hermès chthonien. Le premier jour (Triôotyia) on se couronnait de fleurs fraîchement cueillies, on ouvrait les tonneaux et l'on goûtait le vin. Le jour des pots (x.oeç) était une buverie, un échange de railleries et de gaillardises, où les esclaves avaient leur part; on faisait des libations sur les tombes des morts. Le deuxième jour avait lieu une cérémonie pour laquelle s'ouvrait le vieux temple de Dionysos [Lenaion), fermé tout le reste de l'année : c'était le mariage de la Basilissa (épouse de l'archonte Basileus) et du dieu ; quatorze matrones (yspapat) accompagnaient l'épousée. Le troisième jour [yjJTpoi] on offrait à l'Hermès chthonien des pots de légumes cuits. La principale fête était celle des Dionysies urbaines^ en mars ; on y célébrait le dieu du printemps comme libérateur, IXsuôspsuç, Xuc-ioç. Au temps de la puissance d'Athènes, les grandes Dionysies étaient les grands jours de l'année; la ville était remplie de confédérés et d'amis, on fêtait le dieu par des dithyrambes et de nouvelles pièces de théâtre. Un grand nombre de chefs-d'œuvre du théâtre grec ont été composés pour cette fête.
Les fêtes de Déméter ont un triple aspect. Elle avait d'abord dans toute la Grèce, comme en Attique et à Athènes, des fêtes agraires en grand nombre, les npo-/]po<îta, en automne au moment du labourage des champs; les 'AAwa, la fête de l'aire ou du fléau, en hiver; ces fêtes étaient consacrées non seulement à Déméter, mais aussi à Dionysos. Des mystères d'Eleusis nous parlerons plus loin en détail. Nous distinguons de ce culte mystique celui de Déméter Thesmophoros, à Athènes, bien que les deux cultes aient eu des symboles communs. Dans les Thesmophoria, au mois de Pyanepsion, les femmes athéniennes célébraient Déméter, déesse de la loi et de l'ordre ; la fête durait cinq jours ; on se réunissait d'abord au sanctuaire de Déméter et Korè, dans le dème d'Halimos; les jours suivants la fête se passait à Athènes et donnait lieu à toutes sortes de farces ^
Parmi les fêtes de Zeus, citons les jeux d'Olympie, les mariages sacrés, tspôç -^aiJLoç, célébrés dans l'île de Samos, à Platée, et ailleurs. A Athènes, les fêtes de Zeus étaient secondaires; mais il y en avait encore un certain nombre. En hiver, on procédait à des cérémonies de purification et d'expiation (rite du dioskôdion, toison d'un mouton sacrifié traînée par la ville en l'honneur de Zeus Maimaktès). Au mois d'Anthestérion, on célébrait les Diasia en l'honneur de Zeus Meilikhios avec des sacrifices non-sanglants. En Skirophorion, on fêtait Zeus Polieus, le rempart de la ville, à son autel de l'Acropole, c'étaient les Diipolia ou les Bouphonia, sacrifice d'un taureau, célébré d'après un rituel étrange; le sacrificateur prenait la fuite, et l'on faisait le procès de la hache.
\. La comédie d'Aristophane, les Thesmo'phoriazousai, peut en donner une idée.
Quelques-unes des fêtes helléniques ont une importance universelle; elle ont eu une influence considérable dans l'histoire de la civilisation. Ce sont les grands jeux, Olympiques, Pythiques, Isthmiques et Néméens.
Comme centre de la vie grecque, Olympie avait encore plus d'importance que Delphes, et l'une des raisons en était que seuls les Grecs pouvaient prendre part à ses jeux ; les étrangers et les esclaves n'y étaient admis que comme spectateurs. On ne connaissait autrefois Olympie que par la littérature et la description de Pausanias ; les fouilles de ces vingt dernières années ont multiplié les documents. La légende faisait remonter l'origine des. jeux jusqu'à Pélops, Héraklès ou Lycurgue. On les célébrait tous les cinq ans, en été, pendant une sorte de trêve de Dieu, que l'hostilité entre Élis et Pise rendait, à vrai dire, difficile à faire observer. L'ère des olympiades commence en l'an 776. Les cités grecques envoyaient aux frais du trésor public des délégués aux jeux, de nombreux particuliers y prenaient part. Bien que tous les Grecs eussent les mêmes droits à Olympie, la fête avait cependant un caractère avant tout dorien et des rapports étroits avec Sparte. Les colonies italiques étaient toujours fortement représentées : Olympie était tournée vers l'ouest. Plusieurs dieux y étaient adorés ; il y avait là un vieux temple d'Héra, six autels pour les couples divins, un autel pour tous les dieux; enfin des héros y recevaient un culte. Le dieu principal à Olympie était Zeus, auquel on éleva au v^ siècle le temple pour lequel Phidias sculpta sa fameuse statue. Les sacrifices offerts à ces divinités étaient sans doute à l'origine le centre de la fête; à l'époque historique, l'éclat des jeux les fit rentrer dans l'ombre. Le concours ne comprenait à l'origine que la course du stade; le pentathle (saut, course, jet du disque, jet du javelot, lutte) vint après ; plus tardifs encore sont le pugilat et la course de chars. Le prix, que décernaient les Bellanodikai, était une couronne cueillie à l'olivier sacré.
Ces jeux eurent une grande importance pour la formation religieuse et morale du peuple grec; d'autre part, le caractère hellénique s'y reflète. Le Grec plaçait la gloire au-dessus de l'avantage matériel; il luttait pour une couronne. Il ne soignait pas son corps pour pouvoir vivre tranquillement et agréablement ; il l'exerçait pour devenir souple, fort et propre à tous les exercices. Il préférait encore la souplesse à la force; le prix le plus ancien et celui qui resta longtemps le premier était celui de la course ; ce ne fut que plus tard que l'on couronna aussi la richesse dans la coûteuse course des chars. Le vainqueur était comblé d'honneurs par tout son peuple ; la cité natale prenait part à la victoire de ses fils et la fêtait libéralement. Les dieux grecs ne demandaient pas l'ascétisme ni le renoncement : ils aimaient la perfection corporelle et la santé de la jeunesse. Ajoutons l'impulsion que les jeux Olympiques venaient donner aux arts plastiques. On y admirait le corps nu dont le sculpteur représentait les formes. Nulle part la glorification de la vie physique, qui formait un côté de la religion grecque, n'était aussi visible qu'à Olympie. Nous savons sans doute par plusieurs exemples qu'ici comme ailleurs des abus s'introduisirent, la cupidité exploita la victoire ou la brutalité la déshonora, mais sans pré-
judice en somme pour la haute signification morale des. jeux Olympiques. Les trois autres grands jeux venaient décidément après ceux d'Olympie, dont ils étaient tout à fait indépendants à l'origine, mais auxquels ils empruntèrent beaucoup par la suite. Les jeux Pythiques à Delphes consistèrent d'abord en concours de chants en l'honneur d'Apollon ; le nomos resta d'ailleurs toujours la chose principale, même lorsque, après la guerre sainte contre les Criséens, des jeux eurent été institués sur le modèle de ceux d'Olympie. On célébrait les jeux de Némée tous les deux ans, alternativement en hiver et en été, à l'origine en l'honneur du héros Archémoros., plus tard de Zeus lui-même. Les jeux étaient gymniques, hippiques et musicauix. Les jeux de l'isthme de Corinthe avaient un caractère semblable, les Athéniens y prenaient une part prépondérante bien qu'ils eussent lieu sur le sol dorien. Au début, le dieu fêté était Mélicerte, à l'époque historique Poséidon.
§ 113. — Les mystères. L'orphisnie*.
Eleusis avait une place à part parmi les sanctuaires grecs. Ce petit Etat ecclésiastique, de bonne heure célèbre par ses mystères, fut incorporé, au vii^ siècle, à sa puissante voisine, Athènes, et les Athéniens s'empressèrent de faire un sanctuaire d'État du vieux temple des Eumolpides. Pendant toute la durée de l'hellénisme classique et jusqu'à la fin de l'antiquité, Eleusis conserva son rang; les autres mystères, ceux de Phéneos en Arcadie, d'Andana, en Messénie, etc., n'avaient pas une importance comparable, et les mystères d'Athènes n'étaient considérés que comme des préparations à la grande fête éleusinienne. Nous pouvons regarder cette fête, dont le secret a voilé les détails d'une ombre impénétrable, comme une survivance des cultes primitifs. La sainteté de ces cérémonies tenait en grande partie à leur antiquité. Les hypothèses les plus diverses ont été émises à leur sujet. Creuzer croyait, comme l'Anglais Warburton, qu'une sorte de doctrine sacerdotale préhistorique y était précieusement conservée : on aimait alors à attribuer aux mystères les idées religieuses qu'on tenait soi-même pour les principes et les sources de la religion. Lobeck a mis fin à ces imaginations. Ce que nous savons de plus certain
1. Bibliographie. — Les chapitres qui traitent de ces matières dans les ouvrages généraux sur la mythologie et le culte donnent déjà beaucoup de renseignements. Parmi les ouvrages spéciaux un peu anciens signalons ici, simplement pour la richesse des informations, Chr.-A. Lobeck, Aglaophamus, sive de theologiae mysticse Grsecorum causis lihri très, 2 vol., 1829. Voir aussi : L. Prellôr, Demeter und Persephone, 1837, aussi dans la R. E. de Pauly; E. Gerhard, Orpheiis und die Orphiker {Abh. K'ôn. Ak., Berlin, 1861, avec nombreuses indications de sources); P. Schuster, De veteris Orphicse theogoniae indole atque origine^ 1869; 0. Kern, De Ovphei^ Epimenidis, Pherecydis theogoniis quœstiones criticse, 1888; A. Dieterich, De hymnis Orphicis capitula quinque, 1892; G. Anrich, Das antike Mysterienwesen in seinem Einfluss auf das Christenthum, 1894; De Jong, De Apuleio Isiacomim mysteriorum teste, 1901; E. Maas, Orpheus, 1895, et le compte-rendu de Rohde, Heidelb. Jahrh., 1896. — Beaucoup de renseignements dans E. Rohde, Psyché, 1891 (2* édit., 1898);Percy Gardner, New chapters in Greek hîstory, 1892; L. Dyer, Sludies of the Gods in Greece {Lowell lect., 1891).
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c'est qu'il n'y avait pas à proprement parler de « sagesse » éleusinienne et que les mystères ne donnaient pas un enseignement dogmatique. Aristote disait déjà que les initiés ne recevaient que des impressions, étaient amenés à une certaine disposition d'esprit. Il est vrai que parla les mystères se distinguent déjà des pratiques du culte.public. On y venait par libre choix, on y accédait par une initiation, on n'y était pas destiné, comme au culte de l'Etat ou de la famille, par la naissance. Déjà dans l'antiquité circulaient des bruits tout à fait exagérés sur la puissance des moyens dramatiques employés pour agir sur les néophytes : terreurs des corridors sombi'es, lumière miraculeuse qui tombait, découvrant des campagnes paradisiaques et des danses sacrées, voix célestes retentissant à leurs oreilles. Gardner a remarqué avec raison que la machinerie ru dimentaire dont disposaient les anciens ne permettait pas cette mise en scène; les fouilles n'ont pas montré de corridors souterrains, et la scène ne se distingue que par son étendue des scènes ordinaires de la Grèce.
Qu'étaient donc les mystères d'Eleusis et que s'y passait-il? C'était apparemment un ancien culte de Déméter qui célébrait par des représentations dramatiques solennelles, mais d'un genre tout à fait primitif, le grand événement du mythe de la déesse, à savoir l'inauguration de l'agriculture. Les mystères ne représentaient pas une espèce de drame de la nature; ils ne répétaient pas le cours annuel des saisons. Dans le mythe de Déméter tel que nous le connaissons par l'hymne homérique et dans ses autres formes, il s'agit bien d'une déesse chthonienne qui dans sa colère refuse aux hommes les fruits de la terre; le rapt de Perséphone et le pacte avec Hadès qui suit la réconciliation représentent bien la mort de la végétation et sa résurrection. Mais ce tableau de la nature ne forme que le cadre des mystères ; le thème principal est visiblement la victoire remportée sur la nature dans la culture des champs et la promesse de bénédictions qu'elle implique. Triptolème. qui apparaît à la fin de l'hymne de Déméter, est le représentant de l'agriculture. On le connaissait dès l'antiquité comme dieu du triple labourage ; il paraît ici comme élève de Déméter; c'est elle qui lui a appris à labourer; on le place en grande pompe sur les chars de la déesse et on l'envoie par toute la terre enseigner aux hommes la précieuse leçon. Cette mission de Triptolème se développe en une marche triomphale de l'agriculture bienfaisante que l'on compare à celle de Dionysos. L'alliance avec le dieu du vin, qui joue un rôle si important dans les mystères ultérieurs, a ici un point de départ tout à fait naturel.
Triptolème n'est du reste pas le seul dieu qui soit entré dans le cycle de Déméter : le Iakkhos thrace tint à Eleusis une place éminente; malheureusement nous ne pouvons pas en dire grand'chose, sinon qu'il semble être une figure dionysiaque, qu'il prit dans le drame mystique une grande importance comme époux ou comme fils de Perséphone, et qu'il détermina a tel point le caractère de la cérémonie que son nom devint le cri des mystes et que le cortège sacré qui marchait vers Eleusis fut appelé le cortège de Iakkhos.
On n'a pas voulu se contenter cependant de cette explication, jugée trop terre à terre, des mystères. On prétend encore que le rapt de Persëphone et riiistoire des céréales qu'il figure sont la représentation allégorique d'une pensée morale. Le sort des hommes et des âmes humaines y serait figuré : de même que le grain qu'on sème doit se corrompre pour donner naissance aux épis nouveaux, de même le corps terrestre doit être pris par la terre pour permettre à l'âme d'entrer dans l'immortalité. Mais Rhode a bien montré que cette interprétation n'est pas fondée. Sans doute l'idée de l'immortalité, ou plus justement d'une continuation de l'être était courante chez les Grecs primitifs ; elle était même si naturelle qu'elle avait à peine besoin d'être spécialement représentée. Mais leur idée d'une immortalité au sens ultérieur du mot, d'une résurrection de l'âme, après l'anéantissement du corps, était très loin de leur pensée. Il est d'ailleurs facile de comprendre que l'on ait pu venir à l'idée de trouver dans les mystères la promesse d'une vie future ; plusieurs textes paraissent indiquer qu'en fait on y est venu. Mais le seul qui soit sûrement éleusinien (v. 480 et suiv. de l'hymne) dît seulement que dans l'empire des morts il y aura une différence entre les initiés et les non-initiés. « Heureux l'homme qui a vu (l'initiation) ; celui qui n'est pas initié et qui n'a point part à l'initiation n'aura pas le même sort après son trépas dans l'ombre sinistre de l'Hadès. » Les initiés doivent donc jouir dans l'autre monde d'un meilleur sort et non pas d'une simple continuation de la vie.
Les initiations qui promettent cette vie bien heureuse dans l'Hadès, n'assurent cette félicité qu'à certaines conditions : il faut jeûner, se purifier, ne pas se souiller de sang ; toutes ces conditions sont purement extérieures et Diogène a raison de se moquer d'un système d'après lequel un voleur comme Patœcion sera plus heureux après sa mort qu'un Épaminondas, simplement parce qu'il est initié.
L'affïuence était naturellement fort grande à des mystères qui promettaient tant à si bon marché. « On voyait, dit Hérodote, comme la poussière que soulèvent 30000 hommes en marche; le cri de Iakkhos retentissait, poussé par la foule de ceux qui se rendaient à Eleusis, et de toutes les parties du monde grec accouraient les hommes désireux de recevoir l'initiation sainte. )) Cette initiation en effet était ouverte à tous les Hellènes, pourvu qu'ils n'eussent pas commis de meurtre; elle avait été jadis le privilège des Athéniens. Les mystères n'étaient donc point réservés à certaines familles nobles ou sacerdotales comme plusieurs autres des cultes secrets de la Grèce.
Mais le choix des dignitaires était soumis à une restriction. Il fallait que l'hiérophante, le chef du culte, qui avait à montrer et à expliquer les choses sacrées, fût de la famille du fondateur des mystères, Eumolpe, et de même les hiérophantes féminines ; le prêtre suivant, le Dadoukhos, sortait de la famille des Kérykes. Ces fonctionnaires ou du reste les membres de ces familles sacerdotales étaient chargés comme [AUCTTaycoyoi de présider à l'acte de l'initiation ([xueiv). Les peintures des vases nous donnent une idée de cette cérémonie. Le candidat à l'initiation se tient devant le
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prêtre couvert d'une peau de lion et les pieds nus ; il tient de la main droite le cochon de lait qui doit être immolé, dans la main gauche le gâteau du sacrifice; puis il s'assied enveloppé d'une longue étoffe; il prend un flambeau de la main gauche tandis que l'hiérophante féminine tient un van au-dessus de sa tête, symbole de la purification. Une troisième image montre Déméter assise; elle porte le flambeau à la main gauche et elle est entourée d'un serpent dont le néophyte caresse la tête K
Nous pouvons diviser les mystères d'Eleusis en quatre actes ; deux actes préparatoires, la purification (xàQapcnç), les rites et le sacrifice préliminaires {<JUG-za.(7iç), qui n'étaient pas encore secrets, et deux autres pour les initiés seuls, la tsXetv] ou {xutjc-iç, et le degré le plus élevé de l'initiation,
riTTOTTTeta.
L'archonte-roi d'Athènes était chargé de la haute surveillance sur les
mystères depuis que ces derniers avaient été absorbés par l'Etat. C'était lui qui annonçait le début des fêtes (elles devaient commencer au plus tard le 12 Boédromion, en septembre) et, le 15, quand les néophytes s'étaient assemblés dans la Stoa poikile h Athènes, il devait éloigner les indignes. Le jour suivant était le fameux «AaSs w-uc-rat, a les initiés à la mer », où l'on baignait dans la mer ou plutôt dans les étangs salés, aux portes d'Athènes , les néophytes et le cochon de lait du sacrifice; le cochon était sacrifié aux deux déesses le 17, jour de fête générale; le 20 seulement pouvait avoir lieu la grande procession. On portait en tête la statue de Iakkhos; les éphèbes l'escortaient, et sans cesse retentissait l'appel (( Iakkhos )), poussé par les néophytes qui suivaient ; on marchait lentement, on offrait des sacrifices sur les innombrables autels de la route, on chantait des hymnes, on dansait, et la journée tout entière depuis la pointe de l'aube jusqu'à la nuit noire s'était déjà écoulée avant qu'on eût fait les quatre heures de route qui séparent Athènes d'Eleusis et qu'on eût trouvé des abris pour la nuit. • Plusieurs jours se passaient alors en préparatifs à la grande fête; on voulait revivre l'existence anxieuse de Déméter; on jeûnait le jour et l'on courait la nuit à la clarté des flambeaux. Après le jeûne on buvait comme Déméter le x.ux.ewv, boisson composée d'eau et de farine; c'était un sacrement. Enfin venaient les spectacles sacrés, iTroTTreta ou bien xà Spw;jLsva. Ils se déroulaient sur la scène immense qui formait le bâtiment principal des sanctuaires d'Eleusis, car ce n'était pas un temple à proprement parler. Dans l'obscurité la plus complète, autant que possible en des nuits sans lune, et dans un silence solennel, les mystes prenaient place. Alors l'hiérophante paraissait sur la scène, superbe et revêtu de ses ornements sacerdotaux. Sous sa direction, et en suivant ses t£?oi AÔyoi comme un texte liturgique, on représentait alors les scènes sacrées, avant tout celle de Déméter et de Korè, qui constitue la fxuTitjiç proprement dite. On peut être certain que l'on employait tous les moyens scéniques qu'on avait à sa disposition pour accentuer les contrastes et les effets divers du récit; nous savons que ni la musique et la danse ni l'éclat