XVIII INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE
ce ou ces pouvoirs. Si Ton réunit ces trois éléments dans une seule proposition, on peut définir la religion comme la croyance naturelle à un ou à des pouvoirs qui nous dépassent, et à l'égard desquels nous nous sentons dépendants, croyance et sentiment qui produisent chez nous 1"* une organisation, 2° des actes spécifiques, 3° une réglementation de la vie ayant pour objet d'établir des relations favorables entre nous-mêmes et le ou les pouvoirs en question ». Cette définition synthétique nous dispense d'en examiner beaucoup d'autres. Il n'y a pas une de ces propositions où les deux termes de la définition ne soient exactement unis et l'activité humaine enfermée dans la connaissance de Dieu. En effet, ces définitions disent en substance que la religion repose sur une connaissance, doublée de sentiments, il est vrai, et conduisant à des actes, mais qui, les uns et les autres, procèdent, en dernière analyse, de la connaissance; elle est en somme surtout une connaissance, la connaissance d'un de ses deux termes par l'autre; c'est ainsi qu'est conçue leur relation.
Nous n'avons pas à faire ici la critique en forme de ces définitions. M. Durkheim a montré * combien les premières étaient peu satisfaisantes; ses arguments atteignent par contre-coup celle de M. Jas« trow. Ni les unes ni les autres ne conviennent à la totalité des faits compris sous la rubrique Religion. Elles ne rendent compte ni du formalisme et de la complication des actes, c'est-à-dire des rites et du culte, ni surtout de la place secondaire qu'occupent les dieux dans certaines religions, comme le bouddhisme. D'ailleurs elles sont par trop unilatérales. Elles consistent à étendre à l'ensemble de la reli- * gion l'idée qu'on s'est faite d'une de ses formes ou de ses fonctions supérieures. On la définit donc non pas en elle-même, mais d'après une sorte d'idéal hypothétique vers lequel tendent ou dont s'éloignent ses formes rudimentaires. La justesse et l'autorité de ces définitions ne seraient pas à contester ici s'il s'agissait de théologie ou de philosophie de la religion, puisque l'une et l'autre doivent se préoccuper en première ligne de ses raisons d'être métaphysiques. Mais elles ne sont pas faites en vue de l'objet spécial de l'histoire des religions, qui n'est pas de suivre avec une sympathie miséricordieuse les tâtonnements de l'esprit humain vers la connaissance de la vérité, mais de rassembler, de décrire avec précision la totalité des faits religieux et de les rapprocher les uns des autres. De tous ces faits, les plus
1. E. Durkheim, De la définition des phénomènes religieux, dans Année Sociologique^ t. II, 1898, p. 4 sqq.