INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE XIX
mal connus, et pour cause, sont les intentions, les aspirations de l'individu religieux vers son idéal, tout ce que cache l'intimité de la conscience. Or ce sont précisément ces mystères qui sont, d'après les définitions considérées, l'essentiel de la religion.
Si l'histoire n'y trouve pas son compte, elles ne nous paraissent pas davantage appropriées à devenir les définitions initiales d'une science des religions dont l'histoire serait la matière. Une première objection vient de l'importance qu'elles donnent à cette partie des faits religieux qui ne peut pas être connue avec certitude. Une seconde de ce qu'elles conduisent à regarder comme allant de soi, en raison même de l'existence de leur objet qui s'impose à la connaissance ou à l'adoration, des faits que notre science des religions a précisément pour objet d'expliquer; l'existence même de la religion n'y est pas plus mise en question que ne l'est ailleurs celle de la physique ou des mathématiques, car elle se déduit naturellement de l'existence de Dieu ou de l'inconnaissable. Ces définitions donc ou bien suppriment les problèmes, ou bien en posent qui ne sont pas susceptibles de solutions scientifiques. La balance n'est pas égale ; les dieux et l'infini pèsent trop lourd; l'objet de la pensée religieuse est trop intéressant pour qu'on s'attarde à collationner minutieusement les formes de celle-ci; l'attention n'est donc pas attirée par le fait même de la construction des mythes et des dogmes ou de l'enchaînement des institutions, mais absorbée par la contemplation du genre de réalités qu'elles ont pour fin d'exprimer ou qu'elles sont destinées à servir.
Si l'on peut déduire une science de ces définitions à deux termes, c'est une science de la religion naturelle ou de la religion absolue, qui esta la science des faits religieux ce que la morale est à la science des mœurs. L'histoire des religions, qui fut longtemps l'humble servante de la théologie, peut se rattacher à cette science de la religion naturelle : son but est, selon M. W. James*, dy contribuer en montrant ce qpi'il y a d'essentiel et d'irréductible dans les croyances religieuses. Le présent manuel n'est pas écrit pour un pareil dessein.
La science que nous concevons est tout autre. Elle porte sur ceux des faits religieux qu'on peut étudier en eux-mêmes, abstraction faîte de l'objet insaisissable auquel ils se rapportent. Elle doit extirper de son domaine propre l'inconnaissable et en bannir la théologie.